Homophobie - L'égalité sociale n'est pas acquise au Québec
Les propos homophobes tenus récemment par l'animateur Louis Champagne à l'endroit du chef péquiste André Boisclair et de son candidat Sylvain Gaudreault sont venus crûment rappeler que l'homophobie existe bel et bien au Québec. Un rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse est venu renforcer ce sentiment hier en montrant que l'égalité juridique obtenue par les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (LGBT) tarde à se traduire en égalité sociale. Mais les événements des derniers jours auront tout de même permis de créer un débat jugé «positif» par la commission.
Refusant de commenter la portée politique de propos homophobes sur le cours de la campagne électorale, le vice-président de la commission, Marc-André Dowd, a salué la réponse unanime que leur ont réservée les différents partis en lice. «Il est important de dire clairement que ce sont des propos homophobes qui ont été tenus et qu'ils doivent être dénoncés. Cela dit, la commission se réjouit du fait que ces propos ont été dans les faits largement dénoncés», a commenté M. Dowd, en marge d'une conférence de presse pendant laquelle il a livré les grandes lignes du rapport de consultation du Groupe de travail mixte sur l'homophobie.
«Un mouvement semble se dessiner pour dire que l'homophobie n'a pas sa place au Québec et ça, c'est très encourageant. Même le secteur privé s'y est mis», a commenté pour sa part le président de Gai écoute et de la fondation Émergence, Laurent McCutcheon, qui a salué la décision de Corus de retirer son animateur des ondes. Il y a deux semaines, Louis Champagne avait insinué sur les ondes de CKRS, à Saguenay, que les employés des usines d'Alcan et de Price pourraient hésiter à voter pour Sylvain Gaudreault et son chef André Boisclair en raison de leur homosexualité.
Selon Laurent McCutcheon, qui agissait hier comme porte-parole des groupes communautaires du Groupe de travail mixte sur l'homophobie, le Québec a fait un pas de géant au cours des dernières semaines. Mais il y a encore beaucoup à faire et M. McCutcheon espère que les discours des politiciens seront moins timides dans les prochaines semaines. «Les partis politiques ont le sentiment de marcher sur des oeufs. Ils hésitent, n'osent pas trop se prononcer. Et c'est dommage. C'est aussi dommage pour M. Boisclair parce que lui doit porter tout cela sur ses épaules alors qu'il n'est pas un militant et qu'il n'a pas à l'être.»
Les chefs de parti devraient toutefois trouver de nombreuses munitions dans le rapport rendu public hier par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Intitulé «De l'égalité juridique à l'égalité sociale», ce rapport brosse le portrait d'une minorité sexuelle qui continue à subir la discrimination au quotidien. Certes, en 35 ans, les victoires ont été nombreuses, pour culminer en 2005 avec la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe. Mais cette égalité juridique récemment acquise n'a pas trouvé d'équivalent dans la société encore, montre le rapport de la commission.
Les communautés LGBT continuent d'avoir «peur du mépris, de l'isolement et de l'abandon», ce qui les pousse à vivre leur homosexualité de façon «cachée et inavouée». Ces craintes sont légitimées chaque jour par des comportements discriminatoires qui montrent bien que l'homophobie sévit encore, et ce, dans tous les domaines scrutés par le groupe de travail, au premier chef l'éducation, la santé et le travail. «On ne peut pas chiffrer l'homophobie, mais nous pouvons mesurer l'incidence d'événements homophobes, qui nous indique que l'homophobie existe dans tous les secteurs que nous avons identifiés», a dit M. Dowd.
Pour l'enrayer, le Québec doit se doter d'une stratégie nationale de lutte contre l'homophobie axée sur la mise en oeuvre d'une politique gouvernementale et d'un plan d'action musclé, recommande la commission. Ce plan devra en priorité cibler certaines lacunes sur les plans de la sensibilisation, de l'information ou de la formation. Une chaire de recherche constituera à cet égard un précieux soutien. Mais pour que ça marche, il faudra une volonté politique forte, prévient M. Dowd. Voilà pourquoi la commission recommande la nomination d'un ministre responsable de l'élaboration et de la mise en oeuvre de la fameuse politique à naître.
