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Libre-Opinion: Fermetures d'usines : que ferez-vous une fois élu ?

Étienne Couture - Ingénieur et président du Réseau des ingénieurs du Québec  21 février 2007  Québec
La saignée du secteur manufacturier se poursuit. La compagnie Shermag vient d'annoncer la fermeture de deux de ses usines, l'une à Saint-Étienne et l'autre à Disraeli. Résultat: 300 emplois seront perdus. Les motifs évoqués par la direction sont la force du dollar canadien et la concurrence asiatique féroce. La semaine dernière, c'est la compagnie Nortel qui annonçait la suppression de 2900 postes et le déplacement d'un millier d'autres vers des pays à coûts moindres comme le Mexique, l'Inde et la Chine.

On ne connaît pas encore les impacts pour le Canada, mais depuis l'an 2000, ce sont 5450 emplois qui ont été abolis par Nortel au Québec, dont de nombreux étaient occupés par des ingénieurs. Aujourd'hui, Nortel n'a plus que 550 employés en sol québécois. La semaine d'avant, c'est Olymel qui annonçait la fermeture de son usine de Vallée-Jonction, qui compte 1100 employés, ainsi que le transfert de sa production dans l'Ouest canadien en raison des coûts d'exploitation trop élevés ici. Depuis, les emplois ont été sauvés in extremis, mais au prix de lourdes concessions de la part des travailleurs. Début janvier, c'est Goodyear qui abolissait 800 postes à son usine de fabrication de pneus à Valleyfield.

Selon Statistique Canada, entre décembre 2002 et janvier 2007, le secteur manufacturier a perdu 90 000 emplois au Québec. Depuis mai 2005, selon le ministère des Ressources naturelles du Québec, le secteur forestier, qui fait vivre plusieurs villes et villages, a vu à lui seul la fermeture de 130 usines et la perte de 8000 emplois.

Il est normal que dans un secteur comme le secteur manufacturier, il y ait perte et création d'emplois. D'ailleurs, récemment, BRP, Alcan et Ubisoft ont annoncé des investissements considérables, ce qui démontre certains signes positifs. Cependant, ce qui est problématique, c'est quand il se perd davantage d'emplois qu'il ne s'en crée.

Pour le secteur manufacturier et, plus largement, pour l'économie québécoise, si l'année 2007 est le reflet des tendances observées au cours des années précédentes pour l'emploi et pour les investissements en modernisation, l'avenir n'annonce rien de bon. En effet, un autre signe inquiétant est la baisse, depuis l'an 2000, des investissements en modernisation dans le secteur manufacturier au Québec. Alors que ces investissements améliorent la compétitivité de nos entreprises et nous permettent de mieux faire face à la concurrence étrangère ainsi qu'au phénomène de délocalisation des emplois, ceux-ci sont passés de 5,3 milliards de dollars en 2000 à 3,7 milliards en 2006.

Ce qu'il faut également comprendre, c'est que le secteur manufacturier est le moteur de l'économie parce qu'il crée de la richesse et que d'autres entreprises et services s'y greffent et le soutiennent. Au sein de ce secteur moteur, les ingénieurs ont un rôle stratégique à jouer dans les organisations, entre autres aux chapitres de l'innovation, du design, de la validation-tests, de la production et de l'interaction avec le client. Dans leur travail, les ingénieurs participent souvent au volet de l'amélioration de la production et au volet de la commercialisation des produits. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent avec eux et pour eux. Aussi, chaque fois qu'un poste d'ingénieur est perdu, que ce soit par la délocalisation ou à cause de la concurrence étrangère, on peut présumer que, malheureusement, plusieurs autres personnes ont aussi perdu leur emploi. Il y a 54 000 ingénieurs au Québec, et un ingénieur sur quatre travaille dans le secteur manufacturier.

À la veille du déclenchement des élections et dans le contexte inquiétant décrit ci-dessus, les ingénieurs veulent savoir ce que MM. Boisclair, Charest et Dumont feront une fois élus pour renverser la tendance des pertes d'emplois observée dans le secteur manufacturier.

En novembre dernier, le Réseau des ingénieurs du Québec lançait un appel aux acteurs économiques pour développer une vision partagée en vue de la définition d'une politique industrielle forte et cohérente. La définition d'une telle politique est la meilleure réponse que le Québec peut se donner, selon nous, pour mieux faire face, notamment, à la concurrence étrangère et s'outiller devant le phénomène de la délocalisation de nos emplois.

Aujourd'hui, le Réseau des ingénieurs du Québec lance donc un appel à nos décideurs politiques pour que, dans un premier temps, les enjeux des fermetures d'usines et des délocalisations soient discutés lors des prochaines élections et, dans un deuxième temps, que le premier ministre élu rassemble les acteurs socioéconomiques intéressés pour qu'une politique industrielle forte et cohérente soit définie. Il faut se donner une vision plus éclairée pour distinguer l'inévitable de l'évitable et ainsi travailler sur ce qui peut être amélioré. Nous devons saisir les occasions pour préparer le Québec de demain. Il en va de notre avenir collectif.
 
 
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