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«La solidarité passe par la lucidité» - Un an après la parution de son manifeste, Lucien Bouchard réédite son appel pour une société responsable

Alexandre Shields   20 octobre 2006  Québec
Au nom des générations futures, les Québécois doivent «jeter un regard sans complaisance» sur leur réalité, soutient Lucien Bouchard, sans quoi ils sont condamnés à être à la remorque du monde développé. Un an après la parution du manifeste des lucides, l'ancien premier ministre est toujours aussi convaincu que le Québec se réfugie dans le «déni» et tarde à comprendre que «la solidarité passe par la lucidité».

Un an après la parution du manifeste Pour un Québec lucide, Lucien Bouchard est toujours aussi inquiet pour l'avenir du Québec. Il a donc renouvelé hier son appel pressant à une prise de conscience collective des défis auxquels la province fait face. Selon lui, le choix est clair: soit on continue de «tourner en rond dans une douce pente descendante, soit on prend notre essor vers les sommets vers lesquels nous destinent nos attentes, nos ressources et le long courage de nos ancêtres».

«Le Québec est véritablement confronté à la problématique décrite par le manifeste. L'état de situation est dressé, la photographie est prise», a-t-il soutenu après une année de débats sur la question, et les Québécois ne peuvent plus se permettre de se «réfugier dans le déni et l'immobilisme».

M. Bouchard a d'ailleurs affirmé que la société québécoise a beaucoup trop tendance à «éviter le moindre remous, [à] ne rien entreprendre sans avoir convaincu le dernier opposant [et à] se soumettre inconditionnellement à la dictature du principe de précaution». Selon lui, l'abandon du projet du CHUM à Outremont ou celui du déménagement du casino dans le sud-ouest de Montréal sont autant de «manifestations d'un inquiétant désarroi».

Il a ainsi dit souhaiter que les jeunes de la génération montante «résisteront à un tel désarroi et à une société qui fait du surplace». En l'état actuel des choses, M. Bouchard avertit également que «la génération qui viendra après nous [devra affronter] l'héritage empoisonné d'une dette de 118 milliards de dollars».

Il faut donc rapidement, selon l'ancien premier ministre, amener le Québec à «regarder ce qu'il refuse de voir» sans attendre «l'électrochoc de la crise» qui guette la province en raison du choc démographique à venir et de sa perte de compétitivité dans un contexte de mondialisation économique. Bref, après avoir dressé l'état de la situation, «il faut qu'on se réveille», a-t-il affirmé lors de son allocution, prononcée en clôture du colloque «Notre avenir: un dialogue public», qui se tenait hier à l'université McGill afin de marquer l'anniversaire de la publication du manifeste des «lucides».

Pour parvenir à sortir la province du marasme que perçoivent les lucides, M. Bouchard a fait valoir hier qu'il fallait «rouvrir le chantier du Québec» pour se lancer dans «des projets structurants». Il a notamment cité comme exemples les barrages de la Baie-James, mais aussi l'Expo 67. «Ce que j'ai connu, c'est un Québec qui construisait. À l'époque, on admirait les politiciens qui construisaient le Québec dont on hériterait, a-t-il témoigné. Il faudrait pouvoir faire la même chose» pour la génération à venir. Il a ajouté avoir confiance en la classe politique actuelle pour instaurer des changements salutaires.

Le porte-étendard des lucides a d'ailleurs interpellé hier les intellectuels et le milieu de l'éducation, «qui ont joué un rôle primordial dans la Révolution tranquille». Le bouillonnement culturel et intellectuel qui a marqué cette époque, «on ne le sent pas aujourd'hui», a-t-il déploré en conférence de presse.

Les syndicats doivent également faire partie de «la démarche globale», selon lui, pour autant qu'ils acceptent de s'adapter à la réalité des marchés mondialisés, faisant référence à la compétition féroce des économies asiatiques. Réitérant que les citoyens d'ici travaillaient moins qu'aux États-Unis ou en Ontario, il a estimé que le «régime désincitatif» qui fait que les Québécois travaillent moins devait être revu.

