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Une semaine difficile pour le chef du PQ - Tel un phénix, Boisclair renaîtra-t-il de ses cendres ?

Le clan péquiste table sur un revirement rapide de la situation

Robert Dutrisac   3 février 2007  Québec
André Boisclair parviendra-t-il à renverser la tendance?
Photo : Jacques Nadeau
André Boisclair parviendra-t-il à renverser la tendance?
Québec — Lors de la course à la direction du Parti québécois, André Boisclair avait promis de rallier tous les souverainistes, quelle que soit leur allégeance partisane, en vue de tenir rapidement un référendum victorieux. Un peu plus d'un an après son couronnement, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est loin de son objectif. À 32 % dans les sondages, le PQ n'attire même plus la totalité de sa clientèle traditionnelle.

Au cours de la réunion du caucus péquiste, jeudi, André Boisclair s'est fait dire par ses députés que le PQ doit miser plus que jamais sur le thème de la souveraineté lors de la prochaine campagne électorale. Aux élections d'avril 2003, Bernard Landry, comme d'ailleurs tous les chefs souverainistes avant lui à l'exception de Jacques Parizeau, avait joué lourdement la carte du bon gouvernement. On connaît la suite: le PQ avait obtenu son pire score en 30 ans en récoltant 33 % des voix. Une contre-performance que Bernard Landry semble d'ailleurs avoir oubliée cette semaine.

Pour une majorité de députés et de militants péquistes, s'il y a une leçon à tirer de la défaite de 2003, c'est que le PQ a tout intérêt à faire porter les élections sur la souveraineté nationale. Tandis que le PQ est au plus bas dans les sondages, la souveraineté-partenariat recueille toujours 45 % d'appuis, fait-on remarquer. En ralliant les sympathisants souverainistes, le PQ goûtera à la victoire.

Et il faut que les souverainistes aillent voter en nombre. En 2003, le Parti libéral du Québec avait obtenu 16 000 votes de moins que lors de sa défaite de 1998, mais il avait accru de 3,5 points de pourcentage, à 46 %, la proportion de votes en sa faveur. C'est que le taux de participation avait chuté de huit points, à 70 %. Un grand nombre d'électeurs souverainistes étaient tout simplement restés chez eux le jour du scrutin.

Souveraineté et gouvernement

On se souviendra qu'au moment de la course larvée à la direction du PQ, François Legault avait été l'ardent promoteur d'un scrutin portant sur un programme de pays, un programme «emballant» qui permettrait de tabler sur tous les revenus qu'obtiendrait un Québec souverain. Il avait même fait inscrire cette démarche dans le programme du parti. En revanche, Pauline Marois préconisait une plate-forme dite équilibrée: on parle un peu de la souveraineté, mais on propose aussi des mesures qu'un gouvernement provincial peut mettre en oeuvre avant la tenue d'un référendum.

Deux arguments militent en faveur de cette démarche équilibrée. Le premier, c'est celui des électeurs mous, des indécis, ceux qui font pencher la balance et qu'il faut convaincre lors d'un scrutin. Un programme de gouvernement les rassure. Le deuxième argument est d'ordre temporel: le gouvernement peut-il se mettre au point mort jusqu'à la tenue d'un référendum dont on ne sait exactement quand il aura lieu?

André Boisclair est placé devant un dilemme. En faisant porter les élections uniquement sur la souveraineté et un programme de pays, le PQ courrait sans doute au désastre si l'électorat — et il semble que ce soit le cas à l'heure actuelle — est convaincu qu'André Boisclair ne sera pas en mesure de tenir rapidement un référendum gagnant advenant sa victoire. Sans un référendum rapide à la clé, le programme de pays du PQ apparaîtrait tout au plus comme un séduisant pelletage de nuages. Mais si le PQ ne fait que proposer un programme de gouvernement en évoquant mollement un intemporel grand soir de l'indépendance, bien des souverainistes bouderont le parti.

De plus, les deux derniers référendums ont montré ceci: pour que les souverainistes puissent espérer gagner le référendum, le chef du clan du OUI — en l'occurrence André Boisclair s'il est élu — doit posséder d'indéniables qualités de leader. Le fait de jouir d'une grande popularité ne nuit certainement pas non plus. Jacques Parizeau était un général hors pair, mais il a fallu qu'on fasse appel au charisme d'un Lucien Bouchard.

Or même s'il avait quelque chose de pathétique cette semaine à voir Bernard Landry s'acharner sur son successeur pour ensuite montrer sa disponibilité à le remplacer sur-le-champ, aucun député péquiste n'a contesté son constat sur les erreurs d'André Boisclair et ses problèmes de leadership.

