Montréal-Toronto: le combat des villes
Photo : Jacques Grenier
La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Line Beauchamp
Le Musée des beaux-arts de Montréal annonce aujourd'hui officiellement son intention de transformer la belle église Erskine & American de la rue Sherbrooke ouest en pavillon des arts religieux. Le petit chantier de quelques millions, financé par le Fond du patrimoine culturel québécois, constitue le premier projet muséal d'une certaine envergure à se concrétiser au Québec depuis 15 ans.
Pendant ce temps, Toronto, comme toutes les autres métropoles occidentales, continue à développer ses équipement de classe mondiale. L'AGO et le ROM sont entièrement redessinés par de grands architectes à coup de centaines de millions. Cette mutation radicale est d'ailleurs en bonne partie financée par le secteur privé: sur le milliard qui sera dépensé d'ici la fin de la décennie pour agrandir ou construire sept institutions culturelles, 565 millions proviennent du secteur privé.
Montréal ne semble plus faire le poids face à la capitale économique... et culturelle du pays. Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, le sénateur libéral Serge Joyal répétait d'ailleurs qu'on fait fausse route ici en opposant «le béton à la création», tous les deux s'avérant utiles au développement d'une cité.
«Ça fait 15 ans que Toronto, sous l'égide de sa Chambre de commerce, a mis en place une table de concertation autour de la culture, et la ville ramasse maintenant les dividendes de cette structure», juge la ministre de la Culture et des Communications du Québec Line Beauchamp, rencontrée hier par une table éditoriale du Devoir. Les élections approchent à grands pas et l'heure des bilans commence à tinter. «Quand tre gouvernement est arrivé, sincèrement, on n'entendait pas beaucoup parler de cet enjeu du financement par le privé de la culture. Je pense que l'enjeu n'est sur la table ici que depuis 2004. Et même alors, on reprochait souvent à mon parti d'être néolibéral et de travailler au désengagement de l'État. En vérité, le budget annuel de mon ministère est passé d'à peu près 480 millions à 610 millions $. Les investissements majeurs du privé manquent encore, mais les mentalités changent.»
Les indices du décalage sont visibles dans tous les domaines. L'an dernier, les ventes aux enchères d'art canadien ont totalisé près de 50 millions à Toronto contre 4 millions à Montréal. La Banque d'oeuvres d'art du Conseil des arts du Canada avoue placer beaucoup plus d'oeuvres de pointe («hard-edge») dans les entreprises de la métropole ontarienne que dans celle de la métropole québécoise.
«Les gouvernements et les milieux concernés n'ont certainement pas assez parlé des retombées de la culture, poursuit la ministre. Cela dit, à cause de notre situation de minorité, le gouvernement québécois a une responsabilité d'investir et de protéger la culture. Notre modèle s'est développé dans ce sens et je ne suis pas prête à y renoncer. Par ailleurs, est-ce que les milieux d'affaires peuvent et doivent faire plus au Québec en matière culturelle? Oui, j'y crois profondément. Mais ce changement de paradigme ne pourra pas s'opérer en trois ans.»
Le retard montréalais, elle l'admet. Mais Mme Beauchamp cite aussi les efforts entrepris pour le combler, en premier lieu cette promesse de développer une salle de concert pour l'OSM avec le secteur privé précisément. «Le secteur privé est interpellé par ce projet, par exemple pour le fond de dotation de l'OSM. Il pourra aussi y avoir une contribution du privé dans le cadre du partenariat public-privé.»
La ministre cite aussi le projet du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) de transformer le Silo no 5 en centre d'exposition de l'art moderne. «J'ai encouragé le MACM a développer ce projet, dit-elle en enchaînant sur des réalisations concrètes. Des investissements majeurs ont par exemple transformé le Vieux-Montréal en 25 ans. Le projet du Quartier des spectacles s'attaque maintenant au centre-ville culturel.»
