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Les péquistes s'affairent à resserrer les rangs - Partir ou rester ?

La démission de Paul Bégin n'augure pas une désaffection des «purs et durs» du PQ

Robert Dutrisac   2 novembre 2002  Québec
Personne ne prédit une situation comme celle de 1984 alors que 12 ministres avaient quitté le Cabinet lorsque René Lévesque avait pris le «beau risque».
Photo : La Presse canadienne (photo)
Personne ne prédit une situation comme celle de 1984 alors que 12 ministres avaient quitté le Cabinet lorsque René Lévesque avait pris le «beau risque».
Québec - La démission de Paul Bégin entraînera-t-elle dans son sillon d'autres départs de «purs et durs», comme le craint le ministre des Transports et nouveau ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard? Il semble bien que non puisque les péquistes s'affairent surtout à resserrer les rangs pour éviter que le Parti québécois ne soit rayé de la carte et que l'option souverainiste ne tombe dans les limbes.

Même au sein de l'exécutif de Louis-Hébert, la circonscription de Paul Bégin, pourtant formé de tenants de la ligne dure, on juge très sévèrement l'ex-ministre de la Justice pour sa démission fracassante. «M. Bégin est très isolé dans son mouvement», estime le vice-président de l'exécutif de Louis-Hébert, Richard Ouellet. Du noyau d'une quinzaine de militants très actifs de Louis-Hébert, une militante seulement est prête à suivre son exemple et à démissionner du PQ. «Il n'a pas eu le bon réflexe. Pas du tout», estime M. Ouellet.

Depuis sa démission, Paul Bégin se terre. Non seulement il ne répond pas aux appels des journalistes, ce qui peut se comprendre, mais il refuse, aussi carrément, de parler aux membres de l'exécutif de son comté. Un manque de respect aux yeux de ces militants. «On en a conclu qu'on ne faisait plus partie de ses plans», déplore M. Ouellet, qui souligne l'ambiguïté du statut de M. Bégin, à la fois député indépendant et membre du PQ.

Pourtant, au dernier conseil national du PQ de septembre, les péquistes de Louis-Hébert avaient présenté une résolution pour que le PQ s'engage à tenir un référendum dans les deux ans suivant sa réélection. Cette proposition fut déposée. «M. Bégin a raison sur la question de fond. Nous sommes des tenants de la ligne dure, mais, nous, nous acceptons de perdre sur les parquets des conseils nationaux», a dit M. Ouellet. «Notre cheval, c'est le Parti québécois. Et nous ne perdrons pas notre temps à créer un autre parti souverainiste.»

Avec d'autres indépendantistes de la première heure comme Fernand Daoust et Jean-Marc Léger mais aussi le jeune Guillaume Ducharme, ex-président du Comité des jeunes du PQ, Yves Michaud est en train d'écrire «le manifeste de l'Union sacrée de tous les indépendantistes». M. Michaud, qui ne recule devant aucun rapprochement historique, a pris «l'exemple de Jaurès en 1914», ce socialiste et pacifiste français qui a appuyé le gouvernement de droite devant l'imminence de la guerre.

Ce manifeste, qui sera rendu public avant le prochain conseil national du PQ à la fin novembre, établira «un nouveau de contrat de confiance» entre le parti et le gouvernement. «Le parti n'est pas le paillasson de l'aile parlementaire», affirme M. Michaud.

«Il y a péril en la demeure», de poursuivre M. Michaud. Il faut «battre le rappel» des troupes. Les péquistes doivent maintenant taire leurs divergences et leurs chicanes. La division des souverainistes est déjà une réalité: la moitié d'entre eux appuient l'ADQ, rappelle-t-il.

Ralliement

Associé à l'aile radicale du PQ, Luc Thériault, le président de Montréal-Ville-Marie et aspirant candidat dans Masson, croit que Bernard Landry, avec ses 1000 jours pour réaliser la souveraineté, a rallié la plupart des péquistes «de la tendance Jacques Parizeau» lors du dernier conseil national. Selon M. Thériault, le PQ est sorti de l'ère Bouchard: Bernard Landry a vraiment mis le cap sur la souveraineté. Il aurait même confondu les sceptiques. «Depuis M. Parizeau, il ne s'était rien passé d'aussi clair que ça», fait-il valoir.

Pour Pascal Bérubé, le président du Comité national des jeunes du PQ (CNJ) et prochain candidat péquiste dans Matane, le plan de match du PQ tient compte de la réalité politique. «Il y aura un référendum quand les gens le souhaiteront, pas quand les purs et durs le souhaiteront», avance-t-il. Le CNJ propose d'ailleurs que la tenue du prochain référendum soit décidée par initiative populaire, soumise à l'exigence d'un très large appui qui nécessiterait une profonde mobilisation de la population.

Dans une large mesure, la démission de M. Bégin serait une erreur d'intendance, prétendent certains, et elle a été causée avant tout par le dossier des procureurs. L'entourage du premier ministre est montré du doigt. Brassard, Chevrette et Bégin, ça fait extrêmement mal, constate-t-on. «Le problème de Bernard Landry, c'est qu'il s'est entouré de ses amis», juge-t-on.

Pour la première vice-présidente du PQ, Marie Malavoy, il existe une anxiété, une inquiétude au sein des troupes péquistes qui a joué un rôle de «précipitant» dans la démission de Paul Bégin. «On a peu de temps devant nous, ça crée une tension», dit-elle.

Cohésion dans l'adversité

Mais le PQ ne vit pas de «déchirement»: il ne risque pas l'éclatement comme en 1984 alors que 12 ministres, dont Jacques Parizeau et Camille Laurin, quittaient le cabinet de René Lévesque quand ce dernier a pris le «beau risque», a rappelé Mme Malavoy. Le PQ retrouve une cohésion dans l'adversité, soutient-elle. Le parti bénéficie aujourd'hui d'appuis qu'il n'avait plus et qui découlent de la crainte qu'inspire aux électeurs progressistes l'Action démocratique du Québec. Ces gens «ont des inquiétudes par rapport à l'avenir du Québec. Si le Québec devenait une province qui rentre dans le rang, qui se met à voir des idées extrêmement conservatrices, nous, ça nous inquiète», indique-t-elle.

Au PQ, tout le monde partage la même analyse, qu'on s'appelle Paul Bégin, Yves Michaud, Luc Thériault, ou même Jacques Brassard. Les souverainistes ont délaissé en grand nombre le PQ pour l'ADQ: il s'agit maintenant de les faire revenir. Faut-il prendre l'engagement de tenir un référendum comme le veut Paul Bégin? L'ex-ministre Jacques Brassard n'en est pas sûr. Faut-il parler encore et encore de souveraineté comme le soutient Jacques Parizeau? «Depuis 1995, les Québécois ne sont plus à l'écoute», constate M. Brassard.

«Est-ce qu'on serait dans cette situation si Lucien Bouchard était resté?», se demande Jacques Brassard, qui répond par la négative. «Dans nos démocraties modernes, il faut que le chef de gouvernement soit aimé, il faut qu'il soit admiré. Malgré toutes ses qualités, ce n'est pas le cas de Bernard Landry», estime le ministre démissionnaire.

Malgré ces durs constats, aucune voix ne s'élève pour contester le leadership de M. Landry et demander sa tête. «Je pense que c'est le bon chef», résume Richard Ouellet.
Personne ne prédit une situation comme celle de 1984 alors que 12 ministres avaient quitté le Cabinet lorsque René Lévesque avait pris le «beau risque». Au Conseil national du PQ de janvier dernier, le torchon brûlait déjà.
 
 
 
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