Vert pâle plutôt que foncé
Photo : Jacques Nadeau
Scott McKay, le chef du Parti vert du Québec, dans sa «caravane électorale».
Ne faire qu'un avec sa machine... En jetant son dévolu, au début de la campagne, sur une voiture hybride pour sa «caravane électorale», Scott McKay, chef du Parti vert du Québec (PVQ), ne croyait pas si bien faire.
Pour son image et celle de sa formation écolo, la traction tantôt électrique, tantôt à essence de la machine ne nuit effectivement pas. Sans compter que le véhicule, marqué d'un énigmatique «Je vote», intrigue assez les électeurs dans les rues pour amorcer les conversations. Mais il y a encore mieux.
Lors de chaque déplacement, l'homme, au volant de son bolide, peut en effet prendre toute la mesure et le rythme de sa campagne. Une campagne qui, à l'image de son hybride, consomme moins d'énergie que les véhicules de ses adversaires, fait moins de bruit, passe un peu plus inaperçue mais permet tout de même à Scott McKay et à son équipe de 108 candidats d'avancer aussi bien qu'à bord d'un gros autobus.
«Dans le passé, le PVQ a connu des hauts, puis des bas, puis encore des hauts», lance au Devoir le chef installé entre deux boîtes de carton à l'arrière de sa berline à biénergie. «Aujourd'hui, nous sortons de cette logique: on est en train de construire quelque chose de plus solide. Et les résultats du scrutin [du 26 mars] vont consolider cette construction.»
Le projet est ambitieux. Mais il n'est pas irréaliste, croit McKay, qui, tout en jetant de temps à autre un coup d'oeil au paysage d'autoroute 20 qui défile sous ses yeux, réfléchit à voix haute depuis quelques minutes sur le vert de sa formation politique. Un vert pâle plutôt que foncé, plus pragmatique qu'idéaliste, ancré dans l'air du temps et dans le modèle économique dominant. Un vert dans lequel les électeurs semblent de plus en plus se reconnaître, indiquent les sondages d'opinion des dernières semaines.
«C'est normal, lance-t-il. En matière d'environnement, les gens veulent maintenant des solutions concrètes, pas juste de grandes idées lancées en l'air et des utopies.»
Les pieds sur terre
Pas de doute: c'est à des années-lumière d'une certaine branche écolo dogmatique, rêveuse, idéaliste et parfois même moralisatrice, dit-il, que Scott McKay tente aujourd'hui de dessiner les contours de son engagement politique. «Contrairement à d'autres, pour moi, être vert, ce n'est pas entrer en religion, dit-il. J'ai parfois la tête dans les nuages, mais j'ai aussi les pieds bien sur terre» et, aurait-il pu ajouter, les mains le long du corps pour l'empêcher d'en pelleter.
C'est qu'à 45 ans, ce père divorcé d'un jeune garçon, arrivé à la tête du PVQ en mai dernier, a bien d'autres choses à faire qu'essayer de conjuguer sa vie au temps de la pensée magique, dit-il, surtout lorsqu'il est question d'environnement. «Dans ce domaine, il faut agir, trouver des solutions concrètes aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, dit-il. Nous n'avons pas le temps d'attendre l'éventuelle révolution prolétarienne que certains nous annoncent.»
À la recherche de solutions
Pour ce spécialiste en assainissement des eaux usées au service de l'entreprise montréalaise Mabarex — lorsqu'il n'est pas le boss des verts en campagne —, la chose va de soi. C'est aussi un travers que l'homme prétend avoir développé très tôt dans sa vie sociale. Et surtout lors de son passage au cégep de Saint-Laurent, fin 70 — «en même temps que Marie-France Bazzo», souligne-t-il —, où il a fait rencontre avec la dure réalité du... recyclage.
«Au cégep, il y avait ceux qui potinaient, ceux qui refaisaient le monde, et nous, qui nous occupions de recycler les journaux», raconte ce fils d'Irlandais, né d'une mère franco-québécoise et qui, malgré un nom à consonance franchement anglo, demeure principalement francophone (y compris quand il parle anglais). «C'est là que j'ai pris conscience qu'il y avait beaucoup à faire pour l'environnement et que les choses ne changeaient pas forcément toutes seules.»
Refaire l'image des verts
C'est sans doute aussi au milieu de ses ballots de journaux que McKay prend conscience du fait que le mouvement écolo auquel il participe est bien souvent porté non seulement par des rêveurs mais aussi par des «opposants professionnels» qui, à force de «contester sans proposer», risquent à terme de ternir l'image d'un courant environnemental qu'il juge pourtant nécessaire. «En m'affichant comme un idéaliste pragmatique, c'est cette image de vert contestataire que je veux détruire, dit-il. Dénoncer, démolir sans rien proposer d'autre en échange, ce n'est pas très constructif. Et ce n'est pas ce que nous voulons au PVQ», où on souhaite plutôt se présenter comme un moteur de changement «pour aider l'ensemble de la société à prendre le virage vert», dit-il.
