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Qui est responsable ?

Jean-Robert Sansfaçon   9 novembre 2006  Québec
Contracter une maladie sur son lit d'hôpital est l'incident le plus absurde, parce que évitable, auquel une personne peut être confrontée dans sa vie. En mourir n'a simplement aucun sens.

Onze personnes sont mortes cet automne d'une infection à la bactérie C. difficile contractée à l'hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe. Placé devant un constat aussi dramatique, le ministre Philippe Couillard a eu le réflexe d'ordonner la tenue d'une enquête publique du coroner. Bravo! Mais cette enquête ne doit pas servir à masquer la responsabilité du ministre Couillard, qui n'a pas su imposer ses consignes à tous les établissements.

Ce n'est pas nouveau que des gens meurent d'une infection nosocomiale, et le problème n'est pas propre au Québec. Des études américaines montrent que 10 % des gens attrapent une maladie au cours de leur séjour en milieu hospitalier. Au Québec, cela équivaut à près de 90 000 personnes par année. Quant au taux de décès qui en résulte, il varie entre 1 % et 10 % des cas de malades infectés, selon l'agent infectieux.

On se souviendra qu'en 2004, une épidémie de Clostridium difficile avait causé la mort de plusieurs dizaines de personnes dans les hôpitaux du Québec. Une nouvelle souche particulièrement virulente de la bactérie était en cause, mais c'est surtout la négligence dans l'application des mesures d'hygiène et les procédures de désinfection qui a été montrée du doigt.

Depuis ce temps, le ministère a mis sur pied un programme de prévention et de surveillance qui a contribué à réduire le nombre de cas d'infection de 40 %, mais on peut faire encore beaucoup mieux.

Cela dit, il ne faut pas s'y tromper: on ne réussira jamais à éradiquer les infections nosocomiales et plus on voudra se rapprocher du taux nul, plus il faudra y mettre le prix, que ce soit par l'achat massif d'instruments jetables ou par la construction de chambres individuelles, le resserrement de la discipline parmi les employés ou l'embauche de personnel supplémentaire.

Dans le cas d'Honoré-Mercier, des rapports internes rendus publics par Radio-Canada indiquent qu'un comité médical avait prévenu la direction des risques d'éclosion de C. difficile. Malgré cela, toutes les mesures n'ont pas été prises, au contraire: des lits occupés par des malades infectés n'auraient pas été désinfectés avant de recevoir un nouveau patient, des bassines auraient été mal nettoyées avant d'être réutilisées, des toilettes auraient été négligées certains jours de congé... En somme, l'horreur hospitalière comme on n'ose même pas l'imaginer! Comment cet hôpital a-t-il pu passer outre aux directives ministérielles en connaissant pourtant les risques?

L'enquête du coroner permettra d'établir les failles dans l'organisation, la prise de décision et l'exécution des règles. Sa tenue autant que ses conclusions serviront de leçon aux autres établissements. Mais entre-temps, c'est au ministre de la Santé qu'il revient de rendre des compte à la population.

***

j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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