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Technologie - La rumeur électorale gagne le cyberespace

Bruno Guglielminetti   26 février 2007  Québec
Site de l'Action démocratique
Photo : Jacques Grenier
Site de l'Action démocratique
Ce début de campagne électorale sur le Web est loin d'être banal. En 72 heures, le Parti québécois a fait disparaître son premier site de marketing viral, on a découvert qu'un ancien partisan péquiste réglait ses comptes à l'aide d'un montage vidéo choc intitulé Boisclair-démission sur Tonclip.com et le blogueur David Gagnon a révélé des propos explosifs de la part d'une candidate de Québec Solidaire, comme le raconte Paul Cauchon, mon voisin de page.

Cette dernière histoire me rappelle une lecture faite sur le blogue du consultant en communications Marc Snyder alors qu'il se questionnait sur l'impact des blogues québécois. Marc Snyder écrivait que les blogues québécois (partisans ou non) devaient sortir un «scoop, une exclusivité pour démontrer le pouvoir des blogues sur la campagne». Alors voilà, c'est fait sur Atagoniste.net, cette première histoire assez intéressante pour que d'autres blogues reprennent l'histoire et que cette histoire se retrouve dans les médias traditionnels.

On est loin de la première utilisation innovatrice que le PQ avait faite d'Internet lors de la dernière campagne électorale. Alors qu'à la veille du scrutin, le chef d'alors Bernard Landry et sa collègue Pauline Marois avaient enregistré un message sous forme de fichier MP3 et celui-ci avait été distribué par courrier électronique avec un message pour faire sortir le vote. Le résultat de cette opération fait maintenant partie de notre histoire collective même si l'idée était ingénieuse.

Une campagne différente

Pour revenir à la campagne qui nous occupe aujourd'hui, cette nouvelle campagne est différente, car en quatre ans l'utilisation d'Internet au Québec a beaucoup changé. Aujourd'hui, comme le révèle l'enquête NETendances 2006 du CEFRIO, plus de gens naviguent sur le Web, plus de gens consultent l'information qui circule sur Internet — qu'elle soit vraie ou fausse — et plus de gens contribuent à ajouter du contenu sur le Web. C'est donc dire que, cette fois, contrairement aux autres campagnes, l'échange des idées, de la propagande et des discussions aura également lieu dans le cyberespace québécois.

Jamais dans l'histoire des élections au Québec, on a vu autant de couvertures du Web dans une campagne. Observez uniquement les efforts des médias électroniques Radio-Canada et TVA pour couvrir la campagne en ligne, c'est impressionnant. De part et d'autre, on sollicite les internautes pour recevoir des pistes de reportages, on offre une tribune en ligne aux électeurs, on cherche la petite vidéo qui fera trébucher un candidat, l'anecdote que la presse traditionnelle n'aurait pas aperçue lors d'un événement orchestré par un parti.

Assurer l'ordre

C'est dans ce contexte que le bureau du Directeur général des élections du Québec doit maintenant assurer l'ordre pour s'assurer que la Loi électorale s'applique également en ligne. Cette Loi électorale qui encadre le contrôle des dépenses électorales des partis, des candidats et des électeurs. Car aujourd'hui, en plus des supports traditionnels, que ce soit le journal, la radio ou la télévision, il faut y ajouter les nouveaux outils de communications qui peuvent servir à la promotion des idées. Pensons aux sites Web bien sûr, mais aussi aux portails de vidéos, aux forums de discussions, aux blogues, aux baladodiffusions et même aux moteurs de recherche sur lesquels on peut acheter des mots clés pour diriger les recherches des internautes.

Le DGE rappelle que quel que soit le support ou la technologie utilisée, une dépense électorale est le coût de tout bien ou service utilisé pendant la période électorale pour, notamment, favoriser ou défavoriser, directement ou indirectement, l'élection d'un candidat ou celle des candidats d'un parti; peu importe que cette dépense soit assumée par un parti ou un individu. Et à ce sujet, il ajoute que nul autre que l'agent officiel ne peut faire ou autoriser des dépenses électorales en période électorale.

Celà étant dit, Myriam Régnier du bureau du Directeur général des élections du Québec souligne qu'il existe dans la Loi une notion d'intervenant particulier qui permet à un électeur ou un groupe d'électeurs de faire une dépense de publicité qui n'excède pas 300 dollars en période électorale pour s'exprimer sur un sujet d'actualité, mais sans favoriser ou défavoriser directement un parti.

À partir de quand?

La question sera donc de voir à partir de quel moment dans cette campagne une initiative citoyenne pourra être vue comme favorable ou défavorable directement à un parti et avoir coûté plus de 300 dollars. Pensons à un forum ou un blogue qui deviendrait un lieu de rendez-vous qui pourrait être l'équivalent en ligne d'un lieu d'assemblée politique ou encore, d'investissement important dans le référencement de sites pro ou contre un parti politique.

