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Des hausses justes

Bernard Descôteaux   20 février 2007  Québec
La campagne électorale n'est pas encore officiellement ouverte que, déjà, les associations étudiantes, appuyées par le Parti québécois, montent au créneau pour dénoncer l'intention du Parti libéral de procéder au dégel des droits de scolarité universitaires. Les Québécois en général, et les étudiants en particulier, les suivront-ils dans cette bataille?

La réaction première des associations étudiantes, lorsque fut confirmé vendredi dernier l'engagement électoral du Parti libéral d'accroître les droits de scolarité de 50 $ à chacune des sessions universitaires d'ici à 2012, ne fut pas de s'opposer à toute augmentation, mais d'y voir une porte ouverte à des augmentations futures incontrôlées. C'est ce discours que reprenait hier la députée péquiste Louise Harel en invitant les étudiants à se méfier d'un gouvernement qui justement ne tient pas ses promesses.

Condamner sans nuances cet engagement était de fait bien difficile. Tout d'abord, ce dégel est partiel. On ne donne pas aux universités toute liberté d'augmenter les droits de scolarité. La hausse est fixe. Elle sera de 500 $ au total au terme de la période de cinq ans qui fait l'objet de cet engagement, ce qui portera les droits de scolarité annuels à 2168 $. Sera ainsi maintenu l'écart actuel qui est de un pour trois avec les droits moyens exigés dans le reste du Canada. Seule imprécision à relever, l'absence d'interdiction faite aux universités de cesser d'augmenter les frais afférents qui leur ont permis ces dernières années de compenser l'effet du gel.

Raisonnable, cette révision des droits de scolarité l'est: 30 % sur cinq ans est plus que l'inflation, mais c'est tout de même moins que s'ils avaient été indexés à l'IPC depuis 1993 que dure le présent gel. Au surplus, le gouvernement libéral prévoit par ailleurs des investissements annuels de 200 millions dans les universités et collèges du Québec, ce qui couvrira plus que l'augmentation des coûts de système. Par ailleurs, il s'engage à leur laisser tout entiers les transferts fédéraux pour l'enseignement post-secondaire attendus du gouvernement Harper.

Ces engagements répondent aux demandes répétées de réinvestissement dans les universités pour garantir la qualité de l'enseignement et de la recherche. Demander aux étudiants de participer à cet effort à hauteur de 19 millions de dollars par année est juste, d'autant plus qu'il n'y a pas à craindre que cela entraîne une baisse de la fréquentation des institutions d'enseignement supérieur, comme le soutiennent les associations étudiantes. Malgré des droits substantiellement plus élevés, le taux de fréquentation des universités des autres provinces est plus élevé qu'au Québec.

La question de l'accessibilité aux études supérieures ne peut se résumer à la seule question des droits de scolarité. Une étude publiée ce mois-ci par Statistique Canada souligne que les contraintes financières sont pour une infirme partie (12 %) à l'origine de l'écart dans la fréquentation de l'université entre jeunes issus de familles à bas ou moyens revenus et familles à hauts revenus. Jouent d'abord l'environnement social et les résultats scolaires au secondaire.

Les associations étudiantes avaient jusqu'ici réussi à persuader le Parti libéral et le Parti québécois que l'égalité des chances passait par le gel des droits de scolarité, voire leur diminution. Cette fois, les libéraux se sont distanciés du lobby étudiant, s'étant convaincus que cette question ne pouvait se réduire à cette seule dimension d'une contribution financière exigée aux étudiants. Il aurait été souhaitable que les péquistes fassent de même et ne laissent pas ce débat devenir un enjeu partisan qui occultera l'essentiel. La polarisation de ce débat n'aidera personne.

***

bdescoteaux@ledevoir.ca






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  • Line Gingras
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    mardi 20 février 2007 03h25
    Une «infirme» [sic] partie?
    « Le chiffre que vous donnez ne m'est pas utile pour me faire une opinion éclairée : l'écart qui m'intéresse, c'est celui qui existe entre les jeunes issus de familles à faibles revenus et ceux qui viennent de familles à revenus élevés.
    http://chouxdesiam.hautetfort.com »

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 20 février 2007 03h58
    Qui aidera les étudiants ?
    « Bravo, M. le Directeur pour cette analyse sobre et courageuse.

