Les libéraux ressassent le passé de Boisclair
Québec — Plus la campagne électorale approche, plus les allusions au passé gênant du chef de l'opposition André Boisclair se multiplient à l'Assemblée nationale. Hier encore, le premier ministre, le leader du gouvernement et nombre de députés libéraux s'y sont adonnés, alors que le débat faisait rage à propos du bâillon qu'ils venaient d'imposer.
«Dans la formulation de sa question qui lui a pris bien du temps, il [M. Boisclair] nous a fait la démonstration de son problème de maturité et de jugement», a lancé le premier ministre hier, s'attirant un avertissement de la présidence, qui a jugé ses propos «blessants». Depuis quelque temps, lorsqu'il parle de son vis-à-vis, et à tout propos (pas seulement au sujet de la parodie de Brockeback Mountain), le premier ministre revient toujours sur ce thème de la «maturité» et du «jugement». La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, lance régulièrement en pleine assemblée des «Manque de maturité!» et a d'ailleurs été avertie par le président Michel Bissonnet hier.
Outré, André Boisclair a répliqué au premier ministre: «Ce n'est pas moi qui ai appelé un juge quand j'étais ministre», allusion à une erreur que Jean Charest a faite en 1989 lorsqu'il était ministre du Sport de Brian Mulroney, geste qui lui avait coûté son poste. «Quand on habite une maison de verre, on fait attention à ce qu'on lance», a alors rétorqué le leader du gouvernement, Jacques Dupuis. Des députés libéraux, dont Vincent Auclair, de Vimont, se sont alors joints au concert d'invectives, lesquelles n'ont pas été captées par les micros de l'Assemblée: «Il y en a qui ont fait pire comme ministre» et «Il y en a qui ne sont pas blancs comme neige». À ce moment-là, le leader adjoint et ministre de l'Environnement, Claude Béchard, a multiplié les signes aux députés libéraux afin qu'ils fassent preuve de retenue.
Lors d'une période de questions la semaine dernière, le premier ministre avait évoqué le passé de fêtard de M. Boisclair: «Ça paraît qu'on est dans les lendemains de partys de Noël [...]. Le chef de l'opposition officielle est un petit peu mêlé ce matin, peut-être juste un petit peu confus.» Le même jour, M. Dupuis, aussi ministre de la Sécurité publique et donc responsable de la Sûreté du Québec, était allé un peu plus loin. Après qu'André Boisclair eut remis en question l'intégrité de Jean Charest, il avait rétorqué: «Sur la qualité de l'information qui est transmise au public, le chef de l'opposition devrait faire un examen de conscience [...] sur des informations qu'il a transmises à son sujet au public il y a quelques mois.» Le lendemain, alors que M. Boisclair venait d'affirmer que M. Charest n'avait pas été capable de dire «toute la vérité» à propos du prix de l'essence, M. Dupuis avait répondu: «L'a-t-il dite, lui, toute la vérité aux Québécois?»
Le bureau de M. Boisclair a refusé de commenter ces attaques hier. Interrogée à ce propos, la leader de l'opposition, Diane Lemieux, a expliqué que c'était là une stratégie d'évitement de la part de MM. Charest et Dupuis: «Comment ça se fait qu'ils ne sont pas capables de nous répondre sur le fond des choses, puis qu'ils font des allusions à je ne sais quoi? [...] Un peu de hauteur, un peu de dignité», a-t-elle réclamé.
Par ailleurs, Mme Lemieux a dénoncé hier l'attitude de «paresse» du gouvernement, qui impose le bâillon un 12 décembre. Celui-ci survient plus tôt que d'habitude («18 ou 19 décembre», a-t-elle noté) sur quatre projets de loi: sur les heures d'ouverture des commerces, sur la forêt, sur la place du privé en santé et sur la stratégie énergétique. Ajoutant aux rumeurs d'élections rapides au printemps, elle a aussi souligné que M. Charest a convoqué ses ministres pour le 8 janvier, ce qui indique qu'il «semble vouloir se donner un espace» pour un déclenchement éventuel.