Le chef péquiste a vanté la générosité des «belles-mères» dont il ne peut pas se passer des conseils. Jacques Parizeau lui a fourni un plan de match axé sur des actions précises et non pas sur de vagues paroles. Tous ses députés l'ont sommé de «ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué», a dit M. Boisclair. Plus question de promettre une équipe de rêve qu'il est incapable de rassembler.

À l'issue de la réunion du caucus, jeudi, André Boisclair, se pliant à la volonté de ses députés, s'est empressé de lancer un appel aux souverainistes pour qu'ils reviennent au PQ. On verra comment cet appel se traduira en campagne électorale.

Jean Charest n'attend que cela: des élections dont l'enjeu porte sur la souveraineté. L'inquiétant trou noir de la souveraineté opposé à la pantoufle du statu quo. Face à un chef péquiste dont le leadership est défaillant, le chef libéral s'en promet.

Un nouveau PQ

Instinctivement, André Boisclair penche davantage pour la stratégie du bon gouvernement. Ce n'est pas pour rien que ses députés l'ont rappelé à l'ordre. Il promet de présenter aux prochaines élections un PQ qui ne sera pas celui de 2003, pas celui de Bernard Landry. Pas celui du programme élaboré sous l'ancien chef péquiste? Ce nouveau PQ «actualisera» sa posture social-démocrate; le parti sera recentré, doit-on comprendre, s'inspirant de la «troisième voie» de Tony Blair. Le développement économique et l'environnement seront au coeur de la plate-forme électorale. La justice sociale passera par l'éducation. Évidemment, la seule évocation de cette «troisième voie» donne de l'urticaire au SPQ libre.

Dans l'entourage d'André Boisclair, on estime que le chef est victime de quelques déclarations maladroites. Il traverse une mauvaise période qui est l'apanage de la vie d'un chef politique, surtout d'un chef de l'opposition. La politique est parsemée de revirements soudains, invoque-t-on. Qualifié alors de «mal-aimé», Jean Charest a connu des moments pénibles en tant que chef de l'opposition et a vu son leadership être contesté. Même au pouvoir, Jean Charest n'a pas manqué de traverser des mauvaises passes: des stratèges libéraux se sont même demandé s'il ne fallait pas le forcer à partir pour le remplacer par Philippe Couillard. En France, le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, tirait de l'arrière dans les sondages: il n'a fallu qu'un bon discours à son investiture et de quelques gaffes de son adversaire Ségolène Royal pour renverser la vapeur, résume-t-on.

Bref, dans le clan péquiste, on table sur un revirement rapide de la situation, un renversement des tendances dont la politique a le secret. Pour André Boisclair, la campagne électorale vient véritablement de commencer.
 
 
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  • Marc A. Vallée
    Abonné
    vendredi 2 février 2007 21h47
    Le mythe du pays
    Il est surprenant dans l'histoire du Québec de voir un mouvement nationaliste autant se renier. Le mouvement nationaliste à la base du Canada est issu du Québec (voir la création de l'hymne national du Canada par Calixa Lavallée et Alphonse Routhier). Le mouvement nationaliste du Québec lui ... est issu du Québec. Les Québécois doivent se rappeler que leur nation a été reconnue par l'Acte de Québec de 1774 et que, si le Canada a été créé comme confédération en 1867, il a été reconnu comme un pays sur à la bataille de la crête de Vimy en 1917. À Vimy, les Québécois y étaient (voir le site du Royal 22e Régiment, www.r22er.com). Ils faisaient partie de la "gang". Les Québécois se doivent de comprendre que le Canada tel qu'ils le connaissent ne peut pas exister sans le Québec.

  • Léandre Nadeau
    Abonné
    samedi 3 février 2007 01h22
    Boisclair devrait se révéler bientôt
    Boisclair se révèlera bientôt. Il est à son meilleur lorsqu'il a le dos au mur, lorsque tout semble perdu. On l'a vu lors de la course à la chefferie du PQ. Quand on l'estimait écrasé au sol, il rebondissait plus fort et plus sympathique. Quand la campagne électorale sera lancée et que la plate-forme électorale aura été approuvée, Boisclair pourra enfin s'exprimer et combattre plus librement, plus spontanéement. Pour l'instant, il est au milieu d'un champ de mines qui le fige...Le PQ n'est en effet rien d'autre qu'un champ miné pour ses chefs. Quoiqu'ils disent, quoiqu'ils fassent, il y a toujours des militants enragés, intolérants, prêts à tirer. En campagne électorale, on peut espérer que ces gérants d'estrades vont s'autocensurer et qu'ils laisseront leur chef faire sa job...Boisclair doit en plus porter le poids du changement de génération. Or, les vieux du parti ne veulent pas lâcher le bébé...pourtant ils doivent lâcher prise s'ils veulent que la génération montante prenne la relève. En outre, les féministes ne digèrent pas encore qu'il l'ait emporté sur Pauline...Faudra un jour que ça vole plus haut si on veut le faire ce pays...

