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FTQ: oui au PQ, non à un référendum précipité

L'appui syndical ne changera rien, selon Charest

La présidente du Parti québécois, Monique Richard, le chef du parti, André Boisclair et le président de la FTQ, Henri Massé, au cours d’une conférence de presse tenue hier à Montréal afin de sceller l’appui de la centrale syndicale au Parti
Photo : Jacques Nadeau La présidente du Parti québécois, Monique Richard, le chef du parti, André Boisclair et le président de la FTQ, Henri Massé, au cours d’une conférence de presse tenue hier à Montréal afin de sceller l’appui de la centrale syndicale au Parti
Le président de la FTQ, Henri Massé, n'est pas convaincu que l'engagement du Parti québécois de tenir un référendum le plus rapidement possible dans son premier mandat soit une bonne idée.

Cet engagement, qui est inscrit dans le programme du PQ et qui est repris dans sa plate-forme électorale, «ça m'a l'air coulé dans le béton. D'entrée de jeu, je peux dire qu'à la FTQ, on n'était pas les grands artisans et supporteurs d'un référendum nécessairement après la période électorale», a indiqué Henri Massé au cours d'un point de presse qui scellait la réconciliation entre la FTQ et le chef du PQ, André Boisclair.

La FTQ appuie la plate-forme péquiste en bloc, même si la centrale syndicale n'éprouve aucun enthousiasme envers l'intention du PQ de tenir rapidement un référendum. «On voit que les militants et militantes péquistes en ont décidé ainsi, et on va vivre avec. C'est dans le programme», se résigne Henri Massé.

Accompagné de quelques candidats de la grande région de Montréal, le chef du PQ était de passage, hier matin, au siège social de la FTQ à Montréal, après que les délégués de la centrale syndicale, réunis en conseil spécial samedi, eurent voté à 97,5 % pour que la FTQ accorde un appui officiel au PQ dans cette élection. En 2003, la FTQ, qui compte plus d'un demi-million de membres, avait choisi de ne soutenir aucun parti. Entre le chef péquiste et la FTQ, c'est à nouveau copain-copain.

«C'est un appui indéfectible», a soutenu Henri Massé, au cours d'un point de presse conjoint avec le chef péquiste. Et cet appui «n'est pas juste au Parti québécois, mais aussi à son chef, même si on a eu quelques démêlés. Et on va en avoir encore comme on en a eu» avec René Lévesque, Jacques Parizeau et Bernard Landry, a dit le chef syndical.

Les militants de la FTQ «ont passé l'éponge» sur la déclaration de M. Boisclair, a dit M. Massé. Quelques semaines avant le déclenchement des élections, le chef péquiste avait dénoncé le «copinage» entre le PQ et les centrales syndicales ainsi que les «repas arrosés» qui ponctuaient cette relation privilégiée.

C'est avant tout l'insécurité économique, touchant tout particulièrement le secteur manufacturier, qui a incité la FTQ à soutenir le PQ. «C'est le temps d'avoir un parti interventionniste sur la question économique. On ne peut pas laisser aller ça comme ça», a dit M. Massé. Le chef syndical estime que c'est «la catastrophe» dans certains secteurs de l'économie, dont la fermeture de l'usine Goodyear est un exemple. Il a critiqué l'inaction du gouvernement Charest en matière économique. «Quand je vais à Valleyfield, quand je vais à Huntingdon, le monde me pogne par la manche de "coat" [pour me dire]: "Il y a juste vous autres, la FTQ, qui pouvez nous sauver. Faites quelque chose". Ils sont découragés; c'est à brailler, c'est à pleurer», a déclaré M. Massé.

En appuyant la plate-forme du PQ, la FTQ se trouve à donner son aval à l'abolition de la taxe sur la capital imposée aux entreprises, une première pour une centrale syndicale. «Le Parti québécois a fait le choix de mener des politiques fiscales pour soutenir le développement économique du Québec et celles des régions», a dit André Boisclair. Le chef péquiste a promis un plan pour encourager l'investissement dans le secteur manufacturier et une politique de tarifs d'électricité prévisibles pour les entreprises.

Cet appui donné par la FTQ n'empêchera pas un gouvernement péquiste de gouverner, a assuré M. Boisclair, ni à la FTQ de manifester contre le gouvernement. «Ni Henri Massé ni moi ne sommes des personnes serviles», a-t-il dit. M. Massé a soutenu que la FTQ n'était «pas inféodée» au PQ. «On garde notre autonomie», a-t-il dit.

André Boisclair n'a pas manqué de relever «la chicane entre les fédéralistes» qui sévit entre Jean Charest et Mario Dumont, le premier accusant l'autre de ne pas être un vrai fédéraliste. «Il y en a un [Charest] qui a complètement abandonné, qui est résigné, et un autre qui est un marchand d'illusions [Dumont]. «On est en train de jouer dans le film de Laurel et Hardy du fédéralisme», a-t-il fait valoir.

Pas de grande surprise, dit Charest

Hier à Roberval, le chef libéral Jean Charest s'est employé à minimiser l'importance de l'appui apporté par le chef de la FTQ au Parti québécois, soutenant qu'il ne changerait rien dans la campagne, «ceci dit en tout respect pour les opinions de M. Massé», a-t-il ajouté. «Les Québécois font la part des choses» devant des appuis comme ceux-là. À ses yeux, il n'y a pas là grande surprise, a-t-il répété à plusieurs reprises hier, ajoutant ne pas y voir «une nouvelle». Pourtant, lors des dernières élections en 2003, la centrale syndicale avait choisi de rester neutre. «Je ne m'attendais pas à ce qu'il m'appuie. Je n'ai pas demandé son appui non plus, pour tout vous dire, ça vous donne une idée de nos attentes. Je travaille avec M. Massé, je vais continuer à travailler avec lui. Et les autres chefs syndicaux après le 26 mars prochain.»

Par ailleurs, M. Charest a tenu à préciser que son gouvernement et lui n'étaient pas contre les syndicats. À preuve, selon lui, l'opération de réduction du nombre d'accréditations dans le domaine de la santé n'a pas pour autant réduit le nombre de syndiqués au Québec. «Moi, je gouverne pour le bien commun. Et je gouverne pas en fonction d'un groupe en particulier dans la société. Je veux gouverner pour tous les Québécois. C'est ça que je veux. C'est le gouvernement que je veux avoir à partir du 26 mars.»

La présidente de la campagne libérale, la ministre de la Culture Line Beauchamp, s'est montrée plus incisive, affirmant qu'André Boisclair s'était «écrasé devant les syndicats» après avoir tenté de prendre ses distances par rapport à ceux-ci. Dans un communiqué, elle a soutenu que le chef péquiste «a fait marche arrière et accepte maintenant sans broncher de s'associer avec la FTQ». Selon elle, c'est parce qu'il est «isolé» qu'André Boisclair a suivi le conseil de son ami Marc Laviolette de redevenir «copain-copain» avec les syndicats. «Cette volte-face démontre bien la faiblesse du leadership d'André Boisclair qui est toujours incapable d'imposer ses vues à un parti qui n'offre aucune réponse aux véritables priorités des Québécois», a affirmé Mme Beauchamp.
 
 
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