Charest oublie Boisclair sur la Grande Allée
Photo : Jacques Nadeau
Québec — Inquiets de la montée de l'Action démocratique du Québec dans la région de la Capitale nationale, le chef libéral Jean Charest et son candidat-vedette Philippe Couillard ont multiplié les attaques à l'endroit du chef de l'ADQ, Mario Dumont, hier à Québec. Ainsi, ils ont à toutes fins utiles oublié le chef péquiste André Boisclair dans leurs discours. Le PQ, selon un sondage du Soleil, est tombé à 25 % dans les intentions de vote à Québec et continuerait de chuter. Le PLQ mène le bal avec 32 % et l'ADQ le talonne à 30 %. Puisque l'échantillon utilisé est petit (500 répondants), la marge d'erreur est de 4 % (19 fois sur 20), ce qui signifie que le PLQ et l'ADQ sont coude à coude.
Le chef libéral veut être de plus en plus présent à Québec. Depuis le début de sa tournée, le 21 février, son organisation a ajouté au moins deux journées à Québec — dont hier — à son horaire. C’est aussi lui qui a réclamé que le débat des chefs ait lieu dans la capitale. C’est d’ailleurs au coeur de l’Hôtel du Parlement, au restaurant Le Parlementaire, le 13 mars, que les trois chefs s’affronteront.
Hier après-midi, M. Charest était en entrevue à la station très écoutée CHOI-FM, laquelle a un penchant adéquiste, comme à l’époque où le controversé Jean-François Fillion en était l’animateur-vedette. Avant que M. Charest n’entre en ondes, un animateur, Hugo Langlois, a dit à quel point la décision de tenir le débat à Québec lui avait fait plaisir. Dans l’entrevue d’une demi-heure qui a suivi, le chef libéral n’a pas prononcé une seule fois le nom d’André Boisclair. Et l’intervieweur, Gilles Parent — qui a entamé la conversation en confiant qu’il avait voté libéral en 2003 —, n’a parlé du PQ qu’une seule fois, affirmant que ce parti est en «déroute». M. Charest a profité de son passage pour critiquer Mario Dumont à plusieurs reprises, condamnant par exemple le caractère «mal ficelé» du programme adéquiste en matière de soutien à la famille et soulignant que M. Dumont n’a «pas d’équipe».
En matinée, lors de l’annonce d’une promesse d’investissement de 400 millions de dollars pour l’agrandissement de l’Hôtel-Dieu de Québec, le chef libéral avait aussi pris Mario Dumont pour cible, fustigeant les idées de l’ADQ en santé, par exemple l’instauration d’un ticket modérateur ou la création d’un réseau de cliniques privées sans rendez-vous.
En soirée à Lévis, M. Charest a mitraillé Mario Dumont alors qu’il ne réservait que deux cartouches tout au plus à André Boisclair. Il a mené une charge à fond de train contre le projet de l’ADQ de verser 5200$ par année aux familles avec des jeunes enfants, reprochant au chef adéquiste de ne rien dire sur la façon dont il financerait ce programme.
«Quand on dit qu’on va donner 5000$ à une famille et on ne dit pas où l’on va prendre l’argent, et qu’on ne dit rien sur les enfants de 6 à 18 ans, je pense qu’on peut pas mal deviner que l’ADQ couperait les fonds pour les enfants de 6 à 18 ans. C’est comme ça qu’il va le financer. En tout cas, s’il ne nous donne pas de chiffre, je vais être obligé de conclure que c’est là où ils vont prendre l’argent.» Le programme de soutient aux enfants mis en place en janvier 2005 par le gouvernement Charest coûte 2 milliards et profite à 856 000 familles.
Plus tôt, le ministre de la Santé Philippe Couillard, candidat libéral dans Jean-Talon, avait aussi vilipendé le chef adéquiste. Après avoir reconnu que Québec a «une coloration politique» particulière puisque ses citoyens veulent qu’on réponde à leurs besoins concrets, il a fait valoir que «M. Dumont donne l’illusion de répondre à leurs besoins concrets». Il a donné l’exemple du ticket modérateur: «Quand j’entends M. Dumont qui parle des “vraies questions” au “vrai monde”, j’ai envie de lui poser moi aussi une vraie question: c’est qui, le “vrai monde” qui va payer le ticket modérateur? Ça va coûter combien? Comment on va percevoir ça? Si, moi, je suis malade parce que j’ai le diabète et que je viens trois fois à l’hôpital dans une semaine, est-ce que je vais payer, 25, 50 ou 100 $ ou je vais en être épargné? Comment on va gérer ça?» Selon M. Couillard, il y a un «pattern» à l’ADQ: «On arrive avec un petit coup de baguette magique, on donne la phrase qui sonne bien dans les médias. Mais dès qu’on commence à gratter un peu, dès qu’on commence à voir un peu de quoi on parle [...], ça s’écroule comme un château de cartes.»
