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L'initiation

Michel David   10 février 2007  Québec
Les prédécesseurs d'André Boisclair auraient tous voulu appâter un candidat-vedette avec le château fort péquiste de Marie-Victorin, mais aucun n'avait réussi à l'arracher à Cécile Vermette.

Tenue pour une enquiquineuse qui semait la bisbille partout, Mme Vermette avait défendu son comté bec et ongles pendant un quart de siècle. Cette semaine, elle avait enfin accepté de lâcher prise. Mieux encore, elle avait donné son appui à un candidat qui ne ferait pas sourire quand le chef du PQ parle de son «équipe de rêve». C'était trop beau pour qu'il n'y ait pas un pépin.

Même parmi ses nouveaux collègues péquistes, j'en soupçonne quelques-uns de ne pas avoir été mécontents de voir Bernard Drainville goûter à la médecine que les médias leur servent depuis des années.

Les journalistes ont toujours l'impression d'une trahison quand un des leurs passe dans l'«autre camp». C'est encore plus vrai quand il s'agit d'un membre de la tribune de la presse, qui forme une sorte de famille, même si l'arrivée de Drainville était récente et qu'il était vu comme un outsider.

Il était prévisible que la conférence de presse serait mouvementée. En fin de journée, l'ex-collègue confiait avoir trouvé la journée éprouvante, mais il a dû être le dernier surpris. Il devait aussi être le premier à se rendre compte que son histoire était cousue de fil blanc. Lui-même ne l'aurait jamais crue.

Le journaliste qu'il était se montrait extrêmement pointilleux sur l'éthique des politiciens. Encore en décembre dernier, il avait été implacable pour le ministre de la Santé, Philippe Couillard, dont une ancienne attachée politique avait commis des infractions de nature technique à la loi électorale, que le directeur général des élections a jugées trop bénignes pour imposer des sanctions. On peut comprendre que M. Couillard se soit empressé de critiquer à son tour le comportement de son accusateur de la veille.

***

À moins d'être naïf, il ressort clairement de ses propres explications que Drainville a continué à exercer son métier de journaliste alors qu'il demeurait ouvert à la possibilité d'une candidature péquiste, pour peu qu'on lui fasse une meilleure offre. Peu importe que son entrevue avec André Boisclair ait été menée sans complaisance, il n'aurait pas dû la faire.

Même s'il quitte la profession sur un couac, cela ne remet pas en question l'intégrité avec laquelle il a accompli son travail pendant 18 ans. Dans quelques jours, on ne parlera plus de cette affaire. Son entrée en politique a peut-être été cahoteuse, mais personne ne met en doute la sincérité de ses motivations.

Il est simplement le dernier membre du «club des ex» dont le passage à la politique crée un malaise. Les anciens du Devoir se souviennent encore de la période pendant laquelle Claude Ryan réfléchissait à sa candidature à la direction du PLQ tout en continuant à diriger le journal. À l'issue du congrès libéral de novembre 1977, où il était le principal orateur invité, il avait eu cette phrase qui s'appliquerait bien au cas Drainville: «La porte est fermée, mais elle n'est pas verrouillée.»

Il fut un temps où on se posait beaucoup moins de questions. Les tribulations de Pierre Laporte à l'époque où il était le correspondant parlementaire du Devoir font paraître bien véniel le péché dont on accuse Drainville.

À la demande de Laporte, le gouvernement Duplessis avait fait adopter un projet de loi privé pour annuler un testament familial et lui permettre de toucher un héritage. Loin de lui en être reconnaissant, Laporte s'était présenté comme candidat indépendant aux élections de 1956 en faisant financer sa campagne par la caisse libérale. Battu, il avait aussitôt repris ses fonctions à la tribune de la presse. Deux ans plus tard, il faisait la manchette du Devoir avec le «scandale du gaz naturel» qui ébranlait le régime Duplessis. En 1961, il était élu sous la bannière libérale dans une élection partielle.

***

Drainville a expliqué qu'il rêvait depuis son enfance de faire de la politique et que, dans son village natal, le député était un personnage important. Selon ses anciens collègues de Radio-Canada, il a des ambitions beaucoup plus élevées que d'être simple député de Marie-Victorin. Cela est parfaitement légitime.