    Si la polarisation du débat sur la question des frais de scolarité, entre un légère augmentation et leur disparition totale pronée par le PQ, n'aidera personne, est-ce que les étudiants universitaires doivent continuer à s'accrocher au radeau du leader du PQ qui, sans les aider, les mènera on ne sait où?

    La première des choses que les citoyens, et particulièrement les jeunes, doivent demander à leurs leaders politiques c'est de dire où ils veulent les mener.

    Georges Paquet

    georgespaquet@sympatico.ca »

  • Patrice Dagenais
    Abonné
    mardi 20 février 2007 08h01
    La comédie a assez duré: finançons l'éducation dans les poches de ceux qui en retirent le plus de profits.
    « Le lobby étudiant... Il est si puissant! Aucune commune mesure avec les si faibles chambres de commerces et autres lobby et Think tank où les éditorialistes s'abreuvent.

    Les frais de scolarité n'ont rien à voir avec la fréquentation des universités, dites-vous? Ils sont responsables pour 12% de l'écart de fréquentation avec les autres provinces? Une infime partie du problème? Voyons donc!

    Laissons les frais de scolarité le plus bas possible et augmentons le financement des universités par ceux qui profitent le plus, c'est-à-dire les entreprises, qui profitent d'une main-d'oeuvre bien formée, créative et capable de s'adapter. Combien l'État déboursera-t-il pour former les travailleurs qui assureront la rentabilité des entreprises québécoises et même étrangères? Quelle est leur contribution au financement des Cégeps et universités? Les entreprises doivent contribuer d'une manière significative au financement de l'éducation supérieure et technique puisque ce sont elles qui utiliseront le savoir-faire et profiteront de la sueur des diplômés québécois.

    La comédie a assez duré. Finançons l'éducation dans la poche même de ceux qui en retirent les plus grands profits. Et arrêtons les éditoriaux propagandistes.

    Patrice Dagenais, Montréal »

  • Sébastien Gougeon
    Abonné
    mardi 20 février 2007 08h30
    Ce ne sont pas tous les étudiants qui s'y oppose
    « Les leaders des associations étudiantes monopolisées par la gauche ne représente pas tous les étudiants. Moi même, en tant qu'étudiant, je suis pour une légère augmentation et une indexation annuelle des coûts, dans la mesure où l'on réforme le système de prêts et bourses et que le gouvernement assume à tout le moins tous les coûts de système. Malheureusement, nous sommes beaucoup d'étudiant à penser ainsi, mais notre voix est toujours isoler ou non représenter par les "leaders" étudiants, ceux qu'on invite toujours à la télé. Pourtant, ces derniers ne peuvent parler au nom de tous les étudiants. Pourquoi ne pas interroger des jeunes de plus d'horizons que les seuls activistes des associations étudiantes. J'aimerais bien voir aussi un sondage fait auprès des jeunes étudiants universitaires pour voir en vérité combien s'oppose vraiment à une augmentation raisonnable des frais (500$ en 5 ans est raisonnable en l'espèce). »

  • David Simard
    Abonné
    mardi 20 février 2007 08h36
    Attention M. Descôteaux
    « Ultimement, ce qui compte réellement, c'est que les études supérieures demeurent accessibles pour l'ensemble de la population. Or, comment peut-on, comme vous le faîtes en toute complaisance, accepter un engagement électorale qui prévoit à terme d'augmenter de 30% les frais de scolarité alors que le programme de prêts et bourses, lui, ne sera augmenté que de 10% au cours de la même période. Un minimum de justice sociale nous obligerait tout au moins à bonifier le programme de prêts et bourses à un niveau équivalent à celui des frais de scolarité. »

