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Souveraineté: Ségolène Royal persiste et signe

Christian Rioux   24 janvier 2007  Québec
Ségolène Royal
Photo : Agence France-Presse
Ségolène Royal
Paris — Alors que Ségolène Royal nie toute ingérence dans les affaires canadiennes, André Boisclair juge démesurées les réactions de Stephen Harper et Stéphane Dion, qui ont tous deux condamné les propos sur la souveraineté du Québec qu'a tenus la candidate socialiste. La veille, après une brève rencontre avec le chef souverainiste en visite officielle en France, Ségolène Royal avait évoqué les «valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec».

«Les réactions de Messieurs Harper et Dion [qui ont dénoncé une ingérence dans les affaires canadiennes] sont démesurées, dit André Boisclair. Je n'ai senti ici aucune animosité à l'égard du Canada, mais bien de l'amitié pour le Québec. J'ai vu qu'on a vite retrouvé le Stéphane Dion d'avant la course au leadership.»

André Boisclair critique aussi le premier ministre Jean Charest qui, de Davos, a déclaré à la Presse canadienne: «On ne demande pas à nos amis français d'être indifférents à la situation québécoise, mais là où il y a une limite qu'il ne faut pas traverser, c'est de tenter d'influencer les Québécois.»

«Jamais Jean Charest n'aurait osé tenir de pareils propos à l'endroit de François Mitterrand ou de Jacques Chirac, qui pourtant ont dit des choses très semblables», a dit André Boisclair.

À Paris, les grands réseaux de télévision généralistes ont présenté la déclaration de Ségolène Royal dans la droite lignée de celles de Charles de Gaulle, Philippe Seguin et Jacques Chirac, qui ont tous, chacun à son époque, provoqué de vives réactions à Ottawa.

Entourée de la Guyanaise Christiane Taubira et de l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, la candidate à l'élection présidentielle s'est défendue de toute ingérence dans les affaires intérieures canadiennes. Ségolène Royal n'entend pas dicter aux Québécois ce qu'ils doivent faire, mais elle ne renie rien, dit-elle. «Je n'ai fait preuve ni d'ingérence ni d'indifférence. Ce que j'ai dit, ce que je confirme, c'est que, comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre. Et donc les Québécois décideront librement de leur destin, le moment venu, s'ils en sont saisis.»

Selon elle, ses propos ne prêtent pas à confusion et s'inscrivent parfaitement dans la tradition française. «À aucun moment, je n'ai évoqué les réformes institutionnelles, mais si ces réformes institutionnelles arrivent, ces deux principes seront appliqués — de souveraineté et de liberté.»

La candidate socialiste en a même rajouté en faisant remarquer, sur les ondes de RTL, que le célèbre «Vive le Québec libre!» du général de Gaulle était «une belle phrase». Ce qui a fait dire à Jack Lang: «On ne se doutait pas que, sur beaucoup de sujets de politique étrangère, elle était dans la filiation du général de Gaulle.»

Les principaux ténors de la famille gaulliste, comme Alain Juppé, Édouard Balladur, Dominique de Villepin et surtout Nicolas Sarkozy, n'étaient d'ailleurs pas joignables hier. Aucun n'a jugé utile de critiquer les propos de Ségolène Royal. Le seul à se manifester, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin (anciennement de l'UDF) a estimé que Ségolène Royal improvisait. «La candidate socialiste est inquiétante [...]. Nous disons clairement que nous soutiendrons le peuple québécois dans ses choix, mais ce n'est pas à la France de faire des choix pour le Québec.» La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a parlé de «légèreté». «Ségolène Royal inquiète les Français», a aussi ironisé le porte-parole de l'UMP, Luc Chatel. L'allusion renvoyait à un sondage récent qui indiquait que le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, «inquiétait» 51 % des Français.