À moins d'une énorme surprise, il n'aura aucun mal à succéder à Cécile Vermette, peu importe que le PQ reprenne le pouvoir ou reste dans l'opposition. Pour la suite des choses, tout dépendra de ses capacités et des circonstances.

Malgré la controverse, Drainville est une excellente recrue pour le PQ. Les électeurs n'auront aucun mal à s'identifier à ce père de famille dans la jeune quarantaine, déjà connu du public, qui a d'indéniables talents de communicateur. Jeudi, il a également démontré qu'il a du coffre.

Certains lui ont reproché son style un peu carré à l'écran. Il est vrai qu'il ne faisait pas toujours très radio-canadien, en bras de chemise, mais son populisme le servira très bien. On lui expliquera sans doute qu'il est préférable de parler de souveraineté plutôt que d'indépendance, mais son franc-parler contrastera agréablement avec la langue de bois ambiante. Jusqu'au jour où on commencera à lui reprocher de trop parler!

Évidemment, rien n'est parfait. Encore une fois, l'arrivée d'une vedette vient couper l'herbe sous le pied d'un candidat provenant d'une minorité visible. Après avoir été écartée dans Gouin, l'ancienne vice-présidente du PQ d'origine haïtienne Dominique Ollivier avait dû céder sa place à Marie Malavoy dans Taillon. Un jeune analyste en informatique, également d'origine haïtienne, Patrick LeBlanc, visait Marie-Victorin. Le PQ est un parti inclusif, mais il y a tout de même des limites!

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Léandre Nadeau - Abonné
    10 février 2007 02 h 00
    Tout un plat pour quelques jours de réflexion...
    L'article de Michel David nous rappelle que de grands bonhommes comme René Lévesque et Claude Ryan, qui avaient une influence très grande sur l'opinion publique lorsqu'ils étaient journalistes, ont été placés à leur époque dans une situation semblable à celle où était Bernard Drainville avant d'annoncer sa décision d'entrer en politique.

    Il serait intéressant de savoir durant combien de jours, de semaines ou de mois Lévesque et Ryan ont réfléchi avant d'annoncer leur entrée en politique, et ce, tout en continuant à exercer leur métier de journaliste. Est-ce qu'on a mis en doute l'éthique de Lévesque et Ryan à l'époque? Je ne pense pas. Par comparaison, on a été très sévère pour les quelques jours de réflexion qu'a pris Drainville avant d'annoncer sa décision.

    Les gérants d'estrades diront qu'il aurait dû informer ses patrons qu'il réfléchissait. La dessus, je ne connais personne qui annonce à l'avance à son patron qu'il réfléchit à un changement de carrière...Sur la question de principe, quels dégâts éthiques un journaliste peut-il causer en quelques jours de réflexion, alors que son métier est justement de travailler au vu et au sus de tous.

    Toute cette histoire a été mal interprétée d'abord par des personnes qui ne pratiquent aucunement l'éthique journalistique, telle Bombardier, ce qui est inadmissible et par des adversaires politiques, ce qui est normal, mais peu crédible. Quant aux journalistes de la Colline parlementaire, ils ont réagi comme une bande de cocus...Ils auraient pu se retenir...Il est tellement difficile d'attirer de bonnes personnes en politique, que lorsque ça arrive, on devrait les applaudir...
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  • Georges Paquet - Abonné
    10 février 2007 05 h 04
    Cousue de fil blanc
    Si, à l'instar de Michel David, personne ne croit les explicatons "tordues" de M. Drainville, comment feront ceux qui suivront son parcours au sein du PQ et devant l'électorat pour croire en ses prochaines histoires et ses inévitables promesses, la main sur le coeur? On a beau être ou avoir été un excellent professionnel dans son métier, il semble que l'on devienne vite un politicien "ordinaire".

    Georges Paquet
    georgespaquet@sympatico.ca
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  • Jacqueline Bordeleau - Inscrite
    10 février 2007 07 h 59
    Enfin, un candidat qui pourrait succéder à son chef
    Bien que je sois une indépendantiste convaincue, il m'est impossible de voter pour M. Boisclair. Ma position consiste à élire le Parti libéral en ensuite de remplacer le chef que nous avons élu par erreur.
    Or l'arrivée de M. Drainville me réjouit car il me semble de l'étoffe des chefs. J'ai écouté son entrevue avec M. Boisclair samedi dernier et il n'était nullement complaisant, même plutôt le contraire. Il tenait son bout ce qui n'est pas facile avec une personne qui parle la langue de bois.