«Ce virage, il va falloir le prendre tôt ou tard, ajoute Scott McKay. Et au PVQ, on croit qu'il vaut mieux que ce soit tôt que tard.»
Contre la dictature verte
L'urgence d'agir serait là, selon cet ancien conseiller municipal à la Ville de Montréal — il a représenté le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) de 1986 à 1994 —, qui craint que la crise environnementale qui menace actuellement nos sociétés les fasse un jour plonger dans une sorte de «dictature verte».
«Le risque est à nos portes, dit-il. Les perturbations économiques, géopolitiques, sociales, pourraient être graves si rien n'est fait aujourd'hui. Et devant l'ampleur des perturbations, nos gouvernements pourraient devoir commettre des gestes autoritaires, avec tous les risques de dérapage que cela suppose.»
Le scénario n'est pas très joyeux. Depuis le début de la campagne électorale, il amène aussi les verts de Scott McKay à louanger le modèle de développement que le Québec devrait suivre pour conjuguer son développement économique au temps du développement durable dans une «démocratie vert pâle plutôt que dans une autocratie vert foncé», dit-il.
Avec des contraintes fiscales plutôt que juridiques pour faire disparaître les produits polluants, avec des programmes d'éducation des dirigeants d'entreprises et des grands investisseurs pour mettre du vert dans le modèle économique dominant, avec des idées de proportionnelle ou encore de prévention des maladies pour résoudre les problèmes de santé, le discours des verts semble bien percoler dans l'opinion publique depuis le début de la campagne. Il pourrait aussi conduire Scott McKay sur les bancs de l'Assemblée nationale le 26 mars, espère le chef de cette formation politique, dont l'image a fait son apparition depuis quelques jours sur les poteaux de la circonscription de Bourget, où il se présente.
La chose peut bien sûr sembler banale. Mais pas au PVQ, où aucun candidat n'a mis sa bouille sur des pancartes, à part le chef. «Ce n'est pas par coquetterie», dit-il, assis à l'arrière de son hybride alors que son visage défile en arrière-plan. «C'est pour donner de la visibilité au chef et au Parti vert.»
En effet, l'objectif n'est pas voilé: «J'espère que les gens de Bourget vont faire ce geste historique dans deux semaines en envoyant le premier candidat vert à Québec», dit Scott McKay, un pragmatique, rappelons-le, couplé à un idéaliste, sans l'ombre d'un doute.
Pour son image et celle de sa formation écolo, la traction tantôt électrique, tantôt à essence de la machine ne nuit effectivement pas. Sans compter que le véhicule, marqué d'un énigmatique «Je vote», intrigue assez les électeurs dans les rues pour amorcer les conversations. Mais il y a encore mieux.
Lors de chaque déplacement, l'homme, au volant de son bolide, peut en effet prendre toute la mesure et le rythme de sa campagne. Une campagne qui, à l'image de son hybride, consomme moins d'énergie que les véhicules de ses adversaires, fait moins de bruit, passe un peu plus inaperçue mais permet tout de même à Scott McKay et à son équipe de 108 candidats d'avancer aussi bien qu'à bord d'un gros autobus.
«Dans le passé, le PVQ a connu des hauts, puis des bas, puis encore des hauts», lance au Devoir le chef installé entre deux boîtes de carton à l'arrière de sa berline à biénergie. «Aujourd'hui, nous sortons de cette logique: on est en train de construire quelque chose de plus solide. Et les résultats du scrutin [du 26 mars] vont consolider cette construction.»
Le projet est ambitieux. Mais il n'est pas irréaliste, croit McKay, qui, tout en jetant de temps à autre un coup d'oeil au paysage d'autoroute 20 qui défile sous ses yeux, réfléchit à voix haute depuis quelques minutes sur le vert de sa formation politique. Un vert pâle plutôt que foncé, plus pragmatique qu'idéaliste, ancré dans l'air du temps et dans le modèle économique dominant. Un vert dans lequel les électeurs semblent de plus en plus se reconnaître, indiquent les sondages d'opinion des dernières semaines.
«C'est normal, lance-t-il. En matière d'environnement, les gens veulent maintenant des solutions concrètes, pas juste de grandes idées lancées en l'air et des utopies.»
Les pieds sur terre
Pas de doute: c'est à des années-lumière d'une certaine branche écolo dogmatique, rêveuse, idéaliste et parfois même moralisatrice, dit-il, que Scott McKay tente aujourd'hui de dessiner les contours de son engagement politique. «Contrairement à d'autres, pour moi, être vert, ce n'est pas entrer en religion, dit-il. J'ai parfois la tête dans les nuages, mais j'ai aussi les pieds bien sur terre» et, aurait-il pu ajouter, les mains le long du corps pour l'empêcher d'en pelleter.
