vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 22h40
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le débat des chefs passera à côté de l'essentiel

André Larocque - Ex-sous ministre à la réforme des institutions démocratiques et candidat du Parti vert dans Louis-Hébert  6 mars 2007  Québec
Nous connaissons maintenant les cinq thèmes retenus pour le débat des chefs le 13 mars prochain. Il est quand même assez extraordinaire de constater qu'encore une fois, nos leaders politiques passeront à côté de l'essentiel: la qualité de la démocratie québécoise.

Depuis au moins 20 ans maintenant, tous les sondages, toutes les études, toutes les analyses répètent qu'il existe une perte de foi grandissante des électeurs envers les élus. Et cela, jusqu'au cynisme. Et spécialement chez les jeunes.

Dans son rapport en tant que président du comité directeur des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, Claude Béland disait: «Un profond sentiment de désabusement à l'égard de la politique traverse le Québec. La frustration du citoyen est palpable devant son impuissance à influer, comme il le voudrait, sur les décisions qui ont un impact sur sa vie et sur celle de ses pairs. [...] Le citoyen répète à satiété ne pas avoir le sentiment de participer activement et réellement aux destinées politiques, économiques et sociales du Québec.»

De la technique

Nos supposés leaders vont traiter, entre eux, de grandes questions techniques qui les intéressent eux et qui sont le choix des médias. On ne parlera pas «des» citoyens. On va parler «aux» citoyens.

Pourtant, c'est devenu une farce, mais pas très drôle, de constater que le taux de popularité des élus est inférieur à celui des vendeurs d'autos d'occasion. Dans son rapport au président de l'Assemblée nationale, l'Amicale des anciens parlementaires exigeait que les députés cessent d'être des «plantes vertes». Le sondeur Jean-Marc Léger, dans les journaux du 2 mars 2007, nous dit que les électeurs s'apprêtent à voter, le 26 mars, «par dépit»: «Ce n'est par un choix par passion, mais par dépit. On vote par élimination: les gens sont insatisfaits du gouvernement, ils ne veulent pas d'André Boisclair et ils se disent pourquoi pas l'ADQ.» On aura un gouvernement par dépit! Belle démocratie!

En Angleterre, la loi électorale s'appelle The Representation of the People's Act. Ici, on tient des élections comme si le but était de tenir des élections.

La volonté populaire

En démocratie, le but d'une élection est d'abord d'entendre la volonté populaire. Or le 26 mars, comme à toutes les élections qui ont précédé, la volonté populaire sera profondément distordue. Le gouvernement aura sans doute la majorité des sièges à l'Assemblée nationale, mais ce sera un gouvernement minoritaire chez les électeurs. Ça n'empêchera pas le parti gagnant d'affirmer qu'il détient un «mandat clair»! La majorité des députés seront élus malgré le fait qu'un plus grand nombre de leurs électeurs auront voté contre eux que pour eux. Les partis seront représentés à l'Assemblée nationale dans des proportions qui n'auront que peu de ressemblance avec la proportion de votes qu'ils auront obtenue.

Mais le pire, c'est que le 27 mars, on continuera d'ignorer les attentes démocratiques fondamentales des citoyens. Depuis des années, on attend que les élections se tiennent à date fixe, que le mode de scrutin respecte la volonté des électeurs, que les députés soient libérés de la discipline de parti, qu'il y ait une claire séparation entre le pouvoir abusif de l'exécutif et le pouvoir lilliputien du législatif, que les électeurs aient un choix de premier ministre plus large que le choix chétif que nous imposent présentement les partis politiques, que les régions obtiennent enfin le moyen de décider elles-mêmes de leur développement.

Au lieu de cela, d'ici au 26 mars, on continuera à assister impuissants au festival des promesses auxquelles strictement personne ne croit. On devra endurer ce duel oratoire où l'on se traite de «menteur» et d'«irresponsable». On sera harcelé par un autre duel, celui des grandes maisons de communications qui excellent dans le harcèlement par clips. On restera ébahi devant la valse des milliards qui ferait rougir, pour ne pas dire rugir, le vérificateur général s'il pouvait nous donner son opinion.

En somme, une élection, appelée par un gouvernement dont 60 % des électeurs sont insatisfaits, coûtera 75 millions au directeur des élections et au moins 10 autres millions pour les vieux partis traditionnels.

Comme quelqu'un disait récemment, l'aspect le plus déprimant dans la démocratie représentative au Québec est le service après vente... Le 27 mars, les vieux partis n'auront plus rien à nous dire. Pourtant, ce que les électeurs auraient à leur dire est l'essentiel: place aux citoyens!
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012