    Vivement, l'élection du Parti Libéral et vivement un congrès à la chefferie du Parti Québécois pour effacer notre erreur de parcours.

    Jacqueline Bordeleau
    Pointe-aux-Trembles
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  • Georges Paquet - Abonné
    10 février 2007 08 h 58
    Qu'importe?
    Qu'importe maintenant de savoir si Bernard Drainville a fbien ait les premiers pas pour se dénicher un comté intéressant, sous la bannière du PQ?

    Qu'importe maintenant de savoir combien de trous comptait son fameux "mur", érigé un jour enlevé le lendemain, entre la politique et le journalisme?

    Qu'importe maintenant de savoir qui a bien pu dire à André Boisclair qu'il se pourrait bien que ce soit Sébastien Bovet qui l'interview au lieu de Bernard Drainville, au cas ou l'offre d'un comté sûr pour Bernard Drainville arrive rapidement?

    Qu'importe que les jovialistes animateurs du RDI matinal de Radio-Canada, le vendredi 9 février, aient sciemment ou non ignoré à plus d'une reprise de relever, dans de qu'ils appellent une revue de presse, la manchette du Devoir du jour, sur lignée en bleu, révélant que de source sûre on apprenait que Bernard Drainville, contrairement à ce qu'il affirme, avait fait les premiers pas pour solliciter une investiture au PQ?

    Qu'importe maintenant ce que nous diront les journaliste/politiciens ou les politiciens/journalistes, on aura beaucoup de mal à croire en eux et à leurs histoire "tordues".

    De quoi vaut-il mieux remplir nos quotidiens et nos émissions de télé? De potins insignifiants, d'événements sordides du genre Allô Police, que la télé a joyeusement remplacé, ou d'histoires "cousues de fil blanc" du genre de celle de Bernard Drainville, qui nous montre de quoi sont faits beaucoup trop de politiciens?