Mais pour que le Directeur général des élections du Québec s'intéresse à l'affaire, il faudra que cette initiative cause assez de remous pour faire des vagues jusqu'à son bureau. Car bien que le DGE soit concerné par l'application de la Loi des élections sur le Web québécois, celui-ci a déjà confirmé qu'il n'avait pas l'intention de se livrer à une chasse aux sorcières. Bref, si des plaintes sont transmises, ils agiront comme dans toute autre situation semblable. Sinon, l'initiative aura au moins sa place dans le patrimoine des bons coups en ligne lors d'une campagne électorale.

***

bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).
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  • Benoît Gagnon
    Abonné
    lundi 26 février 2007 06h30
    Y-a-t-il un problème? par Benoît Gagnon
    « Votre article nous décrit très bien les défauts d`une démocratie directe de façon exhaustive. Mais je ne vois pas de danger réel d`une dérive démocratique. Vos appréhensions sont fondées sur un manque d`esprit critique de notre société et de nos citoyens ce qui n`est pas le cas à mon avis. les faits sont cintraires à vos observations. »

  • Robert Roby
    Abonné
    lundi 26 février 2007 12h11
    y a-t-il un problème
    « Guglielminetti est un savant et Gagnon a raison. Le savant se donne de l'importance en se servant de la peur.


    erty@ sympatico.ca »

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    lundi 26 février 2007 21h57
    Le DGE
    « Me Blanchette est bien frileux. Je préférais de beaucoup son prédécesseur, Pierre-F Côté.

    De voir monsieur Blanchette se mêler de la campagne, en reprochant aux étudiants leur caravane contre le dégel des frais de scolarité, qu'une plainte issue des libéraux aux abois, dirigés par Michel Guitare, dans l'entourage du Premier, lui est parvenue en ce sens, me fait douter de l'objectivité de l'institution du directeur général des élections.

    Lorsqu'un haut fonctionnaire comme lui s'avise de décrier la caravane, il m'apparaît une tache indélébile sur la liberté d'expression au Québec. La plainte déposée par les libéraux à l'effet de charger au Parti Québécois les frais de cette roulotte, sont l'oeuvre de démagogues rompus à l'exercice, favorisés par les sondages.

    Au fait, monsieur le DGE, pourquoi votre personnel et vous-mêmes avez-vous déjà commencé de vous cacher derrière l'article 404 de la loi électorale, vous avisant que vous n'avez pas à vous mêler de ce qui se dit à la radio par exemple, par des animateurs censurables comme Gilles Proulx et Stéphane Gendron qui ont commencé de prendre officiellement position en faveur de l'ADQ?...Les grandes gueules de la radio seront-elles comptabilisées dans les dépenses électorales libérales qui sont objectivement derrière cette campagne en faveur de Dumont pour déstabiliser Boisclair, leur plus sérieux adversaire?

    Auriez-vous oublié leur devise héritée de l'hypocrisie anglo-saxonne: Diviser pour régner?

    Et quand les libéraux opportunistes, récupérateurs, ramènent les mêmes vieux clichés de la peur, leurs doléances à vos bureaux seront-elles comptabilisées aussi?

    Quant à ceux parmi les adversaires de Boisclair qui ramènent constamment à l'avant-front son usage passé de Coke...auraient-ils déjà oublié que nos ancêtres aimaient aussi priser le tabac par le nez?

    Les usages sont les mêmes, seules les moeurs diffèrent aujourd'hui. Allez-vous comptabiliser au Devoir cette prise de position mienne en faveur du parti québécois, monsieur le DG?...Je pense que votre titre serait plus appréciable comme DJ que DG. »

  • Christian Charron
    Inscrit
    dimanche 4 mars 2007 11h57
    Remettre les pendules à l'heure
    « M. Guglielminetti,

    Votre article ne pose pas la bonne question.

    La question n'est pas de savoir «à partir de quel moment dans cette campagne une initiative citoyenne pourra être vue comme favorable ou défavorable directement à un parti et avoir coûté plus de 300 dollars». Vous référez ici à la possibilité de devenir un intervenant particulier. Mais cette solution est de peu d'utilité, car en général, les initiatives des internautes dans cette campagne ont pour but d'exprimer leur point de vue sur un candidat ou un parti, et donc d'avantager ou de désavantager un candidat ou un parti, ce qu'un intervenant particulier n'a pas le droit de faire.

    En analysant la Loi électorale et les communiqués émis par le DGEQ, on se rend compte que cela prend deux conditions pour qu'un message diffusé sur Internet ne soit PAS considéré comme une dépense électorale :

    1) le coût pour produire le message doit être nul ou minimal ;
    2) le message doit être diffusé gratuitement par le diffuseur.

    La réflexion pour savoir si oui ou non une initiative d'un internaute représente une dépense électorale ou non doit reposer sur ces deux critères, en regard de la Loi électorale actuelle.

    Je vous invite à lire les deux articles qui suivent, qui abordent cette question plus en détail :
    http://www.christiancharron.com/article.php3?id_article=215
    http://www.christiancharron.com/article.php3?id_article=216 »

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