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Ségolène Royal affiche ses sympathies souverainistes

Christian Rioux   23 janvier 2007  Québec
Ségolène Royal
Photo : Agence France-Presse
Ségolène Royal
Paris — La candidate socialiste à la présidence française, Ségolène Royal, n'a pas caché sa sympathie hier à l'égard de la souveraineté du Québec. Sortant d'un entretien de 15 minutes avec le chef de l'opposition, André Boisclair, elle a déclaré que l'objectif des souverainistes était «conforme aux valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec. Et je pense que le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont dans ce sens».

Faut-il en conclure que Ségolène Royal appuie la souveraineté du Québec ou simplement la démarche du Parti québécois? Personne dans l'entourage d'André Boisclair, qui amorçait hier une visite officielle de quatre jours en France, ne semblait vouloir répondre à la question. «Les Français ont bien saisi notre message. Je disais même qu'il y a de la sympathie. J'ai l'intime conviction que la France sera toujours aux côtés du Québec quels que soient les choix qui seront faits par les Québécois.»

Évitant de se réjouir de cette déclaration, André Boisclair s'est contenté de préciser que le projet souverainiste n'est «pas regardé ici avec une certaine distance», même si la décision se prendra au Québec.

Quelle qu'en soit la portée exacte, selon les observateurs, la déclaration de la candidate socialiste va bien au-delà de la position française traditionnelle de non-ingérence et non-indifférence. Elle rompt aussi avec la distance plus grande que la direction socialiste, contrairement aux gaullistes, avait traditionnellement manifestée à l'égard de l'indépendance du Québec.

Le courant passait visiblement hier entre la candidate et le chef de l'opposition. Ségolène Royal a indiqué que le programme des socialistes français se rapprochait de celui du Parti québécois. Elle a de plus souligné que le Québec était perçu en France comme un modèle en matière d'écologie. L'environnement est «un élément important de la carte de visite du Québec sur le plan international, dit Boisclair. Je pense que le gouvernement français apprécie les positions qui ont été défendues par le Québec sur ces questions».

À Ottawa, les réactions n'ont pas tardé. «L'expérience enseigne qu'il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d'un autre pays», a déclaré Stephen Harper. Le premier ministre dit s'attendre à ce que le prochain président français «comprenne l'histoire que nous partageons et le respect» qu'elle exige à l'égard du Canada et de sa population.

À la sortie du caucus de pré-session, le premier ministre québécois Jean Charest a dit avoir invité Mme Royal à venir au Québec. «Madame Royal n'est jamais venue au Québec. [...] Ce que je sais, c'est que l'avenir du Québec, [...] c'est une chose que les Québécois décideront eux-mêmes.»

André Boisclair, qui dit vouloir présenter «le nouveau visage du Parti québécois», a aussi rencontré le premier ministre français, Dominique de Villepin, pendant 50 minutes. Ce dernier a reconduit son invité après l'entretien, ce qui est une marque de gratitude. Les deux hommes ont discuté de la situation politique française, du débat présidentiel, de la construction de l'Europe et de la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. Dans la matinée, le chef du Parti québécois avait rencontré le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, et dîné avec l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, rallié à Ségolène Royal.

Il y a quelques jours à peine, la visite d'André Boisclair à Paris s'annonçait ardue, faute de pouvoir rencontrer les deux principaux candidats à la présidence. Arrachées à la dernière minute, les rencontres ont finalement été confirmées moins de 48 h avant l'arrivée d'André Boisclair. Selon un de ses proches, c'est Nicolas Sarkozy qui aurait accepté le premier.

André Boisclair trace un parallèle entre la déclaration de la candidate socialiste et celle du responsable des relations internationales du Parti socialiste au dernier congrès du Parti. Pierre Moscovici avait alors ouvertement souhaité l'élection du Parti québécois. «Je ne dirai pas à cette tribune "Vive le Québec libre !", mais je dirai "Vive le Québec québécois !" Et nous espérons le succès du Parti québécois lors des élections au Québec l'année prochaine, pour que ce pays connaisse plus que son autonomie, une forme d'indépendance.» Ancien partisan de Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici est aujourd'hui conseiller de Ségolène Royal en politique internationale.