    Georges Paquet

    georgespaquet@sympatico.ca
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  • Gilles Champagne - Abonné
    10 février 2007 09 h 44
    L`initiation!
    Je trouve déplorable que la gent journalistique dans tous les médias s`acharne autant que présentement sur M. Drainville. Le meilleur commentaire entendu cette semaine est venu de Monsieur "sacrifice" Chaput qui disait "qu`on est donc méchant, pour une fois qu`on réussit à attirer un candidat sérieux et qui a du potentiel, qu`on le laisse donc faire son travail". Je comprends mieux aujourd`hui pourquoi les partis politiques ont tant de difficultés à attirer des candidats d`envergure. D`accord M. Drainville aurait dû ne pas faire l`entrevue avec André Boisclair mais après l`avoir dit maintes et maintes fois qu`on arrête et qu`on passe à autre chose. Je trouve de plus en plus "petit" notre monde politique et journalistique. Qu`on cesse de se regarder le nombril et qu`on nous informe davantage sur ce qui se passe dans le monde. Heureusement qu`il y a Le Monde, TV5, BBC World.
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  • m. tremblay lessard - Inscrit
    10 février 2007 10 h 24
    décevant
    Je viens d'entendre l'ex excellent journaliste Gilles Lesage et je suis bien d'accord sur le manque de jugement de M. Drainville, peu aidé en ce sens par son nouveau chef qui a autant de flair que mon frigo ! Non mais les politiciens nous prennent-ils pour des Samsonite ? Un jour journaliste, l'autre politicien, le lendemain journaliste, etc... Finalement, c'est M.Boisclair qui montre encore une fois son manque de flair en ne conseillant pas à Drainville de ne pas faire la fameuse interview. Faudra t'il inventer aussi un "code de vie" pour les journalistes ?
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  • Steve Fortin - Abonné
    10 février 2007 16 h 34
    Stériles débats...
    Mais que ces débats sont stériles ! Les uns condamnent l'ex journaliste en l'accusant de tous les maux; les autres l'encensent y voyant l'avantage d'une prise qui ferait rougir l'adversaire. Que de partisannerie. Tout cela occulte la question fondamentale : pourquoi le monde politique est-il si peu attrayant aux yeux de l'élite des différents secteurs de notre société (éducation, économie, le monde communautaire, les secteurs de pointe dans la recherche et le développement, etc) ? J'applaudis le geste de Drainville, de Curzi, de Côté; ces hommes iront, espérons-le, à contre courant et insuffleront à ces dinosaures de la trempe de Mcmillan (hélas mon député... élu à vie dans un comté où le lampadaire gagnerait s'il était libéral) un élan qui les éloigneront de la langue de bois et la basse partisannerie. Quand on analyse la composition des gouvernements de Lesage et de Lévesque ensuite, on ne peut que se désoler de devoir souffrir les Norm Macmillan à la sauce duplessiste de ce monde...
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  • Richard Guay - Abonné
    10 février 2007 16 h 46
    Le vrai visage
    Pourquoi, diable, suspecter les journalistes d'avoir été à double face dès qu'il leur plait de révéler leur vrai visage?
    Si Drainville a cherché à tenir compte de l'éthique de la tribu journalistique, il a eu raison de faire prévaloir le savoir-être du citoyen qui décide de pleinement exercer son rôle. Monsieur Drainville vient de donner deux leçons à la fois: son oeuvre et son testament de journaliste nous parlent d'intégrité; son geste de citoyen nous invite à l'engagement...
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  • Léandre Nadeau - Abonné
    10 février 2007 17 h 10
    René Lévesque et Claude Ryan ont fait pire...
    René Lévesque et Claude Ryan ont été à leur époque dans la même situation que Drainville et, à ma connaissance, leur réflexion a duré beaucoup plus longtemps que celle de Drainville... Quand je lis les réactions à l'article de David, je vois bien qu'on ne mérite pas en politique les hommes et les femmes de valeur, de la trempe de Drainville...Heureusement que certains ont la couenne assez dure pour passer au travers...
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  • roger montreal - Abonné
    10 février 2007 20 h 29
    LES GÉRANTS D ESTRADES
    Les gérants d estrades qui critiquent M.DRAINVILLE lisent M. BOIVERT ET FOGLIA dans la presse .Les supposés péquistes qui disent votés LIBÉRAL et CONSERVATEUR aussi, ca me fait rire, bon vieux truc de l adversaire ou des gens qui ne savent pas respecter un vote de 54 %, parce que leur candidate n a pas été élu, en démocratie un vote ca se respecte .
    Après avoir critiqué les libéraux et M.CHAREST
    / jusqu a 70%/ils vont voter libéral/.Oui les personnes de valeurs et honnetes peuvent bien ne pas vouloir se présenter.
    Ils aurons le gouvernement qu ils méritent /des politiciens de carrière/ comme STEVE FORTIN disait dans un texte plus haut /des CHAREST et ses semblables conservateur libéral un jour adéquiste peut etre/ péquiste non il n a pas assé de maturité/ avance recul /depuis qu il est aux pouvoir.
    ROGER DION MONTRE rogerdion@hotmail.com
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    11 février 2007 10 h 41
    Politique instantanée
    Pour avoir fait de la politique moi même, il n'est pas vrai que l'on puisse prendre une décision semblable dans quelques heures.Ce changement important dans la pratique de notre profession est sérieuse et toute personne sérieuse et honnête
    doit réflichir et analyser toutes les conséquence que cela peut entraîner avant de dire oui
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  • J.Roland Comtois - Inscrit
    12 février 2007 14 h 10
    Le parcours tortueux de Bernard Drainville
    Le parcours de Bernard Drainville est pourtant bien simple et je ne comprends tout simplement tous les supposés experts de la politique de n'avoir rien compris. L'épouse de Bernard connaît bien Jacques Parizeau et elle l'appelle pour lui indiquer que son mari est intéressé à une carrière politique. M. Parizeau revient au bout de quelques jours avec une proposition pour un comté (Joliette) il refuse, comté trop difficile et trop éloigné. Deux jours plus tard Jacques Parizeau lui offre le comté Marie-Victorin sur un plateau d'argent, il accepte. Point final. Pourquoi Bernard Drainville ne dit-il pas toute la vérité.
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