  • loiselet
    Abonné
    mardi 20 février 2007 08h57
    L'universalité mon oeil.
    « Qu'attend-t-on pour faire cesser l'universalité de tout alors que les différences de classes sociales sont évidentes et s'accentuent d'année en année sans que rien ne soit corrigé?. Faudrait faire payer chacun selon son revenu en fixant un barème et recycler vers la classe moyenne, les pauvres ou la dette les montants énormes ainsi épargnés sans oublier, évidemment, de faire en sorte que les gens à l'aise puissent continuer à donner leur petite contribution. Ce qui ne serait que justice. Une petite baisse d'impôt, peut-être, les aiderait à ne pas recourir aux suicide collectif... Il est vrai qu'on nous a appris à toujours traiter les gens repus avec des pincettes, en toutes circonstances. »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 20 février 2007 09h38
    S'enrichir par les frais
    « On poursuit la même logique depuis quatre ans, c'est-à-dire que l'état se finance par les frais de tout acabit : électricité, frais de garde, frais en tout genre dans les services gouvernementaux. Nous avons des dirigeants qui ne connaissent que cette méthode. On confond enrichissement de l'état avec celui des individus. Il faut enrichir les citoyens par le développement économique et l'état suivra.

    Le nerf de la guerre en matière économique, c'est la main d'oeuvre. Nous avons besoin d'une politique d'accès aux études et par conséquent de financement des institutions mais aussi des étudiants. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 20 février 2007 09h41
    Une gratuité sélective
    « Il faut maintenir la gratuité scolaire pour tout étudiant ou toute étudiante qui a le courage et le talent de mener des études postsecondaires mais qui n'en a pas les moyens. Les autres doivent contribuer, au-delà du 50 $ par session mis d'avant par le Parti libéral comme plate-forme électorale. La justice, ça ressemble à ça. La gratuité universelle fait qu'on trouve un nombre étonnant de BMW dans les stationements de cégeps et des universités. Qu'est-ce qu'elles y font sinon crier les différences socioéconomiques que la gratuité universelle ne fait qu'entretenir.
    Roland Berger »

  • François Gosselin
    Abonné
    mardi 20 février 2007 09h48
    Viser les modes de transport.
    « Du temps ou j'étudiais au CEGEP et à l'université, j'étais sidéré de voir combien d'étudiants se déplaçaient en voiture. Et ça alors que les institutions d'enseignement étaient à moins de 10 minutes de marche du métro ! Si nos gouvernements cessaient de lancer des mesures calculées en fonction des sensibilités de l'électorat et tentaient d'expliquer au gens qu'ils faudras bien un jour faire des sacrifices et commencer quelques part à réduire nos trains de vie d'hyperconsommation et de gaspillage éhonté de l'énergie. Une mesure simple qui aurait des effets positifs partout serait de facturer à tous les étudiants la CAM (dnas le cas de Montréal)et de l'associer à leur carte d'étudiant avec photo. Cette mesure simple pourrait à la fois garantir des revenus à la STM et inciter les étudiants à utilier les transports en commun, qu'ils seraient forcés de payer detoute façon. Pour l'étudiant qui se déplaçait en TC, cette mesure n'a aucun impact. Et pour ceux qui insistent pour se rendre à l'université en voiture, leur contribution mensuelle aidera la STM, et leur permettra d'utiliser les transports pendant la journée, et peut-être un jour y prendre goût ! Restera le stationnement, qui devrait le plus tôt possible faire l'objet de contraintes plus sévères de la part des municipalités et des institutions d'enseignement. Je suis d'avis que les étudiants, comme les autres citoyens, seront prêts à vivre avec de telles mesures, si les ressources sont orientées à la bonne place. Mais pour ça il faudras abandonner des projets électoralistes absurdes comme le pont de la 25 vers Laval... »

  • Serge Bernier
    Abonné
    mardi 20 février 2007 10h32
    Les études universitaires: un service à payer par ceux qui le reçoivent
    « Les études universitaires sont un investissement rentable qui rapporte avant tout aux étudiants. C'est une minorité qui y ont accès et il est injuste de faire subventionner leurs études par les travailleurs qui ne vont pas à l'université et ont de plus bas revenus que les diplômés universitaires.

    Maintenir des frais de scolarité bas, c'est transférer des revenus bas salariés vers les hauts salariés.

