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PLQ: le piège de la confiance

Antoine Robitaille   22 février 2007  Québec
Jean Charest a indiqué hier qu’il ripostera coup pour coup aux attaques de son principal adversaire, le chef péquiste André Boisclair.
Photo : Jacques Nadeau
Jean Charest a indiqué hier qu’il ripostera coup pour coup aux attaques de son principal adversaire, le chef péquiste André Boisclair.
Québec — Le Parti libéral de Jean Charest entame la campagne électorale avec une confiance qui eût paru inimaginable il y a un an. Une confiance tellement grande qu'elle est sans doute risquée.

Samedi, au conseil général élargi du parti au Centre des congrès de Québec, la débauche de moyens était telle qu'on se serait cru au Super Bowl: distribution massive, par du personnel politique conscrit, de t-shirts et d'écharpes, tout cela sous une musique rythmée et les cris d'encouragement du député organisateur, Karl Blackburn. Puis, devant les 2500 militants médusés, images en plongée de chacune des régions du Québec, sorte de croisement entre Google Maps et hélicoptère TVA. Photos léchées des 124 candidats libéraux, dont plusieurs vedettes, sur des écrans gigantesques. Coût: 100 000 $, somme qui n'a pas à être comptabilisée dans les dépenses électorales puisque la campagne n'était pas encore déclenchée.

Le PLQ a pleinement profité du contrôle du calendrier en prenant de vitesse le juge Grenier et son rapport sur Option Canada, attendu le 31 mars, et en se permettant de déclencher les hostilités avant d'avoir le budget Harper-Flaherty en main. Tellement que des adversaires ont ressorti l'idée d'élections à date fixe.

En outre, le PLQ a plus d'argent qu'il ne lui en faut et est un parti uni. La brebis galeuse qu'était devenu Thomas Mulcair a finalement décidé de quitter le parti avec les derniers souvenirs des commotions du mont Orford. Jean Charest a visiblement très hâte de s'adonner à son sport préféré: faire campagne.

Les sondages, bien qu'ils ne garantissent rien, présentent depuis quelques mois des tendances intéressantes qui se sont confirmées. On semble bien loin de cette fin de décembre 2005, après la loi 142 — qui décrétait les conditions de travail des employés de l'État — et après la crise de la loi 124 sur les garderies. Le PQ obtenait 50 % d'appuis dans les sondages et Jean Charest, dans les entrevues de fin d'année, semblait considérer l'impopularité comme une fatalité. Il ironisait en disant s'être donné un plan de travail pour «trois mandats».

Maintenant, en 2007, certain de la faiblesse de ses adversaires, le premier ministre se permet de plaider les thèmes peu attirants de «la continuité» et de la «rigueur budgétaire». En quelques mois, Jean Charest a méthodiquement dérobé au chef péquiste André Boisclair plusieurs de ses engagements cardinaux: environnement, éducation, taxe sur le capital, etc. Il peut dire qu'en matière d'égalité hommes-femmes, il a fait presque aussi bien que Françoise David en présentant 44 % de femmes candidates!

La montée de Mario Dumont peut apparaître menaçante, mais les stratèges libéraux soutiennent qu'il a beaucoup de points faibles que le premier ministre et ses ouailles martèleront à souhait: «one-man show», «girouette», «parti cassé».

Mardi, dans les corridors de l'Assemblée nationale, Jean Charest a confié à un collègue que la campagne réservera sans doute bien des surprises. Il a toutefois refusé de préciser ce qu'il entendait par là: «C'est une intuition, une intuition», aurait-il précisé.

Mais des surprises, il pourrait y en avoir aussi de la part des étudiants en colère contre la volonté libérale de hausser les frais de scolarité. Pour l'instant, la guerre qu'ils ont déclarée vendredi a fait long feu. Au plus fort de la manifestation de samedi, à l'entrée du Centre des congrès où étaient réunis les libéraux, on a vu tout au plus une cinquantaine de étudiants. Dans l'entourage de Jean Charest, on s'en réjouit mais «on ne tient rien pour acquis», et une cellule a été créée pour suivre les organisations étudiantes.

