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Le rebelle

Michel David   24 février 2007  Québec
La famille souverainiste peut être impitoyable avec ceux de ses membres qui sont soupçonnés de nuire à la cause.

Jacques Parizeau lui-même a été ostracisé à cause d'un livre dont un passage pouvait laisser croire qu'il aurait fait adopter une déclaration unilatérale d'indépendance au lendemain d'un OUI en 1995, malgré les assurances contraires qu'il avait données avant le référendum. Après relecture, on s'est empressé de le réhabiliter, un peu honteux de l'avoir condamné aussi légèrement.

L'excommunication a été plus longue dans le cas de Jacques Joli-Coeur lorsqu'il a eu le malheur d'accepter de jouer le rôle d'amicus curiae à la demande de la Cour suprême, qui entreprenait justement d'examiner la légalité d'une déclaration unilatérale. La réprobation a été générale. Lucien Bouchard et Bernard Landry ont été les premiers à lui lancer la pierre. Ce nouveau Judas avait vendu son peuple pour une poignée de deniers fédéraux.

Ces cris indignés ne l'ont pas impressionné. Quand il s'est mis à jouer les trouble-fête devant la Cour suprême, avec la complicité inattendue de Claude Ryan, on a commencé à lui reconnaître certains mérites. Il est finalement sorti de l'affaire en héros.

Jeudi soir dernier, M. Parizeau s'est déplacé à Sainte-Foy pour appuyer la candidature de son ami à l'investiture péquiste dans Louis-Hébert. Assis au milieu de la salle, entouré de la vieille garde péquiste de la capitale, il n'a pas eu besoin de parler avant que les militants n'aillent voter. Plus le temps et les malheurs passent, plus on se souvient de son règne comme d'une sorte d'âge d'or. Sous ce puissant parrainage, M. Joli-Coeur l'a emporté aisément.

L'affaire était délicate, sachant qu'André Boisclair n'en voulait pas pour candidat. Sans oublier que l'épouse de l'ancien premier ministre fait aussi partie de l'«équipe de rêve». Si M. Joli-Coeur bat maintenant l'ex-ministre Sam Hamad, les souverainistes de Québec trouveront peut-être en lui le leader qu'ils cherchent depuis plus de 30 ans, mais il ne sera pas reposant.

***

Il est facile de comprendre pourquoi la direction du PQ a tout tenté pour lui barrer la route. Il incarne parfaitement cette aile «pure et dure» à laquelle M. Boisclair est si allergique. À 63 ans, il n'a plus rien à prouver et il ne devra son élection à personne.

Si le chef du PQ préfère parler de «consultation populaire» plutôt que de référendum pour éviter d'effaroucher les électeurs, son nouveau candidat ne prononce jamais le mot «souveraineté». Son seul et unique objectif est l'«indépendance», et il rêve du jour où un collège militaire ouvrira ses portes à l'Université Laval pour former les officiers de la future armée québécoise, qu'il voudrait envoyer au Liban plutôt qu'en Afghanistan.

Toujours problématique pour le PQ, la région de Québec s'est transformée en véritable cauchemar cette année. Les candidats souhaités par la direction du parti y sont rejetés les uns après les autres.

Le cas de Louis-Hébert est un peu différent de celui de Vanier, où les militants se sont insurgés contre le parachutage de Jean-François Bertrand, ou encore de Montmorency, un véritable panier de crabes qu'une autre vedette locale pressentie, Françoise Mercure, a préféré éviter.

Même si le jeune adversaire de M. Joli-Coeur, Pascal-Pierre Paillé, 28 ans, ne faisait manifestement pas le poids, l'assemblée de jeudi soir illustrait très bien ce qui sépare le «nouveau PQ» du PQ classique.

Quand il a expliqué aux militants pourquoi il sollicitait leur confiance, M. Joli-Coeur a parlé intensément et exclusivement d'indépendance. Après avoir fait état de ses préoccupations sociales, M. Paillé a conclu la sienne de la façon suivante: «Pour terminer, un petit mot sur la souveraineté.»

***

Depuis un an, on a beaucoup disserté sur l'«énigme de Québec», qui en ferait une terre fertile pour les conservateurs et l'ADQ. Récemment, on a même tenté de la cartographier.

La capitale est un endroit unique et fascinant d'un point de vue politique. De nombreux Montréalais y voient toujours une «ville de fonctionnaires», où tout le monde vit plus ou moins aux crochets de l'État, mais c'est également la ville canadienne où, par habitant, on trouve le plus de chercheurs dans des secteurs de haute technologie. Depuis 20 ans, la ville est en pleine redéfinition économique, sociale et politique.

Le contexte sociolinguistique de Montréal a poussé les francophones de la métropole à trouver refuge au PQ. Avec le temps, le refuge s'est transformé en bastion. En 2003, le PQ a même conservé des comtés comme Bourget ou Rosemont, qui basculaient traditionnellement du côté du pouvoir. Crémazie demeure sans doute le seul point d'interrogation.