L'ancienne ministre des Relations internationales Louise Beaudoin, qui était venue en éclaireuse à Paris il y a quelques semaines, ne s'est pas montrée surprise outre mesure. Selon elle, on ne savait pas trop à quoi s'attendre de Ségolène Royal. «Ce qui est bien, c'est que, maintenant, il y a à gauche — on verra à droite — comme un réflexe pro-québécois, dit-elle. C'est 30 ans de travail.»

Aujourd'hui, André Boisclair doit rencontrer une demi-douzaine de sénateurs, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, et le président du Sénat, Christian Poncelet. Durant la semaine, il donnera une série d'entrevues, notamment au magazine L'Express, à TV5 et au journal Les Échos.

En fin de journée, le chef du Parti québécois a prononcé une conférence sur le projet souverainiste à l'Institut des sciences politiques de Paris devant environ 150 étudiants français et québécois. Interrogé sur l'intégration des immigrants, il s'est refusé à faire des parallèles entre la France et le Québec. «Là cependant où il y a une belle leçon à tirer de la France, dit-il, c'est sur la distance qui y existe entre l'État et la religion.»

Visiblement inspiré par la campagne présidentielle française, André Boisclair dit sentir en France «une volonté de changement et le désir de redonner de l'espoir aux Français. Il y a lieu de s'en inspirer...»

***

Correspondant du Devoir à Paris

Avec Antoine Robitaille à Québec






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  • Michel Bourgault
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 05h09
    Encore la paille et la poutre!
    « À la suite des déclarations sympathiques de Ségolène Royal à l'endroit du projet souverainiste, le premier ministre Harper aurait déclaré: «L'expérience enseigne qu'il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d'un autre pays».

    J'ai une seule question pour Monsieur Harper: Pourquoi le Canada continue-t-il de se mêler des affaires politiques en Afghanistan, sinon qu'il veut aider à modifier la vie démocratique et culturelle dans ce pays?

    Si cela est approprié pour le Canada, je ne vois pas pourquoi cela serait inapproprié pour la France. »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 06h05
    enfin!
    « un(e) ponte français(e) qui dit la vérité, à part de Gaulle, qui s'était fourvoyé grâce à son consul général de Québec qui savait à quoi s'en tenir!!! »

  • Pierre Henri
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 07h00
    Incohérence
    « Quand Jean Charest dit à Ségolène Royal que ce sont les Québécois qui décideront seuls de leur avenir, il oublie avoir gardé le silence sur la vague ''affective '' en provenance de l'ouest canadien venue appuyer le camp du NON en 1995. Il oublie également que Jean Chrétien avait quêté l'appui de Bill Clinton au même moment.

    Cedpendant, je suis d'accord pour que la décision relève des Québécois uniquement, dans le respect des lois québécoises régissant la tenue d'un référendum . Je mets M.Charest au défi d'en tenir un.

    Pierre Henri »

  • moreau laurent
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 09h30
    C'est triste
    « Chers amis Qebecois, ne soyez pas surpris par cette intervention. Ici, en France, nous commencons à avoir l'habitude des propos déplacés de Mme Royal. Il y a quelques jours, cette dernière faisait l'éloge de l'efficacité de la justice chinoise !!! Cela fait froid dans le dos, je vous l'accorde.

    Ce dont vous pouvez être certains, c'est de l'amitié que vous portent les Français et cela quelque soient vos choix politiques.

    Laurent M. Vincennes »

  • JM
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 10h39
    Voudrait-on que madame Ségolène Royal aie une attitude plus responsable, selon une certaine conception plus "masculine" du politique?
    « Votre texte présente assez objectivement l'événement d'hier avec madame Royal. Hier soir cependant, j'écoutais les nouvelles à la télé. Ainsi, après avoir entendu l'opinion de madame Royal, on a donné la parole à certains politiciens d'ici qui disaient chacun à leur façon et étant du camp fédéraliste, grosso modo, que c'était presque de l'ingérence dans les affaires de notre pays.