Malgré le débat relativement serein des derniers jours, les autorités auraient tort de ne pas presser le mouvement. Car la détresse est réelle. On estime que les jeunes homosexuels présentent des risques de six à seize fois plus élevés de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels. Chez les jeunes filles, les lesbiennes font cinq fois plus de tentatives de suicide que les autres. «Le désespoir ressenti par trop de jeunes des minorités sexuelles à l'étape très sensible de leur "coming out" commande, à lui seul, l'urgence d'agir», lance Marc-André Dowd.
À ses yeux, agir dans le milieu de l'éducation paraît tout à fait prioritaire. Et ça commence dans les cours, les corridors et les classes des écoles primaires, prévient la commission. Une étude réalisée en 2002 auprès de la Commission scolaire de Montréal révélait que 89 % des intervenants du milieu scolaire constataient la présence d'homophobie. Les trois quarts disaient entendre des commentaires homophobes à l'école et 55 % dans la cour d'école. Le groupe de travail souhaite changer ce climat en proposant notamment des modèles plus positifs des communautés LGBT dans le matériel didactique destiné aux élèves.
Dans son rapport, la commission a mis en lumière plusieurs autres idées qui pourront servir de base aux rédacteurs de la politique. «Nous ne partons pas de zéro, il existe différentes mesures dont nous pouvons nous inspirer pour rendre plus efficace notre action contre l'homophobie», a rappelé M. Dowd.
Toutes ces suggestions ont été accueillies avec intérêt par le ministre de la Justice et procureur général, Yvon Marcoux, qui avait confié à la commission le mandat de présider les travaux du Groupe de travail mixte sur l'homophobie, en juin 2005. «Le gouvernement entend donner suite à la recommandation de la commission d'adopter une politique nationale de lutte contre l'homophobie», a mentionné le ministre Marcoux par voie de communiqué.
Québec solidaire, qui la veille encore dévoilait son intention de mettre en place une politique nationale de lutte contre l'homophobie au coût de dix millions, a aussi donné son appui aux propositions qui y sont formulées. «Non seulement la commission assoit les bases d'une stratégie nationale de lutte contre l'homophobie, mais elle propose également la mise en place d'une chaire de recherche portant sur le sujet. Elle insiste aussi sur la désignation d'un ministre responsable de la lutte contre l'homophobie. C'est exactement la direction qu'il faut prendre pour venir à bout d'une intolérance si répandue au Québec», a souligné Manon Massé, candidate dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.
Refusant de commenter la portée politique de propos homophobes sur le cours de la campagne électorale, le vice-président de la commission, Marc-André Dowd, a salué la réponse unanime que leur ont réservée les différents partis en lice. «Il est important de dire clairement que ce sont des propos homophobes qui ont été tenus et qu'ils doivent être dénoncés. Cela dit, la commission se réjouit du fait que ces propos ont été dans les faits largement dénoncés», a commenté M. Dowd, en marge d'une conférence de presse pendant laquelle il a livré les grandes lignes du rapport de consultation du Groupe de travail mixte sur l'homophobie.
«Un mouvement semble se dessiner pour dire que l'homophobie n'a pas sa place au Québec et ça, c'est très encourageant. Même le secteur privé s'y est mis», a commenté pour sa part le président de Gai écoute et de la fondation Émergence, Laurent McCutcheon, qui a salué la décision de Corus de retirer son animateur des ondes. Il y a deux semaines, Louis Champagne avait insinué sur les ondes de CKRS, à Saguenay, que les employés des usines d'Alcan et de Price pourraient hésiter à voter pour Sylvain Gaudreault et son chef André Boisclair en raison de leur homosexualité.
Selon Laurent McCutcheon, qui agissait hier comme porte-parole des groupes communautaires du Groupe de travail mixte sur l'homophobie, le Québec a fait un pas de géant au cours des dernières semaines. Mais il y a encore beaucoup à faire et M. McCutcheon espère que les discours des politiciens seront moins timides dans les prochaines semaines. «Les partis politiques ont le sentiment de marcher sur des oeufs. Ils hésitent, n'osent pas trop se prononcer. Et c'est dommage. C'est aussi dommage pour M. Boisclair parce que lui doit porter tout cela sur ses épaules alors qu'il n'est pas un militant et qu'il n'a pas à l'être.»