En somme, la confiance règne dans les rangs libéraux. Pour certains, elle a jusqu'à maintenant conduit le parti de Jean Charest à négliger une question dans sa préparation électorale, question formulée ainsi par un journaliste lors d'un point de presse samedi: «Soigner des gens en moins de six mois, embaucher des médecins, ajouter des places en garderie, il semble que ce soit un projet minimal de société. [...] On sait que le PQ veut faire l'indépendance un jour ou l'autre, l'ADQ se dit autonomiste, mais on ne voit pas dans votre programme autre chose que l'administration normale d'un gouvernement provincial. Où voulez-vous amener les Québécois?»

Le premier ministre a répondu que son gouvernement était parti de loin, qu'il avait redressé l'État, les finances publiques, l'éducation, la santé, qu'il avait limité la croissance des dépenses de l'État. Et qu'il est «confiant» que les Québécois voudront poursuivre dans cette direction. Trop confiant?
 
 
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  • Robert Henri
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 06h31
    Les Libéraux confiants
    Ils peuvent bien être confiants, les gens ont une petite mémoire de liàvre. Il a tout fait pour se faire haïr de peuple. Le gouvernement Charest a été et demeure le pire des gouvernements que nous ayions eu de l'histoire du Québec. En plus, comme si ce n'était pas assez, son vis-à-vis péquiste est une nullité accomplie. L'ADQ, c'est les conservateurs de la quasi extrême droite. Une chance, il reste Québec Solidaire mais il est clair qu'ils ne nous gouverneront pas tout de suite. On est bien mal barré

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 22 février 2007 08h06
    Une confiance jouée
    Charest est un fin renard. Il sait peut-être mieux que tout le monde que le bilan de ses quatre de pouvoirs porte à penser que quatre années ne changeront pas grand'chose. Mais les politiciens, tout particulièrement Charest, sont d'excellents comédiens. Ils peuvent paraître confiants ou désespérés selon ce que leurs dictent leurs intérêts, enfin, ce qu'ils comprennent être leurs intérêts.
    Roland Berger

  • Etienne Merven
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 08h17
    Ils peuvent être confiants
    Les Libéraux peuvent se permettre d'être confiants et de pratiquement dormir sur leurs deux oreilles, il n'y a personne en travers de leur chemin vers la réélection...
    Etienne Merven, emerven@sympatico.ca


  • Abonné
    jeudi 22 février 2007 09h29
    Une définition
    Je m'en voudrais de ne pas vous rappeler la définition que Georges Elgozy donnait au mot confiance dans "L'esprit des mots ou l'antidictionnaire": sentiment par lequel les salauds nous trompent et grâce auquel nous trompons les gogos.

  • Julie Tremblay
    Inscrite
    jeudi 22 février 2007 10h23
    Hypocrisie!
    Si tout est réglé en éducation, pourquoi le PLQ propose d'endetter encore plus les étudiants? Ne s'est-il pas rendu compte après la crise de 2005 que la population s'oppose à l'endettement accru des plus pauvres? Ils ne peuvent pas nous faire croire qu'un dégel est nécessaire : ils nous proposent des baisses d'impôts! Voici une prédiction : les baisses d'impôts seront beaucoup moins importantes que ce qui est promis, mais l'augmentation des frais de scolarité sera encore plus énorme que prévue.

  • Sylvain Martine
    Inscrit
    jeudi 22 février 2007 11h27
    M. Charest, confiant ? Plutôt inquiet.
    Le politicien Jean Charest a fait des mensonges gigantesques, gros d'un milliard de dollars par année. Il est assez difficile pour lui de promettre encore. Une promesse de plus est un rappel des promesses non tenues. Alors il ne promet plus rien, dépose un budget terne, promet un gouvernement déjà fatigué qui veille à la continuité et à la rigueur budgétaire. M. Charest se plaint même que ses adversaires soulèvent la poussière sur ses promesses, sur sa façon dont il s'y est pris pour gagner la dernière fois. Il ne veut pas que cela s'ébruite pour ne pas déranger l'électeur endormi, lui qui était si fatigué ...de lui, il n'y a pas si longtemps. M. Charest a d'ailleurs demandé à ses adversaires de ne plus parler de son intégrité. «Tu parles de mon intégrité, je parlerai de la tienne». Il préférerait faire campagne «sur le fond», sur les «idées»!

    Sylvain Martine
    Beloeil.

  • André Gingras
    Abonné
    vendredi 23 février 2007 13h55
    Confiance ou arrogance?
    La ligne qui sépare la confiance de l'arrogance est très mince et il m'apparaît que monsieur Charest dégage de moins en moins l'image d'un leader confiant et de plus en plus celle d'un leader arrogant.

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