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Les libéraux ressassent le passé de Boisclair

Antoine Robitaille   13 décembre 2006  Québec
Québec — Plus la campagne électorale approche, plus les allusions au passé gênant du chef de l'opposition André Boisclair se multiplient à l'Assemblée nationale. Hier encore, le premier ministre, le leader du gouvernement et nombre de députés libéraux s'y sont adonnés, alors que le débat faisait rage à propos du bâillon qu'ils venaient d'imposer.

«Dans la formulation de sa question qui lui a pris bien du temps, il [M. Boisclair] nous a fait la démonstration de son problème de maturité et de jugement», a lancé le premier ministre hier, s'attirant un avertissement de la présidence, qui a jugé ses propos «blessants». Depuis quelque temps, lorsqu'il parle de son vis-à-vis, et à tout propos (pas seulement au sujet de la parodie de Brockeback Mountain), le premier ministre revient toujours sur ce thème de la «maturité» et du «jugement». La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, lance régulièrement en pleine assemblée des «Manque de maturité!» et a d'ailleurs été avertie par le président Michel Bissonnet hier.

Outré, André Boisclair a répliqué au premier ministre: «Ce n'est pas moi qui ai appelé un juge quand j'étais ministre», allusion à une erreur que Jean Charest a faite en 1989 lorsqu'il était ministre du Sport de Brian Mulroney, geste qui lui avait coûté son poste. «Quand on habite une maison de verre, on fait attention à ce qu'on lance», a alors rétorqué le leader du gouvernement, Jacques Dupuis. Des députés libéraux, dont Vincent Auclair, de Vimont, se sont alors joints au concert d'invectives, lesquelles n'ont pas été captées par les micros de l'Assemblée: «Il y en a qui ont fait pire comme ministre» et «Il y en a qui ne sont pas blancs comme neige». À ce moment-là, le leader adjoint et ministre de l'Environnement, Claude Béchard, a multiplié les signes aux députés libéraux afin qu'ils fassent preuve de retenue.

Lors d'une période de questions la semaine dernière, le premier ministre avait évoqué le passé de fêtard de M. Boisclair: «Ça paraît qu'on est dans les lendemains de partys de Noël [...]. Le chef de l'opposition officielle est un petit peu mêlé ce matin, peut-être juste un petit peu confus.» Le même jour, M. Dupuis, aussi ministre de la Sécurité publique et donc responsable de la Sûreté du Québec, était allé un peu plus loin. Après qu'André Boisclair eut remis en question l'intégrité de Jean Charest, il avait rétorqué: «Sur la qualité de l'information qui est transmise au public, le chef de l'opposition devrait faire un examen de conscience [...] sur des informations qu'il a transmises à son sujet au public il y a quelques mois.» Le lendemain, alors que M. Boisclair venait d'affirmer que M. Charest n'avait pas été capable de dire «toute la vérité» à propos du prix de l'essence, M. Dupuis avait répondu: «L'a-t-il dite, lui, toute la vérité aux Québécois?»

Le bureau de M. Boisclair a refusé de commenter ces attaques hier. Interrogée à ce propos, la leader de l'opposition, Diane Lemieux, a expliqué que c'était là une stratégie d'évitement de la part de MM. Charest et Dupuis: «Comment ça se fait qu'ils ne sont pas capables de nous répondre sur le fond des choses, puis qu'ils font des allusions à je ne sais quoi? [...] Un peu de hauteur, un peu de dignité», a-t-elle réclamé.

Par ailleurs, Mme Lemieux a dénoncé hier l'attitude de «paresse» du gouvernement, qui impose le bâillon un 12 décembre. Celui-ci survient plus tôt que d'habitude («18 ou 19 décembre», a-t-elle noté) sur quatre projets de loi: sur les heures d'ouverture des commerces, sur la forêt, sur la place du privé en santé et sur la stratégie énergétique. Ajoutant aux rumeurs d'élections rapides au printemps, elle a aussi souligné que M. Charest a convoqué ses ministres pour le 8 janvier, ce qui indique qu'il «semble vouloir se donner un espace» pour un déclenchement éventuel.

La motion d'hier a été vertement contestée par l'opposition. Pour M. Boisclair, les libéraux se comportent «comme s'ils étaient propriétaires de l'Assemblée nationale». Se montrant virulent en Chambre, il a tenté de qualifier le premier ministre en contournant le règlement de l'Assemblée: «Il y a un mot qui me vient à l'esprit. Je ne peux pas le prononcer, mais il commence par un "m", il finit par un "r", puis il y a un "e", un "n", un "t", un "e", un "u" entre les deux.» Des propos qu'il a dû retirer.