Les chefs de parti devraient toutefois trouver de nombreuses munitions dans le rapport rendu public hier par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Intitulé «De l'égalité juridique à l'égalité sociale», ce rapport brosse le portrait d'une minorité sexuelle qui continue à subir la discrimination au quotidien. Certes, en 35 ans, les victoires ont été nombreuses, pour culminer en 2005 avec la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe. Mais cette égalité juridique récemment acquise n'a pas trouvé d'équivalent dans la société encore, montre le rapport de la commission.
Les communautés LGBT continuent d'avoir «peur du mépris, de l'isolement et de l'abandon», ce qui les pousse à vivre leur homosexualité de façon «cachée et inavouée». Ces craintes sont légitimées chaque jour par des comportements discriminatoires qui montrent bien que l'homophobie sévit encore, et ce, dans tous les domaines scrutés par le groupe de travail, au premier chef l'éducation, la santé et le travail. «On ne peut pas chiffrer l'homophobie, mais nous pouvons mesurer l'incidence d'événements homophobes, qui nous indique que l'homophobie existe dans tous les secteurs que nous avons identifiés», a dit M. Dowd.
Pour l'enrayer, le Québec doit se doter d'une stratégie nationale de lutte contre l'homophobie axée sur la mise en oeuvre d'une politique gouvernementale et d'un plan d'action musclé, recommande la commission. Ce plan devra en priorité cibler certaines lacunes sur les plans de la sensibilisation, de l'information ou de la formation. Une chaire de recherche constituera à cet égard un précieux soutien. Mais pour que ça marche, il faudra une volonté politique forte, prévient M. Dowd. Voilà pourquoi la commission recommande la nomination d'un ministre responsable de l'élaboration et de la mise en oeuvre de la fameuse politique à naître.
Malgré le débat relativement serein des derniers jours, les autorités auraient tort de ne pas presser le mouvement. Car la détresse est réelle. On estime que les jeunes homosexuels présentent des risques de six à seize fois plus élevés de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels. Chez les jeunes filles, les lesbiennes font cinq fois plus de tentatives de suicide que les autres. «Le désespoir ressenti par trop de jeunes des minorités sexuelles à l'étape très sensible de leur "coming out" commande, à lui seul, l'urgence d'agir», lance Marc-André Dowd.
À ses yeux, agir dans le milieu de l'éducation paraît tout à fait prioritaire. Et ça commence dans les cours, les corridors et les classes des écoles primaires, prévient la commission. Une étude réalisée en 2002 auprès de la Commission scolaire de Montréal révélait que 89 % des intervenants du milieu scolaire constataient la présence d'homophobie. Les trois quarts disaient entendre des commentaires homophobes à l'école et 55 % dans la cour d'école. Le groupe de travail souhaite changer ce climat en proposant notamment des modèles plus positifs des communautés LGBT dans le matériel didactique destiné aux élèves.
Dans son rapport, la commission a mis en lumière plusieurs autres idées qui pourront servir de base aux rédacteurs de la politique. «Nous ne partons pas de zéro, il existe différentes mesures dont nous pouvons nous inspirer pour rendre plus efficace notre action contre l'homophobie», a rappelé M. Dowd.
Toutes ces suggestions ont été accueillies avec intérêt par le ministre de la Justice et procureur général, Yvon Marcoux, qui avait confié à la commission le mandat de présider les travaux du Groupe de travail mixte sur l'homophobie, en juin 2005. «Le gouvernement entend donner suite à la recommandation de la commission d'adopter une politique nationale de lutte contre l'homophobie», a mentionné le ministre Marcoux par voie de communiqué.
Québec solidaire, qui la veille encore dévoilait son intention de mettre en place une politique nationale de lutte contre l'homophobie au coût de dix millions, a aussi donné son appui aux propositions qui y sont formulées. «Non seulement la commission assoit les bases d'une stratégie nationale de lutte contre l'homophobie, mais elle propose également la mise en place d'une chaire de recherche portant sur le sujet. Elle insiste aussi sur la désignation d'un ministre responsable de la lutte contre l'homophobie. C'est exactement la direction qu'il faut prendre pour venir à bout d'une intolérance si répandue au Québec», a souligné Manon Massé, candidate dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.
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