L'insécurité linguistique ne joue pas à Québec, de sorte que les frontières politiques sont plus éclatées. En revanche, l'homogénéité de la capitale se traduit nécessairement par un plus grand conformisme. C'est peut-être ce qui explique l'irruption périodique sur la scène politique de ces rebelles à la forte personnalité, souvent d'inclination libertaire, dont M. Joli-Coeur est un magnifique exemple.

L'ancien ministre Jean Garon était un autre spécimen. René Lévesque avait eu un trait de génie en nommant ce professeur de droit fiscal à l'Agriculture, le seul cadre qui convenait à sa personnalité truculente.

Guy Bertrand a presque érigé la rébellion en mode de vie. Durant la campagne électorale de 1989, M. Parizeau, qui avait aussi du mouton noir en lui, avait été stupéfait d'entendre son candidat dans Louis-Hébert dénoncer l'existence d'un système de justice parallèle au Québec.

Le PQ n'a pas le monopole des rebelles. Marc Bellemare a été totalement incapable d'accepter les contraintes qu'impose l'appartenance à une équipe ministérielle. La mairesse Boucher pourrait être ajoutée à la liste. Ou encore, dans un tout autre domaine, Patrick Roy. L'arrivée de M. Joli-Coeur aurait de quoi inquiéter n'importe quel chef.

mdavid@ledevoir.com






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  • Michel-Guy Huot
    Abonné
    samedi 24 février 2007 03h31
    pas Jacques, mais André..
    « L'ami de la cour était Me André Joli-Coeur et non son frère Jacques..., »

  • Léandre Nadeau
    Abonné
    samedi 24 février 2007 04h42
    Tant mieux s'il a du coffre
    « Tant mieux si Joli-Coeur a du coffre, mais Boisclair saura bien l'apprivoiser...
    Indépendance, souveraineté, référendum, ces mots sont dépassés et usés, il faut désormais parler de projet de pays et de consultation populaire, c'est plus clair et plus respectueux du peuple... »

  • pierre minville
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 08h55
    Le rebelle ou less "rebelles"
    « Voici que Monsieur Joli-coeur sera accompagné de MM Laviolette et Dubuc pour cette élection. Le noyai pur et dur s'assume enfin et fait face.
    Les résultats que ces candidats obtiendront sont le seul intérêt de cette campagne puisque le peuple va parler vrai, dire sa pensée profonde »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 24 février 2007 09h20
    Merci !
    « Un vent frais dans les analyses du Parti québécois généralement négatives que nous sert Michel David.
    Roland Berger, London, Ontario »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 09h38
    Jacques?
    « N'est-ce pas plutôt André Joli-Coeur?
    Vous devriez pourtant le savoir, je crois qu'il était marié à Denise Bombardier. »

  • Jean Le May
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 10h16
    Bel éclairage , merci
    « Votre analyse me donne un bon éclairage sur le cas particulier de la région de Québec. Bien écrit, il propose une analyse fine, presque psychologisante d'une communauté. Merci, c'est resourçant! »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 11h55
    "un petit mot sur la souveraineté"
    « Pitoyable en effet comme discours. Un point de détail dans l'histoire dirait l'autre.

    Y'a des élections à Québec et dans le reste du Québec parce que la coalition natioanliste a éclaté ce qui donne lieu à un débat gauche-droite comme dans tous les pays démocratique du monde contrairement au Montréal anglo-ethnique où on ne vote que d'un bord (mais n'allez pas leur parler de vote ethnique)

    Le drame cependant c'est que l'éclatement de la coalition signifie l'impossibilité de faire la souveraineté. On doit être mort de rire à Ottawa de voir le p'tit Mario et la grande Françoise faire la job qu'ils ne sont jamais arriver à faire... »

  • Michel Thibodeau
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 21h11
    Vocabulaire
    « On se chicane sur les mots, la question,les chefs,on attend plus d'argent, etc...ailleurs, les gens meurent de faim,les soldats meurent! Les souverainistes regardent la parade passer, les bloquistes ramassent leur belle pension! ...Heureusement que la fédération existe!
    J'en ai marre! »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    dimanche 25 février 2007 10h40
    Jacques et André
    « C'est craiment André, l'avocat de Joli-coeur, Lacasse qui a été élu. Il a fréquenté effectivement Denise Bombardier. Il est un vieil ami de Jacques Parizeau et ils partagent la passion d'un bon vin.

    Son frère Jacques est conseiller municipal dans le Vieux-Québec historique. Lui aussi a été exclus du PQ par Bernard Landry après avoir commencé l'organisation des funérailles de Lucien Bouchard en mauvaise posture dans son lit d'hôpital à Montréal combattant la bactérie mangeuse de chair qui lui a ravi une partie de la jambe. A ce moment, Jacques était sous-ministre aux affaires extérieures à Québec et avait commencé à téléphoner aux ambassades pour les préparer au pire. Mais le pire n'arriva pas...

    Heureusement, il fut élu dans l'équipe de L'Allier peu de temps après. Depuis lors, il est le pro-maire de service avec une prime qui permet d'égaler presque le salaire d'un sous-ministre. Autrement dit, un parachute doré... »

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