La motion ne met pas fin tout de suite aux travaux parlementaires, puisque d'autres projets de loi jugés «non litigieux» par le gouvernement pourront être adoptés d'ici la clôture, demain ou vendredi. Mme Lemieux estime que le gouvernement, en employant cette procédure, escamote un travail législatif important: «Les députés ne sont pas des plantes vertes!»

Le «bâillon» est critiqué depuis longtemps. En juin 2000, le député de Saint-Laurent Jacques Dupuis — aujourd'hui vice-premier ministre, leader du gouvernement et donc responsable du bâillon d'hier — en était un des plus farouches contempteurs: «La motion de censure, c'est l'arme dont le premier ministre a décidé de se munir aujourd'hui pour faire taire ceux qu'il ne contrôle pas [...]. [Il] n'a pas réalisé que, ce faisant, il fait taire la population du Québec [...] qui est intéressée par les projets de loi que le gouvernement veut faire adopter dans le bâillon.»

L'année suivante, en 2001, le gouvernement du PQ, sous l'impulsion de Jean-Pierre Charbonneau et avec l'accord de l'opposition libérale, avait édicté des règles temporaires pour encadrer et limiter son utilisation. Le gouvernement ne pouvait alors invoquer qu'un seul bâillon par loi. Une fois arrivés au pouvoir, les libéraux se sont débarrassés de cette nouvelle règle. Elle se trouve dans des propositions de réforme de M. Dupuis déposées en juin 2004, mais celles-ci n'ont pas encore été adoptées.






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Vos réactions

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  • John Hogan
    Inscrite
    mercredi 13 décembre 2006 06h21
    Un jeu dangereux
    « L'opinion publique avait fort mal réagi lorsque la meute journalistique croyait unanimement avoir déterré un os juteux à ronger avec le passé de Boisclair. Les Libéraux font pires, les attaques personnelles ont pour objectif de faire taire l'opposition en humiliant. La réaction des Québécois pourrait être très sévère.

    Les Péquistes ont bien réagi, l'arrachage de chemise devant les micros est nuisible. Dans la mesure où les Libéraux ont l'intention de faire de ses insinuations un argument électoral non dit pour salir l'adversaire il pourrait bien leur en coûter des point de pourcentage lors du prochain scrutin. »

  • Gemma Lajeunesse
    Inscrite
    mercredi 13 décembre 2006 07h49
    Le passé de Mr. Boisclair
    « Nous avons des incapables au pouvoir et nous avons été inconscients en élisant Boiclair comme chef d'opposition. Ce qui se passe à l'Assmblée nationale, fait penser à une classe de troisième année de petits futurs délinquants,sans avenir avec un professeur sans autorité.Vu de l'exérieur nos élus sont vus comme des gens sans éducation, des guignols.

    C'est triste de donner un tel exemple à nos jeunes d'une chose tellement importante l'administration et l'avenir d'un pays.

    G.H.L. »

  • Philippe Doyon
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 09h19
    Manque de classe
    « Vraiment, la mesquinerie et la médiocrité de ce gouvernement sont devenues légendaires. Je serais mal à l'aise d'être un député libéral qui fait du bon travail, car il y en a, bien sûr. Quand je pense qu'ils ont des chances d'être réélus après un tel règne de médiocrité, d'incompétence et de morosité. Quant à l'attitude générale des parlementaires, on réalise que les deux chefs ne sont pas de la trempe des Parizeau, Bourassa et Bouchard, qui savaient néanmoins se respecter entre eux. Vraiment, je suis convaincu que Pauline aurait été bien plus à la hauteur qu'André, elle qui a toujours été une dame de contenu. Fort dommage.

    Philippe D. »

  • Marie-France Gévry
    Inscrite
    mercredi 13 décembre 2006 09h56
    Le gros bon sens manque au parti libéral
    « Pas besoin d'être péquiste pour en juger, décidemment les libéraux ont manqué quelques régles de base à la petite école. On peut s'attaquer aux idées d'une personne de façon barbare, ça peut toujours passer... mais s'attaquer directement à une personne et la descendre pour mieux camoufler ses gestes vénimeux, ça, ça ne passe pas du tout. Et pourtant, ça commençait à mieux aller pour le PLQ. On voit maintenant que rien n'a changé. En revenant sur le passé de Boisclair, le parti libéral montre qu'il manque de sagesse et qu'il opte plutôt pour des stratégies faciles et mesquines. On est revenu en arrière. »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    mercredi 13 décembre 2006 11h34
    Encore quelques lunes...
    « C'est effectivement un jeu très dangereux que joue actuellement le gouvernement libéral de Monsieur Jean Charest, cela ressemble diablement à du harcèlement!

    C'est à se demander qui manque vraiment de maturité dans ce Parlement... le chef de l'opposition ou ce tourmenteur de Premier Ministre qui pense faire des gains électoraux par ses allusions mesquines et surtout déplacées, allusions qui risquent fort bien de se retourner contre lui avec comme conséquence électorale de le retrouver «Gros Jean comme devant» (cf. la fable de Lafontaine) dans quelques lunaisons?

