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Médias - De la couverture électorale

Paul Cauchon   12 mars 2007  Québec
La présente campagne électorale est-elle bien couverte par les médias? Vaste et délicate question à se poser, en cette veille du débat des chefs.

N'importe quel journal, réseau de télévision ou poste de radio vous affirmera qu'il met toutes ses ressources à expliquer les «vrais enjeux».

Mais la perception des citoyens dans les blogues et les forums de discussion sur Internet semble différente. On semble beaucoup reprocher aux médias d'entretenir la controverse, de fouiller sans arrêt le passé des différents candidats pour dénicher la petite faille, de s'intéresser plus à l'image des chefs qu'à leurs propos.

Influence Communication est une entreprise maintenant bien connue pour sa mesure du «poids médiatique» des nouvelles dans les médias. À la fin de la semaine dernière, son président, Jean-François Dumas, constatait que, dans la liste des dix sujets électoraux qui ont été le plus massivement couverts par les médias, un seul était un véritable engagement électoral, soit l'abolition des commissions scolaires (une promesse de l'ADQ). Tous les autres sujets n'étaient pas directement liés aux engagements électoraux. On retrouvait dans la liste, par exemple, les dérapages de certains candidats, l'homophobie ou encore le débat constitutionnel.

«Par rapport à la campagne de 2003, il y a 20 % de plus de contenu médiatique consacré aux élections, a-t-il calculé. Il faut dire qu'en 2003, l'actualité était également dominée par la guerre en Irak. Mais les sujets dont on a le plus discuté en 2003, c'était la santé, les impôts, les défusions...»

Alors que la campagne est entrée ce week-end dans sa deuxième moitié, Jean-François Dumas constate que, pour le moment, «nous avons plus eu un débat de clips qu'un débat d'idées».

Jean-François Dumas fait d'ailleurs un constat intéressant. «Si vous êtes candidat à Gaspé, dit-il, vous passez dans les médias locaux, vous participez aux débats à la radio et la télé locale, mais ce n'est pas le cas si vous êtes candidat dans Ahuntsic à Montréal. Il semble y avoir plus de débats de fond entre les candidats dans les médias régionaux.»

L'idée que la campagne soit axée sur le «clip» est également reprise par Christian Désilets, ancien directeur général de Cossette à Québec, maintenant professeur en communications à l'Université Laval. «La télévision est si puissante qu'elle donne le ton à toute la campagne, dit-il. Et la télévision se prête mal au débat. Les clips dominent et donnent ensuite le ton aux autres médias.»

Sur le site Internet de Radio-Canada vendredi dernier, le professeur en sciences politiques de l'Université de Montréal, Richard Nadeau, constatait que les citoyens reprochent aux médias d'être trop négatifs, d'accorder trop d'importance à la course, et de trop privilégier l'anecdote et les gaffes des candidats, au détriment de la substance et des enjeux de fond.

Les citoyens veulent un meilleur équilibre, soutient-il. Richard Nadeau avance d'ailleurs une proposition audacieuse: pour mieux équilibrer la couverture électorale, les téléjournaux pourraient consacrer une portion en début de bulletin de nouvelles aux propositions de chaque parti, de façon neutre, factuelle et impartiale. Cette portion serait suivie de la couverture journalistique habituelle (tournée des chefs, sondages, etc.). Est-ce naïf? On imagine déjà les patrons des nouvelles paniquer devant la fuite possible des téléspectateurs...

Christian Désilets, lui, est très réaliste. «Le média qui peut le mieux expliquer les grands enjeux, c'est le journal, dit-il. Mais est-ce que le citoyen lit vraiment un article de trois quarts de page consacré à la santé ou au déficit?»

«Peu de gens s'intéressent vraiment aux programmes des partis, renchérit Jean-François Dumas. Les gens votent beaucoup plus pour quelqu'un auquel ils s'identifient.»

La campagne 2007 est aussi la première à se conjuguer autant sur Internet. Les forums de discussion pullulent sur les sites des grands médias et les blogueurs individuels s'en donnent à coeur joie. Le passé de certains candidats a refait surface grâce à Internet, et les interventions du Directeur général des élections pour tenter de baliser les dépenses électorales sur le Net font sensation.

Mais Internet est-il vraiment un atout? Les journaux et les réseaux de télévision proposent tous des chroniques sur la façon dont les citoyens s'expriment sur Internet. Mais comment mesurer l'impact véritable de toutes ces discussions? Comment mesurer l'impact réel d'un blogue fréquenté par à peine 300 personnes?

Christian Désilets a une opinion très tranchée sur le sujet. «Internet est une grosse déception, lance-t-il. Les partis politiques l'utilisent de façon primitive. Et les gens qui s'expriment sur Internet ont souvent un langage primaire, réagissant dans l'émotivité et l'instantanéité.»

Le débat des chefs demain soir est donc l'occasion d'entendre les chefs de partis expliquer directement les grands enjeux de la société québécoise. Souhaitons que les commentateurs ne versent pas trop dans la métaphore sportive, en déclarant un vainqueur par K.-O. ou en recensant les mises en échec sévères dans le coin de la bande...

