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La bataille de l'intégrité

Antoine Robitaille   22 février 2007  Québec
Photo : Jacques Nadeau
Québec — Le Québec ira voter le 26 mars prochain. Le premier ministre Jean Charest en a fait l'annonce officielle hier lors d'une conférence de presse dans le hall du Parlement. Entouré des femmes du conseil des ministres, il a indiqué que dans sa bataille pour obtenir un deuxième mandat, il ripostera coup pour coup aux attaques de son principal adversaire, le chef péquiste André Boisclair.

Adoptant un ton grave, le premier ministre s'est montré particulièrement irrité par le fait que M. Boisclair, «depuis plusieurs semaines [...], se promène en criant "menteur" [à son sujet] à chaque occasion». Affirmant qu'il préférerait faire la campagne «sur le fond», sur son «plan», sur les «idées», le premier ministre a toutefois dit que «si le Parti québécois, lui, choisit le sujet de l'intégrité, il devra vivre avec les conséquences de son choix». Autrement dit, les libéraux vont se «défendre», et s'il le faut en faisant référence au passé d'André Boisclair. Mardi, en Chambre, Jacques Dupuis a répliqué aux attaques péquistes en évoquant la consommation de cocaïne du chef de l'opposition, ce qui «enfreint le Code criminel».

Or, hier, le chef péquiste, en réaction à l'annonce du déclenchement des élections, en a remis et a encore une fois affirmé que le premier ministre avait énoncé des propos mensongers, notamment sur la question des frais de scolarité.

M. Charest a reconnu en anglais qu'il n'a pas «un score parfait» en matière de réalisation de ses promesses de 2003. Ainsi, même s'il n'a pas livré les baisses d'impôt promises d'un milliard de dollars par année, même s'il a haussé le coût d'une journée de garderie à 7 $ alors qu'il s'était engagé à le maintenir à 5 $, même s'il n'a pas totalement résolu le problème de l'engorgement des urgences, il a dit se sentir «très à l'aise» de se présenter devant l'électorat puisque, selon lui, le PLQ a réalisé l'essentiel de ses engagements. Il en veut pour preuve une étude de 27 universitaires sous la direction de François Pétry, Éric Bélanger et Louis-Marie Imbeau, qui conclut que le gouvernement Charest a rempli 60 % de ses promesses électorales. Les universitaires écrivent ceci: «La principale cause de la profonde insatisfaction des Québécois face au gouvernement de Jean Charest ne se trouve ni dans les promesses non tenues, ni dans le non-respect des valeurs libérales, ni dans la couverture médiatique biaisée de son action, mais plutôt dans l'absence de délibération publique et d'un véritable dialogue avec les citoyens.» (Le Parti libéral - Enquête sur les réalisations du gouvernement Charest, Presses de l'Université Laval, 2006.)

Sur les baisses d'impôt, le premier ministre a fait évoluer son explication hier au sujet des raisons pour lesquelles il y est allé «en marchant» alors qu'il aurait souhaité y aller «en courant». Il a encore une fois rappelé que le Parti québécois avait, à ses dires, caché un trou financier de quatre milliards. Mais il a ajouté que le PQ l'avait fait intentionnellement: «De manière délibérée, [le PQ] a laissé un trou financier avec lequel on a dû composer. Et on a fait nos choix à partir de là.» À une question à propos du «pacte» sur la santé qu'il avait proposé aux Québécois en 2003 — il avait dit que s'il ne remplissait pas sa promesse, les Québécois sauraient ce qu'il leur resterait à faire —, il s'est montré intarissable sur les actions qu'il a entreprises en ce domaine et a encore fait de la santé sa «priorité absolue».

Par ailleurs, M. Charest a dit que les Québécois doivent choisir entre le progrès et le retour en arrière, entre la responsabilité et l'irresponsabilité. Quelle est la solution de rechange à son gouvernement? «Un référendum le plus vite possible? Est-ce qu'on va mettre les freins? Est-ce qu'on va briser l'élan? On va arrêter de faire ce qu'on fait en éducation? [...] On va se rediviser entre nous et se chicaner à nouveau?»

Par ailleurs, M. Charest ne croit pas que le dépôt annoncé d'un budget fédéral, le 19 mars, à une semaine du vote au Québec, soit une ingérence d'Ottawa dans les affaires du Québec.

La lieutenant-gouverneur cachée

Vers 11h15 hier matin, M. Charest, comme le veut la coutume, s'était rendu chez la lieutenant-gouverneur, Lise Thibault, afin d'obtenir la sanction royale pour les deux décrets que le conseil des ministres venait d'adopter: un premier qui proclame la dissolution de la Chambre et un second qui lance le processus électoral dans toutes les circonscriptions. Contrairement à son habitude en pareilles circonstances, Mme Thibault est restée dans ses bureaux. Elle aurait demandé à ne pas rencontrer la presse, elle qui a récemment fait l'objet de plusieurs articles au sujet de ses comptes de dépenses jugés douteux. D'ailleurs, à sa demande, le Vérificateur général du Québec fera enquête sur cette affaire.

Le premier ministre, âgé de 48 ans, a lancé sa campagne — dont le slogan est «S'unir pour réussir le Québec de demain» — dans sa circonscription de Sherbrooke hier soir. Une vingtaine de manifestants de l'Université de Sherbrooke se sont pointés hier, devant le Vieux Clocher, pour protester contre la promesse libérale de hausser les frais de scolarité. Il fera campagne à Québec aujourd'hui, où il tiendra un point de presse au Manoir Montmorency en matinée et lancera la campagne de la région de Québec au Montmartre canadien.

