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Analyse - Il n'y a pas pire aveugle...

Stéphane Baillargeon   3 mars 2007  Québec
Les partis politiques en lice, obsédés par les systèmes de santé et d'éducation et par l'environnement, ne promettent à peu près rien à la culture. Pourtant, ce ne sont pas les dossiers chauds qui manquent...

Les libéraux promettent d'adopter une grande loi du patrimoine culturel. Les péquistes augmenteraient le budget du Conseil des arts et des lettres (CALQ) de 10 millions par année de mandat. Les adéquistes sabreraient la bureaucratie culturelle pour donner plus d'argent aux créateurs. Les «solidaires» se contenteraient de bonifier le filet de sécurité sociale pour les artistes. Les verts parlent d'agriculture, mais pas beaucoup de culture.

C'est tout? Non, mais presque. Du point de vue des arts, des lettres et du large système culturel, les propositions ambitieuses, globales et originales pèchent encore désespérément par absence dans les programmes des principales formations politiques en lice.

Rien

Il n'y a donc rien pour les principaux dossiers chauds des arts et de la culture. Rien par exemple sur les moyens de développer Montréal comme métropole culturelle. Rien sur le financement des projets d'agrandissement défendus par les grands musées. Rien sur la crise appréhendée des publics des arts de la scène. Rien de concret sur la diffusion internationale des productions québécoises ou sur leur simple rayonnement ici même, à l'intérieur des frontières. Rien sur la crise de la lecture, la culture à l'école, le corporatisme des techniciens ou les rapports inégaux aux arts des riches et des pauvres, des villes et des régions, ou même des hommes et des femmes. Rien sur les droits d'auteur, les mutations technologiques, la révolution des plateformes de diffusion...

Rien, ou si peu, alors que le monde bascule et que la culture se transforme radicalement. Les partis politiques québécois continuent de réagir à la petite semaine, en faisant comme si. Comme si la mondialisation n'existait pas. Comme si l'utilitarisme ne gangrenait pas tout le système. Comme si de nouvelles formes culturelles n'avaient pas déjà commencé à faire s'effondrer des pans entiers d'un édifice séculaire.

Certains choix ne peuvent pas s'expliquer autrement que par l'aveuglement volontaire, la surdité pratique ou l'insensibilité généralisée. Par exemple, le fait que le programme du Parti québécois ne comporte aucune proposition concernant le patrimoine dans son ensemble, que celui-ci soit religieux, bâti, paysager ou documentaire. Les balises gouvernementales sont attendues depuis trois décennies et cette formation a encore des prétentions de défendre mieux que toute autre la substantifique identité nationale.

Le Parti libéral, lui, a déjà commencé le travail pour adopter une loi-cadre du patrimoine culturel, y compris un fonds permanent de dotation. Il promet de terminer le boulot s'il reprend le pouvoir, comme il annonce la mise en réseau des bibliothèques, l'adoption d'un nouveau modèle de financement du cinéma et la mise en oeuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l'Unesco.

Par contre, le PLQ n'annonce pas de bonification du budget du CALQ, une vieille revendication des associations d'artistes professionnelles. Le Conseil a été fondé au début des années 1990. Son budget a stagné à 45 millions pendant des années. La mobilisation du début de la décennie a fait gonfler l'enveloppe à quelque 72 millions, mais il en manque encore 18 pour atteindre le seuil de financement de 90 millions souhaité par le milieu il y a déjà plusieurs années.

Des déclarations de principes

Le PQ bouge sur ce dossier. La «feuille de route» promet de hausser les budgets du Conseil des arts et des lettres de dix millions par année, ce qui gonflerait le magot à quelque 110 millions en bout de mandat. Un gouvernement péquiste adopterait aussi une loi de mise en oeuvre de la convention de l'Unesco sur la diversité culturelle. Il modifierait également la Loi sur le ministère de l'Éducation pour favoriser la fréquentation des arts de la scène par les élèves. Cette faveur accordée aux «arts de la scène» plutôt qu'aux «sorties culturelles» dans un sens large, incluant les musées ou les bibliothèques, a de quoi étonner.

Pour le reste, le texte demeure dans le vague et la déclaration de principes. Il est par exemple promis de faire de la culture «une priorité dans la définition, le développement et la promotion de l'identité québécoise, ici comme à l'étranger», ou encore de soutenir «de façon spécifique la commercialisation des produits culturels québécois dans le monde». Seulement, la petite page consacrée à la culture ne dit rien de précis en ces matières. Au total, la feuille de route contient huit propositions mais ne promet aucun argent spécifique, sauf pour le CALQ. La culture ne figure même pas parmi les sept grands chantiers prioritaires énumérés par le document (éducation, environnement, économie, santé, régions, etc).

La version préliminaire du programme électoral publié par Le Devoir au début de février s'avérait autrement plus ambitieuse. Ce document promettait un train de mesures, par exemple pour doubler le budget du Conseil des arts, qui serait passé à 150 millions par année, hausser celui de la SODEC, étendre la politique d'intégration des arts à l'architecture à toutes les constructions publiques, développer un conseil du patrimoine et établir des antennes culturelles du Québec à l'étranger. Presque toutes ces propositions ont donc été abandonnées dans le dernier droit des négociations et le PQ se retrouve avec une plateforme culturelle maigrichonne.

