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Boisclair se fait reprocher d'avoir parlé des «yeux bridés»

Antoine Robitaille   16 mars 2007  Québec
Ce n’est pas parce qu’il est chef de l’opposition qu’André Boisclair ne rencontre pas des manifestants sur sa route. Hier, devant le Château Frontenac, des militants de la Coalition régionale pour le droit au logement ont chahuté le chef péq
Photo : Agence Reuters
Ce n’est pas parce qu’il est chef de l’opposition qu’André Boisclair ne rencontre pas des manifestants sur sa route. Hier, devant le Château Frontenac, des militants de la Coalition régionale pour le droit au logement ont chahuté le chef péq
Québec — Le chef péquiste André Boisclair a catégoriquement refusé hier de s'excuser d'avoir utilisé l'expression «yeux bridés» en parlant d'étudiants étrangers. Dans un communiqué publié uniquement en anglais en matinée hier, le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) et son «directeur exécutif», Fo Niemi, avaient réclamé que le chef péquiste renonce à cette expression, jugée «offensante sur le plan racial». Le CRARR exigeait aussi de la part de M. Boisclair qu'il présente des excuses aux personnes d'origine asiatique.

Mercredi à Trois-Rivières, dans une envolée sur l'importance de l'éducation au XXIe siècle, M. Boisclair avait souligné la «concurrence féroce» des pays comme l'Inde et la Chine. «La réalité, c'est que ces pays-là, c'est pas juste des gens qui travaillent pour faire des jobs dans les sweatshops [les ateliers de misère]», avait-il lancé. Au contraire, de plus en plus de jeunes de pays émergents vont se former dans les pays occidentaux, a-t-il noté: «Quand j'étais à Boston, où j'ai passé un an, j'ai été surpris de voir que sur le campus, à peu près le tiers des étudiants qui étaient au bac avaient les yeux bridés.» Il a par la suite précisé que 80 000 et 60 000 personnes quittent respectivement l'Inde et la Chine chaque année pour aller étudier aux États-Unis.

L'expression «yeux bridés» — qui se trouvait dans une citation publiée dans la première édition du Devoir d'hier — a été traduite par «slanting eyes» dans The Gazette. C'est cette traduction anglaise qui a conduit le CRARR à réagir. Un autre groupe, le Chinese Canadian National Council (CCNC), de Toronto, a demandé hier au chef péquiste de «préciser ses propos», cités non seulement par The Gazette mais aussi par The Globe and Mail. «Il est plutôt décevant d'entendre M. Boisclair, qui aspire au poste de premier ministre, parler de cette manière des étudiants d'origine asiatique», a écrit la présidente du CCNC, Colleen Hua. Celle-ci juge «paradoxal» que cette affaire éclate pendant la Semaine d'action contre le racisme au Québec et a demandé à ce que M. Boisclair «corrige ses propos».

Adversaire politique

Pour le chef péquiste, il n'y a pas lieu de s'excuser de quoi que ce soit. L'expression est peut-être insultante en anglais, mais en français, a-t-il affirmé, elle est courante. On lui reproche souvent d'utiliser «la langue de bois». Or, quand il utilise une langue plus courante, il essuie aussi des reproches, a-t-il laissé entendre. Puis, visiblement agacé par cette affaire, il a tranché en anglais: «Ce que je fais, c'est de la politique, pas de la linguistique.» «Les Québécois sont 100 % derrière moi», a-t-il lancé. D'ailleurs, le chef péquiste a reçu l'appui de son adversaire Jean Charest, qui a déclaré hier à Montréal ne voir aucune «intention malveillante» dans l'usage que M. Boisclair a fait de cette expression, surtout que M. Boisclair a une vision pluraliste de la société, a-t-il dit.

M. Boisclair s'est senti obligé hier de multiplier les propos flatteurs sur les Asiatiques, vantant leur «sens de la discipline» et leur «ardeur au travail». Mais alors qu'il parlait des Chinois mercredi, il a déclaré ceci hier: «Une chose est claire pour moi: ces étudiants sont une source d'émerveillement. J'ai moi-même eu l'occasion d'aller au Japon et de voir combien, dans un contexte historique très chargé, ce peuple a pu se remettre après la guerre.» Le Japon? Ne parlait-on pas de la Chine? Oui, en effet, a répondu M. Boisclair, affirmant avoir inclus dans ses propos des «gens du Sud-Est asiatique», de la Corée du Sud, etc.

À propos du CRARR, M. Boisclair a souligné hier que son directeur, Fo Niemi, a «depuis très longtemps engagé un débat politique» avec lui. M. Niemi fustigeait hier dans son communiqué la directrice des communications du PQ, lui reprochant d'avoir été impolie, ce que le chef péquiste a nié. En 1997, alors que M. Boisclair était ministre de l'Immigration, La Presse avait rapporté que le CRARR avait perdu plus de 80 % de sa subvention québécoise.

Économie de Québec

M. Boisclair faisait hier la promotion de sa plateforme économique dans la capitale nationale. Dans sa conférence devant des invités de la Chambre de commerce, il a déclaré que le «mystère de Québec», c'est d'abord celui de la réussite économique, du bas taux de chômage. «Il faudrait que le mystère se répande partout au Québec!», a-t-il plaisanté. Le chef péquiste a promis une étude de faisabilité pour le tramway et de l'argent pour la recherche. Il a ensuite fustigé les libéraux pour ne pas avoir aidé Robert Lepage à conserver sa compagnie de production de cinéma. Déplorant les pertes d'emplois récentes, il a eu ce mot: «Il suffirait qu'une seule personne de plus [Jean Charest] perde son emploi le 26 mars pour que ça commence à aller mieux au Québec.»






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