Selon Jean-Pierre Chevènement, le silence des poids lourds de la droite s'explique par le fait que plusieurs ont déjà fait des déclarations semblables. «Le sentiment naturel de tous les Français est de regarder avec sympathie leurs cousins d'Amérique, a-t-il déclaré sur les ondes de LCI. Ségolène Royal n'a rien fait d'autre que rappeler ce qu'avaient dit le général de Gaulle, Jacques Chirac, Philippe Seguin, Alain Juppé et beaucoup d'autres.»

Les socialistes ont fait bloc autour de leur candidate. À son point de presse hebdomadaire, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé «une affaire de petite tactique de politique intérieure canadienne». Selon lui, «il n'y en a qu'un qui a dit qu'il était pour l'indépendance du Québec, c'est de Gaulle». Ségolène Royal, dit-il, «n'a pas l'intention de monter au balcon de l'hôtel de ville de Montréal et de recommencer.»

La Guyanaise Christiane Taubira, ralliée depuis peu à Ségolène Royal, dit ne pas voir «quel problème il y a à exprimer de la sympathie pour un mouvement, un idéal, un projet».

Grâce à cette polémique inattendue, en moins de 24 heures, le nom d'André Boisclair s'est retrouvé dans tous les médias français. Le chef du Parti québécois a passé l'après-midi d'hier à répondre aux questions des journalistes français. La presse française a rapporté la colère d'Ottawa. Plusieurs évoquent une nouvelle gaffe de la candidate en politique étrangère. Le quotidien Libération parle à la blague du «"couac" québécois de Ségolène Royal».

Mais, pour de nombreux observateurs, il s'agit d'une «bourde» qui ressemble à s'y méprendre à celle qu'avait faite en 1995 le président Jacques Chirac, alors simple candidat à la présidence, tout comme Ségolène Royal aujourd'hui. À quelques semaines du référendum québécois, il avait déclaré au premier ministre Jacques Parizeau que «la France devra être sans aucun doute au premier rang de ceux qui diraient au Québec que nous marchons avec lui. Les nations francophones et en particulier la France devraient être immédiatement aux côtés des Québécois et reconnaître la nouvelle situation.»

À Ottawa, le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, s'est dit étonné d'entendre des «cris d'indignation», alors que les mêmes partis fédéralistes avaient applaudi Bill Clinton lorsqu'il avait vanté les avantages du fédéralisme pour le Québec, à Mont-Tremblant en octobre 1999.

De passage à Québec, le chef libéral fédéral, Stéphane Dion, a longuement ironisé sur la candidate socialiste. «Mme Royal est nouvelle en politique internationale. Je crois qu'il faut donner la chance au coureur, comme on dit. [...] Je suis sûr qu'elle va apprendre. [...] Peut-être aussi ne comprend-elle pas le sens du mot "souveraineté". En France, c'est un autre sens qu'ici. Le parti souverainiste français n'est pas un parti indépendantiste; c'est le cas ici. Donc, on va lui donner le temps de bien intégrer la réalité canadienne.»

À la troisième journée de sa visite officielle en France, André Boisclair rencontrera aujourd'hui le candidat de la droite et chef de l'UMP, Nicolas Sarkozy. La sympathie que lui a témoignée la candidate socialiste pourrait-elle brouiller les relations avec son adversaire politique? «Je n'entrevois pas de difficultés», dit André Boisclair. «Je sens la même amitié pour le Québec à droite comme à gauche.»

***

Correspondant du Devoir à Paris

Avec Robert Dutrisac à Québec
 
 
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  • Gérard Lépine
    Abonné
    mercredi 24 janvier 2007 05h36
    enfin!
    N'oublions pas que les socialistes ont toujours été favorables à un statut non-équivoque pour le Québec. Michel Rocard fut même un temps très proche d'une ministre pérenne de plusieurs gouvernements...