  • julien arsenault
    Inscrit
    samedi 3 février 2007 07h47
    coincé par son référendum
    En vertu de l'article un du programme du PQ, ce dernier est constamment interpellé par ce boulet à sa cheville qui l'empêche de tenir un discours crédible qui effleure et ne mobilise pas aucune génération. Cet effet de chien courant après sa queue déçoit profondément les Valois et Tremblay du parti mais aussi les grises du parti.
    On ne peut que se rendre à l'évidence que Monsieur Boisclair a fait le vide dans son entourage, et qu'il a perdu son agenda oui, mais se souvenant après son élection comme chef qu'il contenait une promesse de référendum. La promesse du PQ, est plus facile à présenter que la réalisation effective de son contenu depuis René Levesque en 1976 . On en est toujours là après 30 ans. ON ne peut même plus dire "Laissons le PQ continuer son oeuvre" après tant de trahisons et encore moins voyons Boisclair pour y voir clair

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    samedi 3 février 2007 09h41
    Le dogmatisme référendaire.
    Le PQ est piègé par le dogme du référendum comme seul mode d accession à l indépendance du Québec. Il serait temps que ce parti prenne acte que la Loi C 20, qui est un dénie de démocratie à cet égard le rend impraticable. Pour grader toutes ces options ouvertes le PQ doit garder vivante l idée d utiliser l élection décisive: majorité des voix et des sièges de tous les parties sur la liste indépendantiste, comme mode, tout aussi légitimes, d accession à l indépendance. Fini l angoisse de jouer le référendum qui, s il est perdant, mène à une tragédie historique ; et , s il est gagnant, mène à aucun résultat probant tant qu Ottawa n a pas signer avec Québec un protocole s engageant à en reconnaître les résultats.

    Pourquoi le PQ est incapable de seulement considérer « toutes ses options » à cet égard (admettre un club politique dans le PQ pour garder vivante cette option de l élection décisive) pour sortir de ce piège à cons. C est une question à laquelle M Boisclair devra bien répondre un jour.

  • Jacqueline Bordeleau
    Inscrite
    samedi 3 février 2007 10h23
    Il est trop tard M. Boisclair
    Citoyenne du comté de Lafontaine, j'ai vainement tenté l'an passé de convaincre M. Boisclair de promouvoir les raisons qui motivent la souveraineté du Québec, spécialement pour les jeunes qui se demandent souvent ce qu'elle pourrait leur apporter.

    M. Boisclair s'est dit en désaccord avec moi ( comme avec tout le monde ) pour lui, tout a déjà été dit sur les raisons de faire la souveraineté. Incrédule devant une telle répartie j'ai prévu ce qui lui arrive aujourd'hui qu'il serait incapable de nous conduire à la souveraineté en laquelle il ne semble même pas croire. Par la suite, j'ai vainement tenté de poursuivre le débat en lui écrivant 3 lettres auxquelles il n'a jamais daigné répondre.

    Je suis d'accord avec M. Legault que nous pourrions faire un programme emballant de ce nouveau pays, il faut faire rêver les Québécois qui pourraient enfin décider de tout ce qui leur convient et non seulement parler d'éducation, d'écomomie et d'environnement, tous des sujets qui relèvent des provinces de toute façon.

    Si vraiment la campagne électorale vient de commencer pour le Parti Québécois, j'ai hâte de voir ce que son chef nous dira sur une Souveraineté éventuelle. Pour moi, il ne veut que devenir Premier ministre du Québec, faire un référendum qui sera perdu et continuer par la suite de diriger le Québec dans la Confédération

    Mais en bonne militante , j'espère me tromper... mais je n'ai pas beaucoup d'espoir.