Finalement, quoi qu'en dise le sénateur Joyal, la ministre Line Beauchamp rappelle que la question de la création doit contrebalancer celle des équipements. Bref, la création contre le béton... «La vie culturelle montréalaise fait l'envie de beaucoup de villes. [...] Je ne porte pas des lunettes roses, mais je ne dessine pas non plus un portrait noir de la situation.»
Pendant ce temps, Toronto, comme toutes les autres métropoles occidentales, continue à développer ses équipement de classe mondiale. L'AGO et le ROM sont entièrement redessinés par de grands architectes à coup de centaines de millions. Cette mutation radicale est d'ailleurs en bonne partie financée par le secteur privé: sur le milliard qui sera dépensé d'ici la fin de la décennie pour agrandir ou construire sept institutions culturelles, 565 millions proviennent du secteur privé.
Montréal ne semble plus faire le poids face à la capitale économique... et culturelle du pays. Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, le sénateur libéral Serge Joyal répétait d'ailleurs qu'on fait fausse route ici en opposant «le béton à la création», tous les deux s'avérant utiles au développement d'une cité.
«Ça fait 15 ans que Toronto, sous l'égide de sa Chambre de commerce, a mis en place une table de concertation autour de la culture, et la ville ramasse maintenant les dividendes de cette structure», juge la ministre de la Culture et des Communications du Québec Line Beauchamp, rencontrée hier par une table éditoriale du Devoir. Les élections approchent à grands pas et l'heure des bilans commence à tinter. «Quand tre gouvernement est arrivé, sincèrement, on n'entendait pas beaucoup parler de cet enjeu du financement par le privé de la culture. Je pense que l'enjeu n'est sur la table ici que depuis 2004. Et même alors, on reprochait souvent à mon parti d'être néolibéral et de travailler au désengagement de l'État. En vérité, le budget annuel de mon ministère est passé d'à peu près 480 millions à 610 millions $. Les investissements majeurs du privé manquent encore, mais les mentalités changent.»
Les indices du décalage sont visibles dans tous les domaines. L'an dernier, les ventes aux enchères d'art canadien ont totalisé près de 50 millions à Toronto contre 4 millions à Montréal. La Banque d'oeuvres d'art du Conseil des arts du Canada avoue placer beaucoup plus d'oeuvres de pointe («hard-edge») dans les entreprises de la métropole ontarienne que dans celle de la métropole québécoise.
«Les gouvernements et les milieux concernés n'ont certainement pas assez parlé des retombées de la culture, poursuit la ministre. Cela dit, à cause de notre situation de minorité, le gouvernement québécois a une responsabilité d'investir et de protéger la culture. Notre modèle s'est développé dans ce sens et je ne suis pas prête à y renoncer. Par ailleurs, est-ce que les milieux d'affaires peuvent et doivent faire plus au Québec en matière culturelle? Oui, j'y crois profondément. Mais ce changement de paradigme ne pourra pas s'opérer en trois ans.»
Le retard montréalais, elle l'admet. Mais Mme Beauchamp cite aussi les efforts entrepris pour le combler, en premier lieu cette promesse de développer une salle de concert pour l'OSM avec le secteur privé précisément. «Le secteur privé est interpellé par ce projet, par exemple pour le fond de dotation de l'OSM. Il pourra aussi y avoir une contribution du privé dans le cadre du partenariat public-privé.»
La ministre cite aussi le projet du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) de transformer le Silo no 5 en centre d'exposition de l'art moderne. «J'ai encouragé le MACM a développer ce projet, dit-elle en enchaînant sur des réalisations concrètes. Des investissements majeurs ont par exemple transformé le Vieux-Montréal en 25 ans. Le projet du Quartier des spectacles s'attaque maintenant au centre-ville culturel.»
Finalement, quoi qu'en dise le sénateur Joyal, la ministre Line Beauchamp rappelle que la question de la création doit contrebalancer celle des équipements. Bref, la création contre le béton... «La vie culturelle montréalaise fait l'envie de beaucoup de villes. [...] Je ne porte pas des lunettes roses, mais je ne dessine pas non plus un portrait noir de la situation.»
Haut de la page