C'est qu'à 45 ans, ce père divorcé d'un jeune garçon, arrivé à la tête du PVQ en mai dernier, a bien d'autres choses à faire qu'essayer de conjuguer sa vie au temps de la pensée magique, dit-il, surtout lorsqu'il est question d'environnement. «Dans ce domaine, il faut agir, trouver des solutions concrètes aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, dit-il. Nous n'avons pas le temps d'attendre l'éventuelle révolution prolétarienne que certains nous annoncent.»
À la recherche de solutions
Pour ce spécialiste en assainissement des eaux usées au service de l'entreprise montréalaise Mabarex — lorsqu'il n'est pas le boss des verts en campagne —, la chose va de soi. C'est aussi un travers que l'homme prétend avoir développé très tôt dans sa vie sociale. Et surtout lors de son passage au cégep de Saint-Laurent, fin 70 — «en même temps que Marie-France Bazzo», souligne-t-il —, où il a fait rencontre avec la dure réalité du... recyclage.
«Au cégep, il y avait ceux qui potinaient, ceux qui refaisaient le monde, et nous, qui nous occupions de recycler les journaux», raconte ce fils d'Irlandais, né d'une mère franco-québécoise et qui, malgré un nom à consonance franchement anglo, demeure principalement francophone (y compris quand il parle anglais). «C'est là que j'ai pris conscience qu'il y avait beaucoup à faire pour l'environnement et que les choses ne changeaient pas forcément toutes seules.»
Refaire l'image des verts
C'est sans doute aussi au milieu de ses ballots de journaux que McKay prend conscience du fait que le mouvement écolo auquel il participe est bien souvent porté non seulement par des rêveurs mais aussi par des «opposants professionnels» qui, à force de «contester sans proposer», risquent à terme de ternir l'image d'un courant environnemental qu'il juge pourtant nécessaire. «En m'affichant comme un idéaliste pragmatique, c'est cette image de vert contestataire que je veux détruire, dit-il. Dénoncer, démolir sans rien proposer d'autre en échange, ce n'est pas très constructif. Et ce n'est pas ce que nous voulons au PVQ», où on souhaite plutôt se présenter comme un moteur de changement «pour aider l'ensemble de la société à prendre le virage vert», dit-il.
«Ce virage, il va falloir le prendre tôt ou tard, ajoute Scott McKay. Et au PVQ, on croit qu'il vaut mieux que ce soit tôt que tard.»
Contre la dictature verte
L'urgence d'agir serait là, selon cet ancien conseiller municipal à la Ville de Montréal — il a représenté le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) de 1986 à 1994 —, qui craint que la crise environnementale qui menace actuellement nos sociétés les fasse un jour plonger dans une sorte de «dictature verte».
«Le risque est à nos portes, dit-il. Les perturbations économiques, géopolitiques, sociales, pourraient être graves si rien n'est fait aujourd'hui. Et devant l'ampleur des perturbations, nos gouvernements pourraient devoir commettre des gestes autoritaires, avec tous les risques de dérapage que cela suppose.»
Le scénario n'est pas très joyeux. Depuis le début de la campagne électorale, il amène aussi les verts de Scott McKay à louanger le modèle de développement que le Québec devrait suivre pour conjuguer son développement économique au temps du développement durable dans une «démocratie vert pâle plutôt que dans une autocratie vert foncé», dit-il.
Avec des contraintes fiscales plutôt que juridiques pour faire disparaître les produits polluants, avec des programmes d'éducation des dirigeants d'entreprises et des grands investisseurs pour mettre du vert dans le modèle économique dominant, avec des idées de proportionnelle ou encore de prévention des maladies pour résoudre les problèmes de santé, le discours des verts semble bien percoler dans l'opinion publique depuis le début de la campagne. Il pourrait aussi conduire Scott McKay sur les bancs de l'Assemblée nationale le 26 mars, espère le chef de cette formation politique, dont l'image a fait son apparition depuis quelques jours sur les poteaux de la circonscription de Bourget, où il se présente.
La chose peut bien sûr sembler banale. Mais pas au PVQ, où aucun candidat n'a mis sa bouille sur des pancartes, à part le chef. «Ce n'est pas par coquetterie», dit-il, assis à l'arrière de son hybride alors que son visage défile en arrière-plan. «C'est pour donner de la visibilité au chef et au Parti vert.»
En effet, l'objectif n'est pas voilé: «J'espère que les gens de Bourget vont faire ce geste historique dans deux semaines en envoyant le premier candidat vert à Québec», dit Scott McKay, un pragmatique, rappelons-le, couplé à un idéaliste, sans l'ombre d'un doute.
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