    Je ne sais pas comment l'événement a été présenté en France? Mais, en bref et bien que ne connaissant pas madame Ségolène Royal, on dirait qu'on cherche à lui imposée une attitude politique un peu plus "masculine". Celle qui demande, selon la définition de certains dans le domaine de la politique, une attitude plus "responsable" quitte à en venir en bout de ligne à la langue de bois? »

  • bernard Frouin
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 12h32
    Bien joué Ségo!
    « Mon voisin de Vincennes (j'habite Paris 12ème) devrait arrêter de dire des conneries. Ségolène Royal a bien le droit d'avoir un avis sur le destin du Québec. Ce sont des gens comme vous qui lui reprochent à longueur de journée de ne pas avoir d'idées et en même temps lui tombent dessus à bras raccourcis dès qu'elle émet un avis. Heureusement que la contradiction ne tue pas. Vous pouvez ne pas être d'accord sans pour autant devenir agressif. Cela la sert de toutes façons. Continuez! Quant à sa position sur le Québec que j'aime beaucoup pour y avoir séjourné plusieurs fois, je la trouve sincère et courageuse. Pas comme les faux-cul du gouvernement français et ce nul à ch... de Douste Blazy, ce pseudo ministre des affaires étrangères qui passe son temps à faire des bourdes et dépenser l'argent public dans des voyages onéreux à l'étranger. Comme idiot de service celui-là, il est premier de la classe. Quand Royal va à l'étranger, on l'écoute. Douste est inexistant. Quant à Sarkozy, il n'a su que faire allégeance à Bush. Quel exploit! »

  • gerard poirot
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 13h35
    triste sire
    « Laurent M, Vincennes, avant de diffuser votre condescendance, retournez à l'école et faites honneur à notre langue ! Quels que soient vos avis...
    Bravo à Ségo pour son soutien au Québec. Il était temps. »

  • Line Bastrash
    Inscrite
    mardi 23 janvier 2007 15h26
    La paille et la poutre (bis)
    « Si, selon Stephen Harper, « il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d'un autre pays », alors qu'attend le premier ministre pour dénoncer l'ingérence des États-Unis dans les critères de sélection des employés d'entreprises canadiennes qui reçoivent des contrats de l'armée américaine - des pratiques qui vont à l'encontre de la charte canadienne des droits?

    Pour s'opposer formellement à la directive de l'Office of Foreign Assets Control qui ordonne à des banques canadiennes de refuser à des citoyens canadiens nés dans des pays « hostiles » aux États-Unis d'ouvrir, ici même au Canada, un compte en dollars US? Pour commenter la requête faite récemment par la sous-secrétaire d'État américaine Ellen Sauerbery qui désire que le Canada modifie ses procédures d'immigration pour accepter davantage de réfugiés irakiens et cubains - réfugiés qui sont, faut-il le rappeler, le produit de la politique étrangère des États-Unis?

    Pour dénoncer les tractations occultes des grandes pétrolières américaines pour que le Canada accélère l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta, au mépris de ses engagements à Kyoto et de ses propres règles environnementales? Est-ce la proverbiale paille dans l'oeil du cousin français qui l'empêche de voir la poutre dans l'oeil de son voisin américain, poutre qui lui sert de bélier pour enfoncer nos droits et nos libertés démocratiques? »

  • laurent jauffret
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 16h18
    pitié pas ici aussi
    « des militants ump (parti de sarkozy) essaient d'essaimer l'image d'une ségolène royal gaffeuse et maladroite alors qu'elle a émis un avis sans périphrase diplomatique - elle a dit qq chose - ce qui serait une erreur en politique
    au fait, cette affaire fait elle vraiment du bruit ici ? »