  • Richard Weilbrenner
    Abonné
    mercredi 24 janvier 2007 06h41
    Dion semblable à lui-même
    Quand il ne sait que répondre aux propos qu'il ne peut contredire sans verser dans la fourberie intellectuelle et le "gossage des pattes de grenouille", Stéphane Dion se rabat sur le mépris. Voilà bien un digne héritier de Trudeau. Souhaitons que "le mépris n'aura qu'un temps". L'attitude du chef du Parti Libéral du Canada ne fait pas honneur au Canada, bien au contraire...
    Richard Weilbrenner,
    Sutton, le 24 janvier 2007

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 07h59
    Le choix du Québec.
    On a le choix entre une personnalité politique qui nous confirme dans notre droit de choisir souverainement la liberté (Ségolène); et la position canadienne officielle (M Dion et Harper) qui nous dit qu en cas de victoire du OUI le Québec sera partitionné sur des bases ethniques.Pour faire face à ce qui est rien d autre qu une position ethno fasciste du Canada, il est réconfortant d avoir des amis qui campent du coté de notre droit démcratique. Curieux comment la médiacratie fédéraliste relève systématiquement les pseudo gaffes des souverainistes et qu elle ne relève jamais l abobinnable position ethno fasciste du Canada. Au nom de la probité intellectuelle saans doute. Provincialisme quand tu nous tiens.

  • Jean Lapointe
    Abonné
    mercredi 24 janvier 2007 08h21
    C'est le mot «souveraineté» qui a été mal compris.
    Lorsque madame Royal a parlé de souveraineté, je pense qu'elle avait en tête la souveraineté du peuple. Certains journalistes québécois, Harper et Dion ont, je pense, cru comprendre qu'elle appuyait le projet de souveraineté de l'Etat québécois et c'est pour cette raison qu' Harper et Dion ont réagi comme ils l'ont fait et que certains journaus québécois ont dit que Ségolène Royal appuyaient la souveraineté de l'Etat québécois. S'ils avaient vu qu'il était question de la souveraineté du peuple, ils n'auraient sans doute pas réagi de la même façon.

    Mais on peut se demander si Harper et Dion respectent véritablement la souveraineté du peuple québécois.

  • Yolande Coderre
    Inscrite
    mercredi 24 janvier 2007 08h37
    Souveraineté:Ségolène Royal
    Merci Madame pour votre appui!
    M.Harper vous dites que le Canada ne se mêle pas des affaires des autres Pays...Vous, n'avez-vous pas appuyé Israël contre le Liban? Ce n'était pas de l'ingérence ça? On repassera! Vive le QUÉBEC LIBRE!

  • J. Maurice Arbour
    Abonné
    mercredi 24 janvier 2007 09h18
    tempête dans un verre d'eau
    On semble avoir oublié que Mme Royal, bien que candidate à la présidence, n'est point présidente de l'État français; elle ne parle donc pas au nom de l'État français et jouit d'une liberté d'expression identique à celle que possède tous les citoyens français. N'est-ce pas d'abord aux Francais de juger si ses propos sur le Québec sont acceptables ou non? Depuis de Gaule,nos amis les fédéralistes sont toujours bien sensibles quand il s'agit de la France. C'est la preuve qu'ils prêtent à ce pays un poids considérable comme allié d'un gouvernement péquiste dans la lutte de ce dernier pour l'émancipation et la liberté du Québec.Mais où était donc la France lors du référendum de 1995? de 1980?

  • Claude Audet
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 11h13
    Ségolène Royal et le Québec
    Madame Ségolène Royal a exprimé ce que 50 % de la population du Québec souhaite profondément dans leur coeur, soit un Québec souverain. L’autre 50 % représente principalement des gens d’intérêts qui tirent profits du Canada et ce, de façon souvent douteuse. Elle n’a en rien cafouillé, sauf pour ceux qui empêchent à tout prix le Québec d’ÊTRE. Les adversaires du Québec se sont prononcés; les autres attendent patiemment le 3e référendum qui pourrait enfin faire basculer la balance. Là, on jugera Mme Royal d’une toute autre façon, c’est sûr ! Et les opposants d’un « QUÉBEC LIBRE » au Québec, au Canada et en France de même. Apparemment, il y a des médias médiocres et vilains qui cherchent le scandale à tout prix, juste pour vendre leurs salades. Une tempête dans un verre d’eau? Il s’agit ici de la « NOUVELLE-France »… Que l’on s’en souvienne! Évidemment, la France a beau jeu de ne pas reconnaître le droit à l’autodétermination de petits pays, et on sait tous pourquoi, n’est-ce pas ?