    Jacqueline Bordeleau
    Pointe-aux-Trembles

  • Xxx Xxx
    Inscrit
    samedi 3 février 2007 12h29
    Un vrai chef?
    Comment le Parti Québécois a-t-il pu en arrivé là? Se débarraser d'un homme de l'envergure de Bernard Landry comme chef du parti pour le remplacer par un nouveau chef à qui il faut dire quoi faire et quoi ne pas faire... faut le faire. Que les membres suivent et supportent leur chef, oui, mais qu'il le protège comme un enfant, non. Imaginons ça comme Premier Ministre. Les temps sont durs. Yves R

  • Maxime Leduc
    Abonné
    samedi 3 février 2007 20h07
    La complainte du peuple faible
    Le titre provoque, ce n'est pas pour dire que les Québécois sont un peuple faible. C'est pour dire que ce qu'il manque à l'actuel chef du PQ est sûrement d'être un homme fort. Par fort, je ne veux pas dire guerrier, je veux dire un homme qui sait montrer aux Québécois leur force et qu'il faut arrêter de se fouetter sans arrêt et se considérer comme inférieur et faible comparé aux Canadiens Anglais et Américains. Le chef du PQ devrait donner cet espoir par cette force là et aussi éviter de tomber dans le piège de la droite. Lucien Bouchard, personnage de droite, avait été surtout apprécié pour l'émotion qu'il faisait ressentir, mais beaucoup moins pour ses idées qui sont éloignées de la mentalité des Québécois. Le PQ doit défendre une social-démocratie étatique voir participative.

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    dimanche 4 février 2007 12h26
    De la pertinence de l'indépendance du Québec au XXIe siècle
    Le Québec est une anomalie dans l'Empire Britannique. Culloden, 1745, déportation des Acadiens, 1757, guerre de Sept-Ans, 1753-1760. Dans tous ces cas, l'Empire s'imposait lourdement, avec une forte répression. Puis, il y eut l'Acte de Québec de 1774. Le Parlement de Londres reconnaissait la singularité de la nouvelle Province of Québec qui allait devenir le Canada, suite aux deux guerres avec les États-Unis. La singularité du Québec fait aussi que le Canada est une ancienne colonie singulière dans l'Empire, comme s'en sont rendus compte les Forces Françaises et Britanniques à la bataille de la crête de Vimy en 1917. Si le Canada a été confédéré en 1867, il a été baptisé comme pays sur le champ de bataille de la France le 9 avril 1917. Tous les Canadiens y étaient (sauf Terre-Neuve qui ne faisait pas partie du Canada à l'époque). Les Québécois y étaient, en témoignent le site du Royal 22e Régiment, le 22e bataillon (canadien-français) lors de la première guerre mondiale. A noter que la question de la langue de travail dans l'Armée Canadienne s'est règlée pendant la Première Guerre Mondiale et n'a pas attendue la loi sur le bilinguisme du Premier Ministre Pierre-Elliott Trudeau.

    Aujourd'hui, au XXIe siècle, voulons-nous de nouveaux Vimy? Les Québécois occupent un territoire choisi par Champlain il y a près de 400e parce qu'il était la clé pour le contrôle de l'Amérique du Nord, surtout avec la présence au sud des colonies américaines, puis des colonies espagnoles. Le Canada comme pays ne peut pas vivre sans le Québec. Tout ce que peut amener un vote sur l'indépendance du Québec, c'est à une crise constitutionnelle. Le Québec ne pourra jamais se séparer du Canada. Si le Québec se sépare, le Canada aura à se réinventer­. Ce sera un long processus, qui sera certainement très pénible pour la nation canadienne-française.

    Quand je regarde tous les autres défis qu'il a à relever, je trouve qu'il y a beaucoup d'énergie perdue dans cette quête du pays. Mon pays, c'est le Canada. C'est le mot que Jacques-Cartier a écrit sur une carte après avoir visité les territoires de la vallée du Saint-Laurent.

  • Jean-François Morin
    Inscrit
    dimanche 4 février 2007 12h42
    Va-t-il survivre?
    La baisse de popularité d'un chef n'est pas un événement extraordinaire et fini presque inexorablement par arriver. Cependant, certains y survivent, comme Jean Charest et Bernard Landry (qui aurait pu rester plus longtemps). D'autres n'y survivent pas, comme Paul Martin, Stockwell Day, Kim Cambell et certainement bien d'autres. Dans laquelle de ces deux catégories placer Boisclair? Bien malin celui qui prétend cacher une boule de cristal. Il est certain qu'il est en phase d'adaptation. Il a pris bien des risques pour son pouvoir en parlant contre les syndicats, alliés traditionnels du parti. Cependant, connaissant le militantisme des membres du Parti Québécois, j'ai été étonné de voir dans les médias cette fin de semaine cette unité du caucus et des présidents d'association de comté se ranger unanimement derrière son chef. Il y a de l'espoir.

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    lundi 5 février 2007 00h54
    Bravo, monsieur Dutrisac!
    Je suis du même avis que monsieur Léandre Nadeau, collaborateur en réaction à votre article.

    André Boisclair rebondira.

    Il traverse le désert actuellement comme Moïse, et dans 40 jours, il libérera son peuple.

    J'ai confiance.

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