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Libre-Opinion: Quand la reconnaissance ne suffit plus

12 décembre 2006  Québec
Samedi dernier, lors de la remise des prix Gémeaux, plusieurs d'entre nous étaient en nomination, et certains ont reçu un prestigieux trophée qui est en fait une marque de reconnaissance extraordinaire. Un geste qui fait toujours chaud au coeur de ceux qui le reçoivent ainsi que de ceux qui admirent leur travail. À cette occasion, nous avons été plusieurs à exprimer l'agacement qui gagne de plus en plus les artistes, en levant le voile sur la situation injuste subie par la grande majorité d'entre nous, et qui semble malheureusement devenue la norme dans le monde du film et de la télévision.

Cette situation est le fruit de l'évolution de deux réalités contradictoires: le succès commercial grandissant des oeuvres québécoises et la stagnation de la rétribution versée aux artistes.

L'industrie québécoise du cinéma et de la télévision se porte mieux que jamais et les perspectives sont excellentes. Toutefois, les fruits ne sont pas partagés équitablement aux yeux des artistes dont la rémunération n'a à peu près pas évolué, contrairement à la multiplication des sources de revenus dont profitent les producteurs, les diffuseurs et les distributeurs. Cette iniquité est injustifiable, et nous serons de plus en plus nombreux à la dénoncer.

Des succès dont nous ne profitons pas

Les oeuvres québécoises à succès ne sont plus des phénomènes d'exception. Nos succès ne sont plus seulement d'estime; ils sont devenus des succès économiques. En 2005, le volume d'affaires de l'industrie québécoise du cinéma et de la télévision se chiffrait à 4 milliards. Les deux grands diffuseurs, Quebecor Média et Astral Média, affichent un bénéfice d'exploitation (le ratio des bénéfices sur les revenus) qui dépasse les 25 %, une performance remarquable tous secteurs d'activité économique confondus. Ces deux entreprises, les plus rentables au Canada dans le domaine, sont d'ailleurs québécoises.

Ainsi, non seulement l'industrie culturelle québécoise affiche une vitalité financière sans précédent grâce à ses succès commerciaux et à la diversification de ses sources de revenus, mais elle est de plus appelée à se développer par l'arrivée de nouveaux moyens de diffusion que constituent, par exemple, les contrats de distribution à l'étranger, la vente et la location des oeuvres actuelles ou reprises en DVD ainsi que les produits dérivés et les promotions qui y sont rattachés. C'est sans parler des modes de diffusion émergents comme Internet, la baladodiffusion (podcasting) ou le cellulaire.

Bref, les revenus atteignent des sommets, certains s'enrichissent significativement, mais les artistes, eux, doivent se contenter d'une rétribution équivalente à ce qu'elle était il y a 10 ans!

En effet, les habitudes de consommation des oeuvres cinématographiques et télévisuelles sont en constante évolution, comme les sources de revenus de l'industrie. De plus en plus, la population achète ou loue vidéocassettes et DVD ou encore profite de la télévision numérique pour regarder ces oeuvres en les commandant au moment où elle souhaite les regarder. Alors que les diffuseurs et les distributeurs tirent profit de revenus en forte croissance provenant des nouveaux modes de diffusion, les artistes, eux, ne profitent pas des succès qu'ils génèrent.

Il y a dix ans, il s'agissait d'une forme de redistribution tolérable. Le marché de la location ou de la vente (vidéocassettes ou DVD) était encore considéré comme marginal et les autres moyens de diffusion n'existaient pas. Nul ne pouvait prévoir à ce moment-là que le marché de la location et de la vente d'oeuvres (par DVD ou télé numérique) prendrait le dessus sur le marché initial (télévision et cinéma).

Notre jeu vaut plus que la chandelle!

Les comédiennes et les comédiens donnent vie aux oeuvres toujours avec la même passion, mais les profits continuent de s'accumuler pour les autres, en particulier les distributeurs et les diffuseurs.

Dans cet univers qui change et où les profits s'engrangent, seuls les revenus des artistes sont demeurés les mêmes. Cette situation est intenable. En associant leur image à l'oeuvre, les comédiennes et les comédiens participent concrètement au risque inhérent à toute production de cinéma ou de télévision. Il nous apparaît normal qu'ils participent aussi aux revenus découlant de leur commercialisation.

***

Pierre Curzi, président, Raymond Legault, premier vice-président, et Katerine Mousseau, trésorière, de l'Union des artistes, avec Christian Bégin, Vincent Bilodeau, Louise Bombardier, Hélène Bourgeois-Leclerc, Germain Houde, Michel Laperrière, Sylvie Moreau, François Papineau et Danielle Proulx






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