Un sondage CROP-La Presse indiquerait aujourd'hui que 31 % des Québécois estiment que le chef du PLQ est le plus compétent de tous les chefs. Mario Dumont devancerait André Boisclair avec 24 % des répondants qui lui sont favorables. Le leader du PQ obtient quant à lui un score de 22 %. Françoise David, de Québec solidaire, suit avec 4 %. Le chef du Parti vert, Scott McKay, arrive bon dernier avec 2 %.

Notons qu'à la dissolution de la Chambre, les libéraux détenaient 72 sièges, le Parti québécois, 45, et l'Action démocratique, cinq. Un député siège comme indépendant et deux sièges sont vacants.

La campagne électorale, qui durera 33 jours, devrait coûter environ 78 millions de dollars aux contribuables. Le 31 janvier, 5 605 991 millions d'électeurs étaient inscrits, selon le Directeur général des élections. Ce chiffre est sujet à changer avec les révisions de la liste électorale pendant la campagne. Dans les 125 circonscriptions québécoises, les directeurs de scrutin embauchent environ 100 000 personnes.
 
 
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  • André Lord
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 08h41
    La sincérité
    Nous allons donc être ensevelis pendant les prochaines semaines sous une avalanche de mensonges,de promesses, d'insultes, d'accusations et quoi encore...
    Si je me rappelle bien, René Levesque n'était pas tombé dans ce piège. Est-ce vrai? La simplicité, la sincérité, la modestie, pourquoi pas? Éthique et politique, ça ne rime donc pas?
    Nos jeunes ne sont pas dupes, ils sont peut-être en recherche d'eux-mêmes mais pas fous, ils savent distinguer le VRAI du FAUX.

  • nilo
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 09h07
    vous avez dit intégrité?
    Est-ce intègre que que principal concerné par le rapport sur Option Canada déclenche les élections pour qu'elles aient lieu une semaine avant le rapport du juge Grenier? Rien que cela disqualifie Jean Charest de mériter notre confiance.

    Ce qui était en jeu dans cette affaire, c'est la transparence des politiciens du Québec et leur imputabilité. Monsieur Charest a sévèrement blessé monsieur Parizeau et monsieur Landry lors du dernier débat télévisé. Je me souviens.

    Boisclair a agi avec maturité et jugement en clarifiant son passé. Il ne doit rien à la société. Le blogueur de Rivière du Loup qui continue à diffamer a un comportement d'extrême droite qu'il semble ignorer. Les états démocratiques ne punissent qu'une fois pour un délit. Quand Jacques Dupuis revient récrire un passé effacé, il se disqualifie lui-même.

    Monsieur Charest quant à lui devait des explications sur Option Canada. Il a préféré devancer les élections et fuir en avant plutôt que de voir confronté à son passé. Nous avons un rendez-vous électoral avec monsieur Charest, n'ayons peur de rien qui nous menace. Charest c'est du vent, de la colère, de l'irascibilité, des manières courtoises, dessous, je ne veux pas savoir. La confiance n'y est pas.

    André Boisclair a également fait montre d'une rare maturité et d'un jugement certain en refusant de réagir aux provocations de Jean Charest.

    La personne qui s'est identifiée dans le reportage de Frank de Sors ce matin en Mauricie, sur l'investiture de Boisclerc, comme étant "une militante ayant voté pour l'investiture de Boisclair et qui se confesse au journaliste que Boisclerc n'a pas assez de maturité" montre qu'elle même n'a pas de jugement et qu'elle s'est infiltrée dans la salle pour faire une dénonciation malodorante. Le propos de cette dame est scabreux. Honte à celui ou celle d'ou origine le canular.

    Oneil Bouchard

  • Gilles Néron
    Abonné
    jeudi 22 février 2007 09h10
    Les trois mousquetaires rouges
    La meilleure à ce jour est le rappel de l'étude des trois mousquetaires rouges de l'Université Laval qui concluent que les promesses libérales non tenues sont de la foutaise aux yeux des électeurs, seule la carence de consultation est retenue comme cause du peu de popularité du Parti libéral.
    Si cette étude est basée sur les commentaires de 27 universitaires, je constate que vraiment les universités sont dans le rouge. Il leur manque sûrement les ressources nécessaires pour avoir des professeurs de haut niveau. Vive la neutralité académique.

    Gilles Néron
    Charlesbourg

  • Claudette Bachand
    Inscrite
    jeudi 22 février 2007 09h55
    Charest intègre?
    Comme l'a dit si bien François Legault, Charest est 0 en 5 sur son engagement de réduire les impôts d'un milliard par année. Par contre, on paie plus cher pour les garderies et pour l'électricité. C'est toujours la même histoire avec Charest, ses baisses d'impôts profitent surtout les riches et ses augmentations des frais de services nuisent surtout aux pauvres. Puis maintenant, il propose d'augmenter les frais de scolarité par $500. C'est une augmentation assez énorme pour quelque chose qui est cruciale pour la mobilité sociale. Je ne crois pas pour un instant que le gel est insoutenable, surtout quand le PLQ propose encore des baisses d'impôts. L'intégrité? Charest ne l'a pas.

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