  • Xavier Mir
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 16h19
    Souveraineté aussi en Catalogne
    « En Catalogne, comme au Quebec, on veut devenir independant. Mais le président, aussi socialiste, pense qu'on n'a pas ce droit. Il faut lui exprimer bien, Mme Royal. Et pensez aussi à Perpignan, qui vous appelez la catalane »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 17h40
    Vas-y mon Jean!
    « Jean Charest a déclaré qu'il revenait aux québécois de décider de leur avenir. Doit-on comprendre qu'il leur en donnera l'occasion? »

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    mardi 23 janvier 2007 20h46
    La nation, le Canada et Vimy
    « Alors que le Canada et la France s'apprêtent à souligner le 90e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, les propos de Ségolène Royal surprennent un peu. C'est que ça fait longtemps Vimy 1917. Dans la mémoire québécoise, Vimy 1917 est souvent occulté par Québec 1918, la crise de la conscription. Si la France a un devoir de mémoire au Québec, elle a aussi un devoir de mémoire au Canada. Le Canada a été baptisé le 9 avril 1917 à Vimy, sur terre de France. Les Québécois en faisaient partie. Les Québécois peuvent bien soumettre leur velléités de souveraineté: le Canada ne peut exister sans le Québec. »

  • Valton 36
    Inscrit
    mercredi 24 janvier 2007 08h28
    Ne vous trompez pas !
    « Je vous écris de France, où je travaille dans le milieu politique. Ne vous trompez pas, Ségolène se moque du Québec. Elle essaie juste de "piquer" à Sarkozy le créneau du gaullisme que ce dernier a abandonné. Cela peut paraître habile, c'est en réalité invraisemblable. Le PS gaulliste ? Et quoi encore ! Si c'était le cas, SR appliquerait à la France vis-à-vis de l'Europe intégrationniste l'indépendance nationale qu'elle prétend souhaiter au Québec. Vive de Gaulle, vive le Québec et la France libres ! »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    jeudi 25 janvier 2007 14h46
    Hypothèque transatlantique
    « On voudrait bien que les affaires québécoises ne regardassent que les québécois. Mais comme le choix des québécois, qui n'est pas clair depuis plusieurs référendums (what does Quebec wants) aurait des répercussions très fortes sur le Canada et sur la France, donnons le droit à chacun (et à Madame Royal aussi) de dire son opinion et ses sympathies. Madame Royal semble avoir choisi de dire spontanémént ce qu'elle pense. C'est son style ! Admettons-le ! Il y aura encore des bourdes diplomatiques mais qui ne dit que ce n'est pas l'anticipation d'une nouvelle diplomatie ?

    Quant à l'irritation d'Ottawa, elle est compréhensible mais Madame Royal n'est pas présidente ! Elle n'est pour l'instant que Madame Royal ! Si elle devient présidente, nul doûte qu'elle apprendra vite a tourner deux fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

    Quand au fond, il est évident que l'état d'incertitude sur le statut du Québec est depuis des années une hypothèque sur la politique française. Qu'on le veuille ou non, le Québec est bien trop important pour qu'on s'en désintéresse, et pas seulement dans la sphère politique. Art, économie, écologie, nouvelles technologies et même idées traversent l'Atlantique d'Est en Ouest autant que d'Ouest en Est. Par exemple, qui dit que le concept d'accommodement raisonnable n'inspirera pas le législateur français voire européen ?. La nation québécoise provisoirement-définitivement canadienne minimise il me semble son influence dans le Monde. Via la France, c'est toute l'Europe plus sa périphérie proche (je pense à l'Afrique) qui peut être influencée par une vision du monde québécoise-canadienne, canadienne-québécoise ou canadienne- et-québécoise.

    Vu de France il semblerait que la revendication traditionnelle des deux nations fondatrices du Canada ait été reconnue symboliquement par le canada anglais. Depuis M. Harper, le Québec n'est plus une province comme les 9 autres. So what does Quebec wants exactly ???? »

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