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L'épreuve des faits: Nationaliser le vent serait une perte de temps et d'énergie

Louis-Gilles Francoeur   7 mars 2007  Québec
Faut-il nationaliser l'éolien? Le Conseil national du Parti québécois a approuvé cette idée, officiellement reprise cette semaine par le parti concurrent, Québec Solidaire. Quant au chef du PQ, André Boisclair, il s'est opposé à cette idée.

Qui a raison? La réponse est étonnante: il n'y a strictement rien à nationaliser dans le domaine de l'éolien. Le monstre craint par les uns n'existe pas plus que les géants combattus par Don Quichotte. Et le projet de nationalisation proposé par d'autres est sans objet. L'épreuve des faits est... éprouvante.

«Nationaliser, explique Jean-Thomas Bernard, professeur d'économie à l'université Laval, signifie que l'État acquiert des actifs appartenant à des intérêts privés. Comme on l'a fait pour mettre la main sur l'hydroélectricité à l'époque. Or, qu'est-ce que Québec pourrait bien nationaliser dans les vastes territoires nordiques publics, qui lui appartiennent déjà et que personne n'a encore développés?»

«Quant à nationaliser la production éolienne privée déjà en place ou autorisée en Gaspésie, ajoute le professeur Bernard, ce serait inutile car il faudrait rembourser les profits anticipés par le secteur privé, ce qui serait l'équivalent de ce qu'on va leur payer en achats d'électricité mois après mois pendant la durée des contrats en cours. Mais comme la collectivité québécoise est propriétaire par anticipation des parcs éoliens présentement en place ou en chantier, il n'y a strictement rien à nationaliser de ce côté. Et nous n'avons aucun intérêt à le faire, puisque Hydro-Québec pourra récupérer toute cette production gratuitement à la fin des contrats en cours.»

Le modèle québécois en éolien a suivi une tangente quelque peu différente de celle adoptée en hydro-électricité. Lorsque Québec a lancé le programme des petites centrales privées dans les années 90, Hydro-Québec a clairement indiqué que, à la fin des contrats de 25 ans, la propriété des centrales lui revenait de plein droit. Pas besoin de nationaliser, en somme, ce secteur ouvert au privé: il est, par anticipation, propriété entière de l'État à la fin des contrats.

Dans le domaine de l'éolien, explique Stéphane Boyer, d'Hydroméga, président du comité éolien de l'Association québécoise des producteurs d'énergie renouvelable (AQPER), Hydro-Québec n'a pas prévu une rétrocession automatique comme pour les petites centrales. Mais les contrats prévoient le démantèlement automatique et obligatoire des parcs d'éoliennes à la fin des contrats de 20 ans si Hydro-Québec décide alors de ne pas renouveler les contrats. En somme, Hydro-Québec n'a qu'à laisser le contrat s'éteindre et n'aura strictement rien à acquérir ou à nationaliser de ce côté, puisqu'il se retrouvera en général sur ses propres terres. Et, contrairement à la forêt souvent dévastée par les exploitants privés, le vent sera toujours là, aussi intense...

Dans le cas des projets actuellement situés sur des terres privées, le démantèlement sera automatique là aussi si Hydro-Québec ne renouvelle pas le contrat. Un fonds spécial alimenté par les promoteurs est même prévu pour que la collectivité n'hérite pas de la facture. La société d'État pourra alors négocier avec le propriétaire privé du site les conditions de son exploitation future si elle décide de l'exploiter elle-même. Aucune nationalisation ici non plus.

«Le gouvernement, explique Jean-Thomas Bernard, peut décider d'accorder à Hydro-Québec un monopole de la production sur les terres publiques. Mais un monopole, ce n'est pas une nationalisation. Et Québec n'a strictement rien à nationaliser pour assurer un tel monopole car le vent est gratuit et le gouvernement bénéficie sur ses terres des plus importants gisements éoliens, ceux des régions nordiques. Quant aux projets privés actuels ou à venir, il n'y a rien à nationaliser de ce côté car il serait contre-productif d'acquérir ce qui va lui revenir de plein droit gratuitement à la fin du contrat.»

Dans ce contexte, parler de nationalisation, pour s'y opposer ou pour la favoriser, escamote la vraie question: qui est le mieux placé pour développer maintenant cette filière? Hydro-Québec ou le secteur privé dans les grands domaines publics, ou les coopératives et les corps publics locaux dans le territoire municipalisé?






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  • Anne-Marie Allaire
    Abonnée
    mercredi 7 mars 2007 08h13
    Sémantique
    « Cet aspect sémantique étant réglé, pouvons-nous enfin définir une politique intelligente de l'exploitation du vent et désigner Hydro-Québec comme maître d'oeuvre ce qui me semble le voeu de la majorité et la logique stratégique et économique la plus simple »

  • François Paré
    Inscrit
    mercredi 7 mars 2007 10h26
    L'éolien, son développement et sa richesse.
    « L'éolien est une des voies de l'avenir en matière d'énergie. Son développement anarchique actuel ne permet une utilisation maximale de cette ressource, tout en gachant certains de nos plus beaux paysages. Ce que je trouve déplorable, c'est qu'Hydro-Québec achète de l'énergie à des entreprises dont les sièges sociaux sont à l'extirieur du Québec. Ce type de développement contribue très peu au développement économique du Québec et à notre richesse collective. La stratégie est à revoir. »