    Présentement en mode de séduction, le gouvernement libéral de Monsieur Jean Charest (« faut le faire en p'tit vite!, les dossiers stagnent, les promoteurs du Mont Orford trépignent tandis que les investisseurs des moulins à vents donquichottesque pancanadiens attendent leur tour «pour faire de l'argent»...), sous des dehors de libéralités et de promesses virtuelles, conditionnelles et hypothétiques (je pense entre autres à l'autoroute 20 et aux ventilateurs à oiseaux migrateurs que l'on cherche à tout prix à implanter n'importe où et n'importe comment en régions) espère bien arracher la prochaine élection.

    Et ce n'est pas gagner d'avance... la population québécoise n'oublie aucunement les coups forcés de ce présent gouvernement et ce n'est sûrement pas en attaquant méchamment par des allusions évasives le chef de l'opposition, faute avouée et expliquée, faudra-t-il toujours le répéter..., que ce gouvernement gagnera la confiance déjà ébranlée des citoyens.

    Que de problèmes et de maux... surtout environnementaux et sociétaux nous attendent si nous reconduisons encore ce gouvernement pour quatre autres interminables années, gouvernement aux nombreux compagnonnages et à si peu d'entendement...

    Encore quelques lunes et des soupirs... »

  • Claude Picard
    Inscrit
    mercredi 13 décembre 2006 13h33
    Une véritable comédie
    « Il est inaceptable que l'on doive encore subir ces manipulations de politicailleux digne des périodes noires au Québec pour faire passer en douce des projets de lois qui n'ont aucune légitimité en démocratie. Cela nous rappelle que l'on devra juger sévèrement ce gouvernement qui se comporte comme une dictature élue pour quatre ans. »

  • Pascal Gagné
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 13h34
    Assez des commérages
    « Je suis un jeune citoyen frustré des enfantillages politiques. Je me fous de ce qu'à déjà fait André Boisclair et des insultes qu'il adresse aux libéraux. J'aimerais que les membres de l'organisation politique puissent enfin se concentrer sur leur travail et bâtir des campagnes électorales émulatives au lieu de se «bitcher».

    Je comprends Boisclair d'en vouloir au libéraux. Je comprends les Libéraux d'en vouloir à Boisclair pour son manque de respect. Je voudrais simplement que nous politiciens travaillent un peu dans la chambre des communes. Où du moins, qu'on ait l'impression qu'ils le fassent dans les médias. »

  • Charles F. Labrecque
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 16h42
    Juges
    « Il est vraie que monsieur Jean Charest a communiqué avec un juge. peut-être que monsieur Boiclaire aurait du, lui rencontrer un Juge. Comme le passé est toujours présent.
    Charles F Labrecque
    Chsfl@videotron.ca »

  • Robert Henri
    Inscrit
    mercredi 13 décembre 2006 19h36
    Les Pires
    « Nous sommes vraiment malpris... Voici le pire des premiers-ministres québécois de tous les temps qui se chamaille avec le pire chef du PQ de tous les temps. Le peuple de la Nation québécoise en souffrira encore et encore...

    Vous êtes élus pour gouverner les gars, pas pour jouer ; qui sera le gagnant de la ligue d'improvisation... »

  • Denis Foster
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 19h54
    Encore et encore
    « Si j'utilisais le même genre de discours dans mon entreprise, j'aurais à faire face à de sévères sanctions alors à quand la véritable maturité? »

  • Gilles Ouimet
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 21h03
    On a encore rien vu
    « Si les libéraux s'attaquent autant au passé d'André Boisclair, c'est probablement pour ne pas avoir à envisager leur propre présent. Avec un bilan aussi médiocre, il est normal que l'on veuille faire diversion même au prix d'un manque de «fair play» aussi flagrant. Je ne sais pas si l'arroseur sera arrosé mais une chose est certaine.

    Cela ressemble beaucoup à une stratégie que l'on teste à la veille des élections et si le parti libéral évalue que ce comportement peut rapporter des dividendes, on peut s'attendre au pire. C'est de la politique à l'américaine dans ce qu'elle a de plus méprisable.

    Gilles Ouimet »

  • Michel Bourgault
    Abonné
    mercredi 13 décembre 2006 21h42
    Je me souviendrai
    « Le comportement de plusieurs députés en chambre, qui s'attaquent aux personnes plutôt qu'à leurs idées ou leurs arguments, y inclus le Premier ministre et le chef de l'opposition, me donne à réfléchir à qui je dois donner ma confiance aux prochaines élections. La population n'est pas dupe. Il est temps de faire un peu le ménage et d'essayer des candidats moins usés par le pouvoir, je parle de ceux de Québec Solidaire.

    Michel Bourgault »

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