La motion d'hier a été vertement contestée par l'opposition. Pour M. Boisclair, les libéraux se comportent «comme s'ils étaient propriétaires de l'Assemblée nationale». Se montrant virulent en Chambre, il a tenté de qualifier le premier ministre en contournant le règlement de l'Assemblée: «Il y a un mot qui me vient à l'esprit. Je ne peux pas le prononcer, mais il commence par un "m", il finit par un "r", puis il y a un "e", un "n", un "t", un "e", un "u" entre les deux.» Des propos qu'il a dû retirer.
La motion ne met pas fin tout de suite aux travaux parlementaires, puisque d'autres projets de loi jugés «non litigieux» par le gouvernement pourront être adoptés d'ici la clôture, demain ou vendredi. Mme Lemieux estime que le gouvernement, en employant cette procédure, escamote un travail législatif important: «Les députés ne sont pas des plantes vertes!»
Le «bâillon» est critiqué depuis longtemps. En juin 2000, le député de Saint-Laurent Jacques Dupuis — aujourd'hui vice-premier ministre, leader du gouvernement et donc responsable du bâillon d'hier — en était un des plus farouches contempteurs: «La motion de censure, c'est l'arme dont le premier ministre a décidé de se munir aujourd'hui pour faire taire ceux qu'il ne contrôle pas [...]. [Il] n'a pas réalisé que, ce faisant, il fait taire la population du Québec [...] qui est intéressée par les projets de loi que le gouvernement veut faire adopter dans le bâillon.»
L'année suivante, en 2001, le gouvernement du PQ, sous l'impulsion de Jean-Pierre Charbonneau et avec l'accord de l'opposition libérale, avait édicté des règles temporaires pour encadrer et limiter son utilisation. Le gouvernement ne pouvait alors invoquer qu'un seul bâillon par loi. Une fois arrivés au pouvoir, les libéraux se sont débarrassés de cette nouvelle règle. Elle se trouve dans des propositions de réforme de M. Dupuis déposées en juin 2004, mais celles-ci n'ont pas encore été adoptées.
«Dans la formulation de sa question qui lui a pris bien du temps, il [M. Boisclair] nous a fait la démonstration de son problème de maturité et de jugement», a lancé le premier ministre hier, s'attirant un avertissement de la présidence, qui a jugé ses propos «blessants». Depuis quelque temps, lorsqu'il parle de son vis-à-vis, et à tout propos (pas seulement au sujet de la parodie de Brockeback Mountain), le premier ministre revient toujours sur ce thème de la «maturité» et du «jugement». La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, lance régulièrement en pleine assemblée des «Manque de maturité!» et a d'ailleurs été avertie par le président Michel Bissonnet hier.
Outré, André Boisclair a répliqué au premier ministre: «Ce n'est pas moi qui ai appelé un juge quand j'étais ministre», allusion à une erreur que Jean Charest a faite en 1989 lorsqu'il était ministre du Sport de Brian Mulroney, geste qui lui avait coûté son poste. «Quand on habite une maison de verre, on fait attention à ce qu'on lance», a alors rétorqué le leader du gouvernement, Jacques Dupuis. Des députés libéraux, dont Vincent Auclair, de Vimont, se sont alors joints au concert d'invectives, lesquelles n'ont pas été captées par les micros de l'Assemblée: «Il y en a qui ont fait pire comme ministre» et «Il y en a qui ne sont pas blancs comme neige». À ce moment-là, le leader adjoint et ministre de l'Environnement, Claude Béchard, a multiplié les signes aux députés libéraux afin qu'ils fassent preuve de retenue.