    C.Audet, Montréal, Québec

  • laurent jauffret
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 11h40
    Stephen Harper,Stéphane Dion et Jean Charest font de l'ingérence
    La stratégie de l'équipe Sarkozy est clairement de décrédibiliser Ségolène Royal sur le thème de l'absence d'expérience internationale. De nombreux seconds couteaux s'emploient à pousser des hauts cris à chaque déplacement (Israël, Chine) mais ne sont pas toujours très convaincants car outre la futilité des attaques, ils ont trop l'air de faire ce qu'ils font : de la basse besoigne politicienne. Le cas est différent aujourd'hui puisque c'est des hommes politiques canadiens qui font ce travail et qu'on ne leur prète pas un intérêt partisan dans l'histoire. Leur crédibilité est donc bien supérieure. En fait, leur influence sur la campagne des présidentielles française constitue bien une ingérence avec à priori plus de chance de peser sur la vie politique française que les commentaires de Ségolène Royal ne pourraient en avoir sur la politique canadienne. Messieurs Stephen Harper,Stéphane Dion et Jean Charest, je vous exprime la profonde contrariété que provoque votre trouble jeu.
    LJ Lyon (France)

  • Jerome treize
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 11h51
    Pour Linda Drouin
    Mme Drouin, dommage que vous ayez une vision aussi simpliste de la réalité... au ministère de l'éducation en plus. Seule un infime minorité est favorable à l'indépendance en Corse (encore plus dans les autres régions de France), deplus, ces "indépendantistes" sont racistes (voire le comportement envers la communauté Maghrébine) et ont une vision irréaliste à tous les niveaux: économique, gestion des infrastructures (routes, réseau électrique, eaux...); concrètement, la dépendance envers le continent est vitale pour la Corse!

  • Jean-Roch Daubisse
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 14h33
    Ce qu'en pensent les francais
    Il est amusant de comparer les reactions a la sortie tonitruante de Marie-Segolene en France et au Canada. Ne vous meprenez pas, cette declaration, coincee entre deux portes dans un couloir, n'a rien d'un soutien a la cause souverainiste mais releve plus d'une immaturite et d'une legerete de la candidate deja manifestees a plusieurs occasions sur des sujets de politique etrangere.

    Au risque aussi d'en froisser certains, la tres grande majorite des francais n'en a absolument rien a faire de la souverainete du Quebec. Et nous ne nous melons pas de politique interieure canadienne. Seule Mme Royal, dans sa grande inexperience et sa fougue juvenile, s'est encore une nouvelle fois fait piegee par son incapacite a reflechir vite et bien.

    Le seul qui en tire son epingle du jeu est Andre Boisclair qui beneficie bien involontairement d'une notoriete inesperee en France. Il est desormais certainement l'homme politique canadien le plus connu a Paris.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 24 janvier 2007 21h48
    Londre-Washington-Ottawa, Paris-Québec
    Comment les canadian's ne peuvent-ils pas comprendre l'impatience de nos cousins à voir naître un nouvel État français en Amérique? Serait-ce de l'aveuglement impérialiste?

  • Christian Tallon
    Inscrit
    jeudi 25 janvier 2007 15h23
    Hypocrisie ?
    La France n'est pas un état fédéral. Elle est définie comme "une et indivisible". Cette conception de la Nation crée évidemment des difficultés pour réconnaître un statut particulier à la Corse ou au pays basque. Impossible même de ratifier la charte sur les langues régionales sans se faire taper sur les doigts par le Conseil Constitutionnel (Le français est la seule langue de la République).

    La conception très rigide de l'Etat français, hérité de la Révolution, ne donne pas de grande marge de manoeuvre. La seule solution qu'on ait trouvé est la régionalisation.

    Mais à côté de ça, il y a de bizarreries fabuleuses : le Franc, existe encore chez les pingouins des Terres Australes Françaises. On a juste oublié de l'enlever !

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