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Les psychiatres s'insurgent

La pédopsychiatrie souffre déjà du plan Couillard

Robert Dutrisac   15 janvier 2007  Québec
Québec — Les psychiatres s'insurgent contre le démantèlement des équipes spécialisées des deuxième et troisième lignes au profit de la première que prévoit le plan d'action en santé mentale présenté par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. «On nous a dit pouvoir transférer 100 000 de nos patients [sur 170 000] — les patients stabilisés — vers la première ligne. Ça nous apparaît tout à fait irréaliste. Ça nous inquiète beaucoup pour nos patients», a fait valoir au Devoir le docteur Brian Bexton, président de l'Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) et psychiatre au pavillon Albert-Prévost de l'hôpital Sacré-Coeur, à Montréal. Ce plan d'action, qui vise à améliorer l'accessibilité aux soins en santé mentale, est «un mirage», estime-t-il.

Annoncé en juin 2005, le plan d'action gouvernemental prévoit le transfert d'une partie des équipes entourant les psychiatres — psychologues, infirmières spécialisées, travailleurs sociaux — vers les Centres de santé et de services sociaux (CSSS) qui les mettront à la disposition de la première ligne et des médecins généralistes. À Montréal, cette réorganisation demeure encore un projet sur papier: les premiers transferts de personnel sont prévus pour l'automne 2007 au plus tôt. À Québec, toutefois, l'Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale nationale a déjà ordonné le transfert du tiers des équipes du Centre de pédopsychiatrie du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) — l'Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur-de-Jésus de Québec — vers les CSSS et la première ligne.

Pour le Centre de pédopsychiatrie du CHUQ, il s'agit d'une compression de près de un million, soit environ le sixième de son budget annuel. Le centre perd cinq infirmières, cinq psychologues, un éducateur spécialisé et un travailleur social, soit 40 % de son personnel infirmier et 35 % de ses professionnels. Dans une lettre envoyée au conseil d'administration et au Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CHUQ à la mi-décembre, les pédopsychiatres et omnipraticiens du centre rappellent que ce transfert aura «un impact pervers sur l'accès aux services spécialisés de pédopsychiatrie et sur l'accès aux traitements spécialisés pour les jeunes avec des troubles mentaux sévères».

«En pédopsychiatrie, c'est très dramatique, car ce sont des services qui sont peu développés au Québec» et qui ne respectent pas les normes nord-américaines, a souligné le docteur Marie Plante, pédopsychiatre au Centre de pédopsychiatrie du CHUQ. Les services actuels sont «précaires» et il y a une pénurie de pédopsychiatres.

Les conséquences des transferts seront aussi néfastes pour les services destinés aux adultes, croit le docteur Bexton. «Avec les coupures majeures de ressources professionnelles ayant les compétences de deuxième et troisième ligne, l'accès aux services spécialisés ne pourra être amélioré car les psychiatres seront sans équipe multidisciplinaire», écrivait-il dans une lettre envoyée l'an dernier au ministre Couillard. Le président de l'AMPQ ne croit pas que le renforcement de la première ligne doive se faire au détriment des services de deuxième et troisième ligne.

«C'est déjà difficile d'avoir un médecin de famille pour nos patients, alors on voit mal comment on pourra leur transférer nos patients», a fait observer le docteur Bexton. Il a rappelé qu'au Québec, il manque 800 médecins généralistes à l'heure actuelle. Si les pédopsychiatres transféraient 60 % de leurs patients à des médecins de familles, comme on le conçoit au ministère, toute la cohorte des 50 nouveaux omnipraticiens qui s'ajoutent cette année au Québec devrait se consacrer exclusivement au suivi de patients psychiatriques, et ce sur l'île de Montréal seulement, a avancé le docteur Bexton.

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on appuie le plan d'action du ministre Couillard. «Est-ce que la concentration en deuxième et troisième ligne est encore la façon de faire en 2007? Il faut faire les choses autrement», estime le docteur Jean Rodrigue, de la FMOQ. Certes, il y a lieu d'être prudent. «Il faut respecter le plus possible le lien thérapeutique» entre le patient, le psychiatrie et les professionnels, a-t-il prévenu. Et comme le soutiennent les psychiatres, le plan d'action de ministre ne change rien au manque de ressources financières.

Le docteur Rodrigue a rappelé que le suivi de patients en santé mentale n'est pas une activité nouvelle pour les médecins de famille. Mais pour les patients d'un omnipraticien traitant, l'accès au psychiatre «n'est pas simple» et il faut souvent passer par l'urgence, a-t-il signalé.

Il ne s'agit pas de développer un service de première ligne exclusivement pour la santé mentale, mais de permettre aux médecins de famille de s'occuper davantage des personnes qui souffrent de troubles mentaux en fournissant à ces généralistes des ressources dans les CSSS à proximité. Le docteur Rodrigue estime qu'il est «plus logique» de fournir des services «plus proches du milieu de vie des gens».
 
 
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  • Claude Stordeur
    Abonné
    lundi 15 janvier 2007 11h12
    Un autre mirage Couillard
    Comme tout ce qui touche a la santé touche aux élections futur, le magicien Couillard transforme les corridors d'urgence en dortoirs microbiens et dit que les gens qui sont des malades des idées sont des malades imaginaires.... Pi souvent y vote pas en plus...

  • alain tremblay
    Inscrit
    lundi 15 janvier 2007 14h51
    médecine de brousse - quand on veut confier au communautaire un rôle curatif
    Ayant travaillé dans un organisme qui offre des services d'entraide et d'information en santé mentale, j'ai constaté qu'une grande proportion des personnes qui viennent demander de l'aide n'ont tout simplement pas accès aux soins que nécessite leur condition.

    Il existe un bon nombre d'organismes communautaires, normalement issus des besoins de la clientèle, qui sont sous financés et qui ne peuvent avoir pour mission de compenser, ou de repondre aux besoins des personnes dont l'État n'a pu s'occuper. Lorsqu'une personne n'est pas stabilisée correctement par un suivi, une thérapie ou une médication, il est bien difficile pour elle et pour les autres, de vivre une dynamique efficace de groupe de soutien, de loisir ou de milieu de vie. Autrement dit, le soutien, ce n'est pas le curatif.

    S'investir en santé mentale dans le domaine communautaire, même comme travailleur, c'est un geste de coeur. Nécessairement, parce que c'est mal payé. Sans oublier que la majeure partie des ressources sont bénévoles.

    Se pourrait-il qu'une grande partie de la solution à l'énigme, provienne de la reconnaissance du rôle que peuvent jouer les autres professionnels ( c-a-d les non psychiatres ) et les bénévoles. Et quand je dis reconnaître, ce n'est pas un transfert de responsabilité simple. Ca veut dire de soutenir, financièrement et techniquement, la capacité à assumer les tâches qu'on veut leur confier.

    Un exemple flagrant est le nombre de téléphones d'intervenants en clsc ( feu les clsc ) qui tentaient de nous " referer " des personnes le vendredi après-midi ou bien juste avant les vacances, question de pouvoir vider la pile de dossiers.

    Je suis parti de ce domaine parce que je n'en pouvais plus de recevoir des personnes atteintes, et d'avoir comme demande de "patcher" par le soutien, ce qui n'a pas été correctement fait au niveau curatif. J'ose croire qu'au niveau ministeriel on comprend cet enjeu, .. mais je ne le crois pas.

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