Lors d'une période de questions la semaine dernière, le premier ministre avait évoqué le passé de fêtard de M. Boisclair: «Ça paraît qu'on est dans les lendemains de partys de Noël [...]. Le chef de l'opposition officielle est un petit peu mêlé ce matin, peut-être juste un petit peu confus.» Le même jour, M. Dupuis, aussi ministre de la Sécurité publique et donc responsable de la Sûreté du Québec, était allé un peu plus loin. Après qu'André Boisclair eut remis en question l'intégrité de Jean Charest, il avait rétorqué: «Sur la qualité de l'information qui est transmise au public, le chef de l'opposition devrait faire un examen de conscience [...] sur des informations qu'il a transmises à son sujet au public il y a quelques mois.» Le lendemain, alors que M. Boisclair venait d'affirmer que M. Charest n'avait pas été capable de dire «toute la vérité» à propos du prix de l'essence, M. Dupuis avait répondu: «L'a-t-il dite, lui, toute la vérité aux Québécois?»
Le bureau de M. Boisclair a refusé de commenter ces attaques hier. Interrogée à ce propos, la leader de l'opposition, Diane Lemieux, a expliqué que c'était là une stratégie d'évitement de la part de MM. Charest et Dupuis: «Comment ça se fait qu'ils ne sont pas capables de nous répondre sur le fond des choses, puis qu'ils font des allusions à je ne sais quoi? [...] Un peu de hauteur, un peu de dignité», a-t-elle réclamé.
Par ailleurs, Mme Lemieux a dénoncé hier l'attitude de «paresse» du gouvernement, qui impose le bâillon un 12 décembre. Celui-ci survient plus tôt que d'habitude («18 ou 19 décembre», a-t-elle noté) sur quatre projets de loi: sur les heures d'ouverture des commerces, sur la forêt, sur la place du privé en santé et sur la stratégie énergétique. Ajoutant aux rumeurs d'élections rapides au printemps, elle a aussi souligné que M. Charest a convoqué ses ministres pour le 8 janvier, ce qui indique qu'il «semble vouloir se donner un espace» pour un déclenchement éventuel.
La motion d'hier a été vertement contestée par l'opposition. Pour M. Boisclair, les libéraux se comportent «comme s'ils étaient propriétaires de l'Assemblée nationale». Se montrant virulent en Chambre, il a tenté de qualifier le premier ministre en contournant le règlement de l'Assemblée: «Il y a un mot qui me vient à l'esprit. Je ne peux pas le prononcer, mais il commence par un "m", il finit par un "r", puis il y a un "e", un "n", un "t", un "e", un "u" entre les deux.» Des propos qu'il a dû retirer.
La motion ne met pas fin tout de suite aux travaux parlementaires, puisque d'autres projets de loi jugés «non litigieux» par le gouvernement pourront être adoptés d'ici la clôture, demain ou vendredi. Mme Lemieux estime que le gouvernement, en employant cette procédure, escamote un travail législatif important: «Les députés ne sont pas des plantes vertes!»
Le «bâillon» est critiqué depuis longtemps. En juin 2000, le député de Saint-Laurent Jacques Dupuis — aujourd'hui vice-premier ministre, leader du gouvernement et donc responsable du bâillon d'hier — en était un des plus farouches contempteurs: «La motion de censure, c'est l'arme dont le premier ministre a décidé de se munir aujourd'hui pour faire taire ceux qu'il ne contrôle pas [...]. [Il] n'a pas réalisé que, ce faisant, il fait taire la population du Québec [...] qui est intéressée par les projets de loi que le gouvernement veut faire adopter dans le bâillon.»
L'année suivante, en 2001, le gouvernement du PQ, sous l'impulsion de Jean-Pierre Charbonneau et avec l'accord de l'opposition libérale, avait édicté des règles temporaires pour encadrer et limiter son utilisation. Le gouvernement ne pouvait alors invoquer qu'un seul bâillon par loi. Une fois arrivés au pouvoir, les libéraux se sont débarrassés de cette nouvelle règle. Elle se trouve dans des propositions de réforme de M. Dupuis déposées en juin 2004, mais celles-ci n'ont pas encore été adoptées.
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