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Lapirog - Abonné
    12 mars 2007 07 h 24
    Les télévisions ne veulent que du sensationnel.
    Les télévisions ne s'intéressent que très peu au contenu des plateformes politiques des partis en campagne électorale.Seule RC-RDI consacre vraiment du temps pour la discussion et les échanges d'idées par contre dans ses téléjournaux R-C met davantage l'accent sur les dérapages et bavures de certains candidats au détriment des problèmes qui préoccupent les citoyens y compris ceux qualifiés du QUÉBEC PROFOND.
    Le résultat se traduit par encore plus de cynisme et de désabusement des citoyens-électeurs vis à vis la Politique et les politiciens et ce n'est pas le débat des chefs qui va y changer quoi que ce soit car cette joute tourne rapidement à la confrontation ou combat de coqs.Dommage que Françoise David de QS en soit exclue car le ton et le fond en aurait été fort différent pour une fois.
    Vivement les femmes au commande pour un autre style de campagne.
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  • Marie Morneau - Abonné
    12 mars 2007 08 h 12
    Une campagne sur la campagne
    Je suis d'accord avec le reste des Québécois. Les médias couvrent la campagne électorale, pas le contenu. On sait rapidement et facilement tout ce que chacun fait, mais pas ce qu'il dit, à moins que ce ne soit sur ses adversaires. Il est à peu près impossible de savoir comment se comparent les solutions présentées sur les différents enjeux de la société et son avenir. C'est ça qu'on aimerait recevoir comme information : quelle est l'ampleur d'un problème, que proposent les partis, est-ce une solution réaliste? Rêvons toujours. Peut-être que les journalistes ne sont finalement que de bons rapporteurs, ce qu'ils se défendent bien d'être, et ils sont incapables d'analyser et d'expliquer. Ou ils ont peur d'être taxés de prendre position pour les meilleures solutions et d'être partisans. C'est malheureusement de cela qu'on aurait bien besoin.
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  • Jean-François Couture - Inscrit
    12 mars 2007 10 h 00
    Chantal Hébert : l'exception qui confirme la règle !
    Chantal Hébert a magistralement démontré hier à TLMEP que le travail de journaliste politique est encore possible.

    C'est devenu tellement rare à la télé que l'on s'en étonne !

    Elle est devenu, ipso facto, l'exception qui confirme la règle !

    Mindfuck Inc. : La liste de Rabinovitch, Péladeau et Desmarais
    http://toile.mastodonte.com/spip/article.php3?id_a

    "Il faut bien l'avouer, la télévision est devenue un lieu de non-dit politique. Paralysée par son respect des rôles, étriquée par une sorte de rectitude politique, elle se transforme de plus en plus en simple courroie de transmission pour les professionnels de la communication qui organisent le discours politique." Gil Courtemanche / Réflexions sur la pratique journalistique
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  • Dominic Marin - Inscrit
    12 mars 2007 10 h 44
    Autre exemple....
    Des exemples de couverture médiatique, plutôt déficiente, de la présente campagne électorale, il y en a beaucoup. En voici un très gros exemple. La lettre de M. Lévy dans le journal de Montréal.

    En effet, voici un homme très connu qui prend position pour un parti politique et qui, grâce à sa notoriété, a et aura une couverture médiatique exceptionnelle. Que fait-il cet illustre personnage pour mériter d'être le point d'attention du monde journalistique québécois ???

    Il rempli plusieurs conditions essentielles. La première est qu'il est un ancien péquiste qui vomit(j'aimerai pouvoir choisir un autre mot, mais de M. Beaulieu, c'est que ce qui convient le plus) littéralement sur son ancien parti qui, par hasard, est, une fois de plus, le parti québécois. Deuxièmement, il emploi des mots qui frisent la démagogie du genre, les Montréalais ridiculisent le VRAI PETIT MONDE.

    Depuis quand les millions de Montréalais ne sont pas du vrai monde? En fait, la seule idée d'avoir recours à ce genre d'expression est tout simplement un indice de manque de maturité effarant, et en particulier de la part d'un homme éminemment lettré. En effet, comment peut-on aujourd'hui entretenir de telles croyances, alors que l'on devrait plutôt favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle, la connaissance ainsi que l'échange et le partage de nos valeurs. Comment construire un pays dans la confrontation et la division? Une autre condition pour obtenir l'attention des médias est de dire les VRAIS CHOSES. C'est quoi ces vrais choses ?

    Les autres sont tous des menteurs et nous sommes les seuls à connaître la vérité et, de plus, on tente de nous empêcher de la divulguer ? Non vraiment, c'est trop donner de l'importance à des gens qui ne le méritent tout simplement pas. On voit trop souvent des folies, des gens totalement frustrés trop heureux de déverser leur fiel à tout vent. Encore une fois, les médias contribuent à affaiblir les débats. Encore une fois, ils nuisent et empêchent la saine réflexion basée, non sur la rage et la frustation, mais plutôt sur les gestes posées et les idées proposées. En passant, merci pour: l'utilisation primitive et le langage primaire. Avec de telles idées, pas étonnant de voir des gens frustrés...
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  • Jean-Paul Plouffe - Abonné
    12 mars 2007 22 h 58
    La mouche sur le mur
    Ancien réalisateur à l'information à Radio-Canada, j'aimerais rapporter une conversation entre un lecteur de nouvelles et un journaliste. Le lecteur de nouvelles soutenait qu'il pouvait très bien faire le travail du journaliste, qu'il n'y avait pas différence entre les deux métiers. Le journaliste lui a servi cet exemple pour faire la différence entre les métiers:" le lecteur de nouvelles rapporte qu'il y a une mouche sur le mur et le journaliste explique pourquoi elle est là." Durant cette campagne électorale je serais porté à croire que les journalistes se comportent comme des lecteurs de nouvelles.
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