    Plusieurs études sur le sujet démontrent que les revenus familiaux ne sont pas un obstacle majeur à l'accès aux études supérieures. Les résultats scolaires, le niveau d'études des parents et les attentes des parents sont des facteurs qui jouent un rôle plus important que les revenus familiaux dans la décision de poursuivre des études universitaires.

    Les frais de scolarité sont quatre fois plus élevés ailleurs au Canada et la fréquentation universitaire y est plus élevée qu'au Québec. Cela tend à démontrer que les frais de scolarité ne sont pas un obstacle majeur aux études universitaires. »

  • François Couture
    Abonné
    mardi 20 février 2007 12h52
    Les statistiques ... dites-vous?
    « Je salue votre courage M. Descôteaux, mais il est mal inspiré et avance une conception régressive (lire conservatrice) que notre premier ministre, M. Jean Charest, personnifie admirablement depuis qu'il est en politique. Car rien de son parti, de son gouvernement ou de sa philosophie ne peut être qualifié de politiquement libéral. En effet sa proposition favorisera les nantis en même temps qu'elle désavantagera des moins fortunés. Car un libéralisme bien pensé, refusera la proposition de notre chef de fil néo-libéral sur deux points. Il exigera que toute personne en ayant les capacités et la motivation puisse accéder aux études universitaires (a) pour une question de productivité sociale et (b) pour une question de justice sociale entre les peresonnes. Notre conception sociale-démocratique d'antan, loin d'être parfaite, faisait déjà mieux avec l'instauration du notre système d'aide financière aux étudiants que nos gouvernements successifs ne cessent de rogner.
    Cette statistique de 12% mesurant la proportion de personnes contrainte financièrement de tronquer des études plus poussées, est loin d'être infime. Au contraire elle est une énormité. Car elle est une mesure de l'injustice que nous tolérons et que, semble-t-il, nous voulons exacerber. Le vrai courage sera de proposer la gratuité scolaire à tous les niveaux et de mettre à contribution les bénéficiaires à la mesure de leurs bénéfices. Nous en avons les moyens ... et le devoir moral.
    Georges Langis »

  • Attaché de presse F.E.U.Q.
    Abonné
    mardi 20 février 2007 12h59
    Les frais de scolarité pour financer la mégalomanie des dirigeants universitaires?
    « Les libéraux veulent augmenter les frais de scolarité et disent qu'ils n'ont pas augmenté depuis 12 ans, c'est faux! Depuis 1994, les universités ont augmenté les frais chargés aux étudiants et les ont versés directement dans leurs coffres (sans passer par le gouvernement ). Et qu'ont fait les universités de cet argent? Pour beaucoup d'entre elles, elles ont augmenté les salaires de leurs dirigeants (voyez à l'Université de Montréal et McGill) et se sont lancées dans un développement immobilier effréné. Une meilleure gestion interne serait la meilleure façon de contrer le sous-financement des universités. Le gouvernement devrait mieux contrôler les administrations universitaires et vérifier où est affecté l'argent. J'ai peur qu'une augmentation des frais de scolarité ne vienne encore une fois financer la mégalomanie des dirigeants universitaires. »

  • Albert Descôteaux
    Abonné
    mardi 20 février 2007 13h20
    Faudra couper certaines dépenses non-essentielles...
    « Étant professeur-chercheur dans une université, je constate que la majorité des étudiants universitaires au Québec ne meurent pas de faim, bien au contraire. Une comparaison du nombre et du type de voitures dans les stationnements des cégeps et des universités qu'on observait il y a 25 ans et aujourd'hui en est une belle preuve (allez faire un tour au stationnement étagé de l'Université de Montréal...). Et pourtant, il y a 25 ans, il n'y avait pas de métro qui déservait l'U de M. Les étudiants habitaient à plusieurs dans des appartements de la Côte des Neiges ou se déplaçaient en autobus. Il y a certainement eu une hausse importante du niveau de vie des étudiants universitaires depuis cette (mon) époque.