  • Élisabeth Papineau
    Abonné
    mercredi 7 mars 2007 10h51
    Le vent s'en va-t-à l'eau
    « Avec une eficacité énergétique marginale le vent québécois devient utile seulement si couplé à l'eau québécoise.
    Quand il vente, on utilise l'énergie éolienne et on laisse monter l'eau derrière les barrages qui assurent un débit constant et prennent la relève par temps plat.
    Ailleurs au Canada, le vent doit être couplé aux centrales polluantes, charbon, mazout, nucléaire, faute d'énergie hydraulique importante.
    On comprend facilement que la filière hydraulique d'Hydro-Québec détient la clef de la filière éolienne au Québec.
    Indépendamment de ce qui a été fait jusqu'ici dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, il est urgent de statuer sur le modèle de développement de l'éolien au nord de la Baie-James ou se situe le plus grand parc de vent constant du Québec.
    Déjà les fonds spéculatifs étrangers étudient la possibilité de sortir cette énergie éolienne par le nord de l'Ontario et essaient d'embrigader les Cris dans leurs combines.

    Le gouvernement du Québec doit faire valoir les principes des lois québécoises sur ces territoires et les modalités généreuses de la "paix des braves" de Bernard Landry qui pouraient être étendues à des partenariats sur l'énergie éolienne avec les Cris.
    Hydro-Québec doit prendre le leadership pour faire valoir les avantages incomparables du couple eau-vent et l'avantage de ses infrastructures de transport existantes vers les grands marchés.
    Le monopole qui appartient à tous les Québécois, y compris aux Cris et aux Inuits, Hydro-Québec, est donc le mieux placé pour développer le vent québécois qui s'en va-à-l'eau québécoise. »

  • Etienne Merven
    Inscrit
    mercredi 7 mars 2007 11h13
    Posons les bonnes questions. M. Paré
    « M. Paré, je suis d'accord avec vous lorsque vous dites « Ce que je trouve déplorable, c'est qu'Hydro-Québec achète de l'énergie à des entreprises dont les sièges sociaux sont à l'extirieur du Québec. Ce type de développement contribue très peu au développement économique du Québec et à notre richesse collective. »
    Cependant, il faut se poser plusieurs questions pertinentes :
    1) Pourquoi est-ce que ce sont des entreprises de l'extérieur qui sont venues s'implanter dans le secteur de l'énergie éolienne?
    2) Où étaient les entreprises québécoises oeuvrant dans ce secteur et que faisaient-elles à ce moment-là?
    3) En fait, existe-t-il des entreprises québécoises capables de faire concurrence dans ce secteur?
    4) Pourquoi, encore une fois, les Québécois se sont-ils fait « bouffer la laine sur le dos »?
    Lorsque le Québec aura répondu « honnêtement » à ces questions, il pourra alors élaborer une stratégie. Et une réponse ne consiste pas à dire « il faut faire la souveraineté », car la baguette magique n'existe pas, de même qu'elle n'existe pas pour ce qui du secteur des forêts... »

  • francis dery
    Inscrit
    mercredi 7 mars 2007 13h01
    Ce ne sont pas les actifs, mais l'expertise qu'il faut nationaliser
    « Les corporations ontariennes et américaines se font les dents avec les centrales éoliennes privées du Québec. L'expertise développée sera patentée par eux et pour eux. La connaissance résidera hors du Québec. Les appareillages du moulin seront produits hors Québec, probablement importés de la Chine pour la plupart.

    La raison pour laquelle Hydro-Québec ne s'est pas lancé dans ce champ, c'est à cause de l'échec de son aventure avec les éoliennes à axe vertical, 20 ans auparavant. L'éolien fut mis au rancart et HQ en était sorti traumatisé.
    On s'imaginait que les firmes étrangères avaient développé les bonnes technologies. Erreur. Elles profitent du vide pour s'y lancer.

    Sans payer un sous pour nationaliser les actifs actuels, il faut favoriser Hydro-Québec dans les futurs contrats. Qu'il s'y mette dès maintenant à exploiter le vent sur les terres publiques. »

  • francis dery
    Inscrit
    mercredi 7 mars 2007 13h12
    Note à m. Merven
    « Certains contrats furent attribués par Jean Charest sans appel d'offre à General Electric.
    Il semble que c'était pour compenser la non-réalisation de la centrale du Surroît.
    Pourquoi Jean Charest tenait tant à offrir un gros contrat à GE?
    Mystère et Boule de Gomme! Allons voir combien les familles des cadres de GE ont donné au parti Libéral.
    Est-ce que GE avait plus d'expertise qu'Hydro-Québec? Pas vraiment.

    Mais Hydro-Québec s'était sorti de la filière du vent après l'échec du développement de la technologie de l'éolienne à axe vertical. »

  • Sébastien Bouchard
    Inscrit
    mercredi 7 mars 2007 20h55
    Nationaliser la production éolienne
    « Le vent est comme l'eau, un bien public. Ce qu'il faut nationaliser, c'est la production éolienne. Pourquoi?

    1- Pour faire cesser le développement anarchique de cette énergie de l'avenir et plutôt le développer de manière cohérente et respectueuse des communautés locales.

    2- Pour que les profits restent au Québec

    3- Pour que l'expertise reste au Québec (ce qui est impossible si les entreprises sont extérieures)

    L'erreur à la base de cet article est l'idée qu'il faut rembourser les profits anticipés par les entreprises!!!! Les nationalisations impliquent l'achat non sur les profits anticipés, mais sur la valeur des actifs. Il faut donc rembourser l'équivalent des sommes déboursées par les entreprises étrangères, moins les subventions et autres avantages fiscaux qu'elles ont reçus.

    Je terminerai en ajoutant que Québec solidaire est aussi pour la nationalisation de la production éolienne. »

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