Par ailleurs, le premier ministre n’a pas tari d’éloges pour la Vielle Capitale hier, la décrivant comme «une place unique», «une des plus belles villes au monde». «La capitale nationale n’a rien à envier à Montréal.» «Je suis très fier d’être premier ministre d’une ville aussi magnifique [...]. Je sais que ça va vous paraître un cliché de le dire, mais moi, quand je me déplace à l’extérieur, je parle du Québec, je parle de ma capitale. C’est avec beaucoup de fierté.»
Boisclair à Québec
Aussi présent dans la région de la Capitale nationale hier, André Boisclair, en matinée, a refusé de parler à la presse. C’est à Charny, sur la rive sud, dans un centre de la petite enfance, qu’il a finalement répondu aux questions liées au sondage dévastateur du matin. Pressé de questions, il a souligné que ce n’est que le «début de la campagne» et que son parti n’a «pas dit son dernier mot à Québec». «Il y a encore plusieurs jours de campagne. Vous allez me voir souvent dans la capitale nationale, et je suis convaincu que les propositions réalistes et responsables du Parti québécois vont nous permettre de gagner la confiance des gens», a-t-il déclaré.
Malgré les mauvais scores dans les sondages, M. Boisclair a soutenu que «ce qu’on voit sur le terrain, c’est l’enthousiasme comme jamais on n’en avait senti en 2003. Il y a de l’énergie dans les rangs, il y a de la bonne humeur», a-t-il dit, sourire aux lèvres.
M. Boisclair a par la suite passé beaucoup de temps à critiquer l’ADQ et Mario Dumont en des termes qui convergent avec ceux des gros canons libéraux: «Quand je vois des gens qui tentent, par des formules-chocs, je pense que nous avons la responsabilité d’aller plus loin. M. Dumont n’a pas de cadre financier, il n’a pas d’équipe. Il n’y a aucune possibilité qu’il forme le gouvernement. Québec risquerait de se retrouver dans l’opposition. J’entends et je vois des gens à Québec qui ont le goût du pouvoir.»
Le Devoir
En collaboration avec Robert Dutrisac et la Presse canadienne
Le chef libéral veut être de plus en plus présent à Québec. Depuis le début de sa tournée, le 21 février, son organisation a ajouté au moins deux journées à Québec — dont hier — à son horaire. C’est aussi lui qui a réclamé que le débat des chefs ait lieu dans la capitale. C’est d’ailleurs au coeur de l’Hôtel du Parlement, au restaurant Le Parlementaire, le 13 mars, que les trois chefs s’affronteront.
Hier après-midi, M. Charest était en entrevue à la station très écoutée CHOI-FM, laquelle a un penchant adéquiste, comme à l’époque où le controversé Jean-François Fillion en était l’animateur-vedette. Avant que M. Charest n’entre en ondes, un animateur, Hugo Langlois, a dit à quel point la décision de tenir le débat à Québec lui avait fait plaisir. Dans l’entrevue d’une demi-heure qui a suivi, le chef libéral n’a pas prononcé une seule fois le nom d’André Boisclair. Et l’intervieweur, Gilles Parent — qui a entamé la conversation en confiant qu’il avait voté libéral en 2003 —, n’a parlé du PQ qu’une seule fois, affirmant que ce parti est en «déroute». M. Charest a profité de son passage pour critiquer Mario Dumont à plusieurs reprises, condamnant par exemple le caractère «mal ficelé» du programme adéquiste en matière de soutien à la famille et soulignant que M. Dumont n’a «pas d’équipe».
En matinée, lors de l’annonce d’une promesse d’investissement de 400 millions de dollars pour l’agrandissement de l’Hôtel-Dieu de Québec, le chef libéral avait aussi pris Mario Dumont pour cible, fustigeant les idées de l’ADQ en santé, par exemple l’instauration d’un ticket modérateur ou la création d’un réseau de cliniques privées sans rendez-vous.