    Advenant une hausse des frais de scolarité, le dilemne que plusieurs devront résoudre sera de déterminer où couper pour couvrir le $50 additionnel par session: l'auto (j'en doute), les vacances d'été en Europe, les sorties dans les bars et au resto, le cable ou le satellite pour la télé, l'internet haute vitesse pour télécharger de la belle musique, le téléphone cellulaire....bref, c'est pas le choix qui manque. »

  • Normand Desjardins
    Abonné
    mardi 20 février 2007 13h52
    Administrer l'universalité exige de revenir à la base de la sociale-démocratie.
    « Quand il est question d'éducation, il est déplorable que l'éditorial du Devoir tombe dans l'idéologie simpliste de l'utilisateur-payeur. Il ne faut pas être dupe : la hausse des frais, qui peut sembler aujourd'hui raisonnable, n'est qu'une porte ouverte vers le désengagement de l'État en matière d'éducation.

    Il apparaît à tous, à gauche comme à droite, que la santé et l'éducation sont les piliers d'une société épanouie et prospère. Or, s'embarquer sur le chemin des frais - ou taxes - individuels c'est permettre à l'État de fuir sa principale responsabilité : celle d'élaborer une fiscalité juste permettant d'assurer un accès équitable à la santé et à l'éducation. Il ne faut pas oublier que, dans notre société où l'écart entre riches et pauvres ne cesse de se creuser, l'universalité - la gratuité - est une forme de redistribution de la richesse.

    Financer les universités, et toutes les autres missions de l'État, demande d'aller chercher l'argent là où il se trouve. La source la plus évidente de ce dernier n'est certainement pas dans les poches des étudiants. D'ailleurs, ces derniers finissent trop souvent leurs études surrendettés. Cela a des conséquences sociales qu'on semble oublier.

    Si l'économie canadienne et québécoise va si bien, comme le prétendent nos gouvernements, l'argent doit bien être quelques part? Quand on regarde le profits des banques, des assureurs, des pétrolières, des pharmaceutiques et j'en passe... on constate que pour une fois nos politiciens et nos économistes ne mentent pas. Dans notre système, il n'y a que la classe moyenne et les pauvres qui ne semblent plus y trouver leur compte.

    Quand l'État aura réglé le problème des paradis et des abris fiscaux, des subventions généreuses octroyées aux industries polluantes et des dédoublements de notre système fédéral-provincial, nos bons gouvernements auront enfin les milliards nécessaires pour assurer à tous l'éducation, la santé et l'environnement. Dans une société riche comme la nôtre, il faut tendre vers l'universalité et non s'en éloigner. »

  • Suzanne Grenier
    Abonné
    mercredi 21 février 2007 10h56
    Parti pris politique, raccourcis (peu) journalistiques
    « D'abord, comme le commente un autre lecteur, il me semble qu'une proportion de 12 % de jeunes privés d'un accès à l'université en raison de contraintes financières ne devrait pas être qualifiée d'infime! Ensuite, je crois qu'il faudrait des analyses beaucoup plus approfondies de l'ensemble des facteurs avant d'en arriver à des conclusions aussi tranchées que celles qu'énonce ensuite le journaliste, Bernard Descôteaux. Il y aurait donc une part plus importante de jeunes qui n'ont pas accès à l'université en raison de leur environnement social et de leurs résultats scolaires, et ce journaliste comprend suffisamment bien leur situation pour être en mesure de déclarer qu'en réalité ces deux facteurs entrent alors en ligne de compte de façon tout à fait isolée, sans l'interférence des contraintes financières? Il est d'ailleurs curieux de voir le journaliste prendre soudain la peine de soupeser plusieurs facteurs (tiens, une tentative de rigueur!), alors que quelques lignes plus haut il se permettait une vérité incontestable, sans nuances et sans autres données pour mettre en perspective l'unique interprétation proposée (et le jugement moral qui s'y rattache): « Demander aux étudiants de participer à cet effort à hauteur de 19 millions de dollars par année est juste, d'autant plus qu'il n'y a pas à craindre que cela entraîne une baisse de la fréquentation des institutions d'enseignement supérieur, comme le soutiennent les associations étudiantes. Malgré des droits substantiellement plus élevés, le taux de fréquentation des universités des autres provinces est plus élevé qu'au Québec. » C'est clair. Il n'y a pas à craindre. Ne cherchons pas plus loin (mais à quoi sert le journalisme, dès lors?). Voilà réglée, mais bien vitement ficelée, la question de l'accès aux études universitaires au Québec et dans les autres provinces. Voilà aussi un journaliste qui semble prêt à tous les raccourcis pour fournir un appui au Parti libéral. N'aurait-il pas été plus simple (et plus transparent, aux yeux des lecteurs d'un journal de grande réputation comme Le Devoir) que ce journaliste se porte tout bonnement candidat pour ce parti aux prochaines élections? »