Le programme de l'ADQ, intitulé Une vision. Un plan. Une parole, parle aussi un peu de culture, ce qui est déjà une nouveauté par rapport à la dernière campagne électorale, alors que le secteur n'intéressait aucunement la formation. Le principal engagement de la formation de Mario Dumont promet de «donner un soutien accru à la culture». L'idéologie du parti lui fait préciser qu'il s'agirait de remettre plus d'argent aux créateurs et moins à la bureaucratie culturelle. «L'ADQ s'engage à reconnaître les grandes réussites du milieu culturel, autant ici, au Québec, qu'ailleurs dans le monde, et ce, en apportant un soutien accru au secteur de la culture, dit le document. Notamment, l'ADQ entend financer directement les créateurs plutôt que la bureaucratie et reconnaître véritablement leur statut.»

Les verts demeurent monomaniaques de l'environnement et ne disent absolument rien de la culture, sinon pour envisager de soutenir les artistes amateurs et semi-professionnels «par la création d'un réseau de coops d'artistes et la reconnaissance de leur statut», et promettre de «subventionner les projets de bibliothèques multimédias en région et regarnir les bibliothèques scolaires».

Québec solidaire apparaît encore plus chiche. La seule de ses 25 propositions fondamentales traitant de culture parle d'élaborer «un projet de filet de sécurité sociale pour les artistes du Québec».

Et c'est tout? Et c'est tout.
 
 
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  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    samedi 3 mars 2007 11h11
    savoureux avenir
    On vote pour qui ?
    Si notre vie c'est justement de faire et tenter de vivre de la culture ?
    Beaucoup de scolarité, d'expériences et de talents , cherche à vivre dignement. Est-ce si difficile ? Ou doit-on s'expatrier si on en a les moyens ?

    Marie-Claude Leclerc
    artiste professionnelle

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 3 mars 2007 11h53
    Mince vernis
    Monsieur Baillargeon semble ne pas savoir que pour la plupart des gens qui nous gouvernent, ou veulent nous gouverner, tous partis confondus, la seule chose qui importait, dans leur temps, est d'avoir l'air cultivé. Ce mince vernis ne résiste pas l'« épanouoissement » de la non-culture culturelle américaine.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    dimanche 4 mars 2007 00h23
    CINÉMA QUÉBÉCOIS
    Les producteurs Roger Frappier et Denise Robert ont applaudi, ça va de soi, à l'injection des fonds québécois promulguée par Line Beauchamps à Montréal le 6 février 2007, et convenu que c'est le fédéral qui cause problème. Ce que ne semble pas voir le parti libéral au pouvoir à Québec. Pour lui, partisanerie devance culture.

  • Georges Paquet
    Abonné
    dimanche 4 mars 2007 05h19
    La diversité culturelle
    Sait-on assez dans nos milieux culturels et politiques qui souvent trouvent que rien ne vient jamais de fédéral que c'est d'Ottawa que sont venus les premiers pas et les premières initiatives concrètes qui ont conduit à l'adoption de la Convention de l'UNESCO sur la diversité culturel et que le Canada a été le premier pays à ratifier la dite Convention. Bien sûr, le Québec est très tôt venu appuyer et enrichir ces premières démarches. Par la suite, la France et de nombreux autres pays ont heureusement donné leur appui et apporté des contributions de poids.

    Georges Paquet

  • LeRévoltéTranquille
    Abonné
    mercredi 7 mars 2007 15h14
    Pourquoi... ?
    Pourquoi... ?

    ... supporter des gens qui ont maintenant des syndicats puissants et volubiles pour défendre leurs précieux acquis, et qui paradoxalement voient leur créativité bridée en les empêchant de souffrir, du moins économiquement ?

    Pourquoi continuer de supporter un secteur de l'édition où, si des livres sans intérêt ne sont pas écrits par des profs de cégep ou d'université en sabbatique pour se faire un énième revenu d'appoint, ils sont proprement illisibles pcq acceptés par des éditeurs complaisants et incultes nullement menacés dans leur fonds de commerce ?

    Pourquoi continuer de supporter un secteur où, si le produit habituellement hermétique est intellectuellement inaccessible aux communs des mortels de la classe moyenne selon l'échelle Yves-Séguin (sec V ou DEP, 32,0$ de revenus annuels), l'assistance sera définitivement en chute libre, étant donné que ce commun dénominateur sera à même de bousiller une importante promesse libârale en train d'attendre dans une salle d'urgence (SIC) d'hôpital bondé au lieu d'assister paisiblement dans une salle multimédia à la prestation d'un quelconque "produit culurel"...

    Pourquoi continuer de subventionner des gens qui créent beaucoup mieux maintenus dans l'indigence et la misère ?

    Je les remercie les chefs politiques de mettre pour une fois les priorités à la bonne place et redonner sa place à un milieu des Arts admirable pcq capble de sublimer sa souffrance dans la création...

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