En soirée à Lévis, M. Charest a mitraillé Mario Dumont alors qu’il ne réservait que deux cartouches tout au plus à André Boisclair. Il a mené une charge à fond de train contre le projet de l’ADQ de verser 5200$ par année aux familles avec des jeunes enfants, reprochant au chef adéquiste de ne rien dire sur la façon dont il financerait ce programme.
«Quand on dit qu’on va donner 5000$ à une famille et on ne dit pas où l’on va prendre l’argent, et qu’on ne dit rien sur les enfants de 6 à 18 ans, je pense qu’on peut pas mal deviner que l’ADQ couperait les fonds pour les enfants de 6 à 18 ans. C’est comme ça qu’il va le financer. En tout cas, s’il ne nous donne pas de chiffre, je vais être obligé de conclure que c’est là où ils vont prendre l’argent.» Le programme de soutient aux enfants mis en place en janvier 2005 par le gouvernement Charest coûte 2 milliards et profite à 856 000 familles.
Plus tôt, le ministre de la Santé Philippe Couillard, candidat libéral dans Jean-Talon, avait aussi vilipendé le chef adéquiste. Après avoir reconnu que Québec a «une coloration politique» particulière puisque ses citoyens veulent qu’on réponde à leurs besoins concrets, il a fait valoir que «M. Dumont donne l’illusion de répondre à leurs besoins concrets». Il a donné l’exemple du ticket modérateur: «Quand j’entends M. Dumont qui parle des “vraies questions” au “vrai monde”, j’ai envie de lui poser moi aussi une vraie question: c’est qui, le “vrai monde” qui va payer le ticket modérateur? Ça va coûter combien? Comment on va percevoir ça? Si, moi, je suis malade parce que j’ai le diabète et que je viens trois fois à l’hôpital dans une semaine, est-ce que je vais payer, 25, 50 ou 100 $ ou je vais en être épargné? Comment on va gérer ça?» Selon M. Couillard, il y a un «pattern» à l’ADQ: «On arrive avec un petit coup de baguette magique, on donne la phrase qui sonne bien dans les médias. Mais dès qu’on commence à gratter un peu, dès qu’on commence à voir un peu de quoi on parle [...], ça s’écroule comme un château de cartes.»
Par ailleurs, le premier ministre n’a pas tari d’éloges pour la Vielle Capitale hier, la décrivant comme «une place unique», «une des plus belles villes au monde». «La capitale nationale n’a rien à envier à Montréal.» «Je suis très fier d’être premier ministre d’une ville aussi magnifique [...]. Je sais que ça va vous paraître un cliché de le dire, mais moi, quand je me déplace à l’extérieur, je parle du Québec, je parle de ma capitale. C’est avec beaucoup de fierté.»
Boisclair à Québec
Aussi présent dans la région de la Capitale nationale hier, André Boisclair, en matinée, a refusé de parler à la presse. C’est à Charny, sur la rive sud, dans un centre de la petite enfance, qu’il a finalement répondu aux questions liées au sondage dévastateur du matin. Pressé de questions, il a souligné que ce n’est que le «début de la campagne» et que son parti n’a «pas dit son dernier mot à Québec». «Il y a encore plusieurs jours de campagne. Vous allez me voir souvent dans la capitale nationale, et je suis convaincu que les propositions réalistes et responsables du Parti québécois vont nous permettre de gagner la confiance des gens», a-t-il déclaré.
Malgré les mauvais scores dans les sondages, M. Boisclair a soutenu que «ce qu’on voit sur le terrain, c’est l’enthousiasme comme jamais on n’en avait senti en 2003. Il y a de l’énergie dans les rangs, il y a de la bonne humeur», a-t-il dit, sourire aux lèvres.
M. Boisclair a par la suite passé beaucoup de temps à critiquer l’ADQ et Mario Dumont en des termes qui convergent avec ceux des gros canons libéraux: «Quand je vois des gens qui tentent, par des formules-chocs, je pense que nous avons la responsabilité d’aller plus loin. M. Dumont n’a pas de cadre financier, il n’a pas d’équipe. Il n’y a aucune possibilité qu’il forme le gouvernement. Québec risquerait de se retrouver dans l’opposition. J’entends et je vois des gens à Québec qui ont le goût du pouvoir.»
Le Devoir
En collaboration avec Robert Dutrisac et la Presse canadienne
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