  • Hubert Forcier
    Abonné
    mercredi 21 février 2007 12h06
    L'éducation est le ciment d'un peuple, et il faut qu'elle soit gratuite!
    « Le débat sur le dégel des frais de scolarité nous renvoit à un questionnement sur le rôle de l'Éducation dans une société. Selon certains et certaines, celle-ci sert à s'insérer sur le marché du travail. Pour d'autres, elle joue un rôle de transmission des valeurs fondamentales d'un peuple, elle diffuse la culture collective et assure l'intégration des individus. Si nous nous situons dans la première partie, avec les libéraux, il est normal de désirer que les étudiants et étudiantes participent individuellement au financement. Alors que pour les autres, il est plutôt normal que le financement se fasse entièrement de manière collective (la gratuité scolaire bref) et que se soit sous forme d'impôts sur le revenu et les entreprises que l'éducation puisse être adéquatement financée.

    La tendance actuelle dans le débat politique pointe vers ce que nous appelons la pensée unique. Dans cette optique, il est évident que le financement de l'éducation relève de la contribution individuelle de ses utilisateurs et utilisatrices. De ce point de vue, l'éducation serait le moyen pour l'individu d'acquérir des connaissances particulières. Nous entrevoyons plutôt l'éducation comme le lieu privilégié de la solidarité collective, ayant pour tâche de donner à tout un chacun, les bases communes lui permettant de faire société.

    De plus en plus, se distancer de cette logique néolibérale équivaut à recevoir le vocable de fou du village. Il est dommage de voir que même Le Devoir développe des sympathies pour cette tendance.

    Bref, il faut choisir, car la lutte sera féroce. De quel côté êtes-vous M. Descôteaux?

    Bertrand Lavoie et Hubert Forcier
    Étudiants de sociologie »

  • Christian Petit
    Abonné
    mercredi 21 février 2007 16h21
    Se comparer pour se consoler ne nous mènera pas loin
    « Un truc qui me facine dans les nombreux débats sur l'accessibilité aux études est la comparaison systématique qu'on fait avec ceux qui font moins bien que nous. C'est une magnifique logique de nivellement par le bas que Jean-Marc Fournier a si habilement su inculquer dans la population depuis la dernière grève étudiante. Encore ici, vous comparez avec le reste du Canada, en nous disant que l'augmentation proposée par le parti libéral respecte l'habitude qu'on a de d'avoir des frais de scolarité trois fois inférieurs à ceux du reste du Canada. Et si on se comparait à mieux, pour une fois? Prenons le Danemark, par exemple, où non seulement l'université est gratuite, mais où les étudiants gradués voient leur salaire garanti par le gouvernement.

    Depuis l'abandon presque généralisé de l'État providence, les pays scandinaves persistent et démontrent au reste du monde que la formule n'était pas si perdante. Pour preuve, leurs économies sont parmi les plus solides au monde, malgré un État providence et malgré des taxes et des impôts plus élevés que les nôtres. Et ils sont souvent en tête d'affiche dans les études qui s'intéressent au sort de des populations. Encore dernièrement, les pays scandinaves sont arrivés premiers dans une études sur la qualité de vie des enfants. Cessont de ne nous comparer qu'au reste du Canada et aux États-Unis pour nous consoler. On peut faire mieux. L'universalité de l'éducation, passant par la gratuité scolaire, n'est pas un leurre. »

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