Lucides contre solidaires

L'ancien premier ministre a du coup décoché quelques flèches en direction des solidaires, des gens qui pensent, selon lui, détenir «l'apanage de la compassion». «Aucune vision d'avenir n'est possible si on ne commence pas à regarder en face la réalité d'aujourd'hui, a-t-il lancé d'entrée de jeu. L'optimisme, ce n'est pas de regarder la réalité avec des lunettes roses, pour voir tomber la pluie en couleur. C'est oser faire le point et jeter un regard sans complaisance sur nous-mêmes. En termes crus, c'est se regarder dans le miroir plutôt que de se contempler le nombril.»

M. Bouchard a aussi estimé que le débat qui a cours depuis un an entre lucides et solidaires a été caractérisé par la «rectitude morale où le bon rôle ne [leur] était pas réservé». Il a soutenu que son groupe a été littéralement «cantonné dans l'égoïsme comptable» par ceux qui se réclament de la «générosité compatissante». Il a même repris le terme «solidaire» à son compte, estimant que «la solidarité passe par la lucidité».

Il a refusé en outre l'étiquette de «droite», qui n'aurait semble-t-il servi qu'à «démoniser l'interlocuteur» dans l'actuel débat sur l'avenir de la province. Lucien Bouchard a du même souffle demandé si l'on devait considérer René Lévesque comme à droite parce qu'il a dû prendre des mesures budgétaires difficiles et imposer des conditions de travail aux salariés de l'État, en 1981, suscitant l'opprobre syndical.

Par ailleurs, l'ancien chef péquiste a refusé d'entrer dans le débat constitutionnel, se contentant de dire que les défis auxquels est confrontée la société québécoise demeuraient les mêmes peu importe que le Québec reste à l'intérieur du Canada ou en sorte.






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  • Robert Aubin
    Inscrit
    vendredi 20 octobre 2006 09h11
    Faisons payer les riches !
    « Il suffirait qu'une majorité de ùùùùùquébécois décident de larguer quelques créances... »

  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    vendredi 20 octobre 2006 09h58
    Faut-il en rire ? Faut-il pleurer ? Lucide ou Toltèque ?
    « Bonjour,

    Aux propos de Lucien Bouchard rapportés aujourd'hui, j'ai le goût d'opposer le texte suivant qu'écrit ce même hui, Josée Blanchette dans sa chronique intitulée : Les Toltèques, le self-help et moi :

    «Des livres de croissance personnelle, j'en ai tellement lu que je pourrais écrire le prochain. Dans l'ordre, il faut : un éditeur qui a faim, un titre facile à retenir, un format pas trop imposant, des références à une tradition perdue, de la sagesse d'apothicaire en faillite et une histoire personnelle assez farfelue pour être crédible ou un doctorat pour compenser. »

    J'aurais préféré citer un passage plus approprié du livre de Jane Jacobs : Les villes et la richesse des nations (Boréal), mais trop, c'est trop ! ...

    Bonne journée !

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville »

  • Claude Boucher
    Inscrit
    vendredi 20 octobre 2006 10h09
    Mais qu'il se taise...
    « Lorsque Lucien Bouchard a fait le choix de se retirer de la politique dite active, ce choix a été respecté par les Québécois. Aujourd'hui, pour une deuxième fois dans la même semaine, monsieur Bouchard abuse de la notoriété acquise durant ses années publiques pour passer un message empreint d'un mépris total pour l'ensemble des Québécois, pas seulement pour les travailleurs au salaire minimum.
    Lorsqu'il dit qu'"Aucune vision d'avenir n'est possible si on ne commence pas à regarder en face la réalité d'aujourd'hui", celui qui a pris fait et cause pour un patronat désincarné et totalement coupé de la réalité des travailleurs à temps partiel, des travailleurs autonomes et de tous les travailleurs précaires oublie de regarder en face les dommages causés par la recherche du plus fort dividende pour les actionnaires et par les primes de rendement excessives accordées aux administrateurs, même lorsque leurs performances forcent la mise à pied de centaines de travailleurs.
    Le discours de Lucien Bouchard est par ailleurs bien paradoxal : il dit souhaiter le retour des grands chantiers comme la Baie James et le Métro de Montréal, mais dénonce en même temps la dette publique laissée par certains de ces grands chantiers.
    Monsieur Bouchard, vous aviez la parole lorsque vous représentiez les Québécois à Ottawa ou à Québec. Aujourd'hui, vous ne représentez que le dollar. Vos propos, lorsque vous nous traitez littéralement de paresseux, nous font plus de tort que de bien, et risquent d'avoir un impact des plus négatifs sur les investissements chez nous. Taisez-vous donc! »

  • Langis Gagnon
    Abonné
    vendredi 20 octobre 2006 11h55
    Petit oublie de Monsieur Bouchard
    « Il y a certains oublie que Monsieur Bouchard a omis de spécifier c'est que si au Québec on fait moins d'heure de travail c'est peut être parce que ici on pénalise ceux qui veulent travailler en augmentant leurs taux d'imposition sur leur chèque de paye et ce très rapidement. Au lieu d'encourager le travailleur à faire plus d'heure de travail afin d'avoir plus d'argent pour s'acheter des biens, nos 2 gouvernements respectif viennent puiser dans nos poches a pleine mains le fruits de notre labeur.

    Autre point, en Ontario depuis plusieurs années il y a eu une immigration massive qui a amener une mains d'oeuvre en mal de se sortir de la misère de leur pays d'origine. L'augmentation de la population de l'Ontario est du en grande partie a cette immigration et non a un quelconque bébé booming mais ces travailleurs immigrant sont près a faire des 70 ou 80 heures par semaine afin de se sortir de la misère...EUX augmente de manière significative le nombre d'heure en moyenne par tête d'habitant.

    Autre point, se partir une entreprise au Québec c'est d'une lourdeur bureaucratique et administrative qui en démotive plus d'un. Au Québec les lois gouvernementale démotive plus d'un individus à vouloir se partir un commence ou une entreprise. Ne soyons pas surpris que les gens déménagent au Nouveau Brunswick ou en Ontario ou les normes sont plus soupple.

    Personnellement je me qualifie comme un gars vaillant, j'ai déjà fait du surtemps et j'ai déjà eu 2 emplois en même temps mais lorsque je me suis assis afin de comptabilisé ce que me rapportait tout mes efforts j'ai vite compris que je travaillais pour le gouvernement et non pour moi.... »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    vendredi 20 octobre 2006 12h19
    Translucides
    « Le point de vue de Monsieur Bouchard et de son groupe est tellement calqué sur celui du CPQ que l'on pourrait les renommer groupe des translucides. Susciter un débat, je veux bien. Cependant, je veux dire à ces gens, qui sont tous gras durs en ce moment, que nous étions et sommes encore au travail, à construire ce Québec prospère dont ils rêvent, pour nous je présume, car ils sont eux déjà rendus. Je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer à ce débat car contrairement à ce que pense monsieur Bouchard, sa perception n'est pas vérité absolue. Nous sommes endettés, en déclin démographique et autres évidences immuables. Cela n'est pas un programme chers lucides.
    Nous en avons marre de ces vieux modèles de laisser-faire, et du CPQ qui ne représente pas les nouveaux entrepreneurs. Nous voulons du développement économique et de l'espoir, comme cela avait été brillament entrepris par Bernard Landry, comme cela se fait chez nos voisins américains qui eux, ont compris que leurs intérêts passent avant tout. Cessez de nous casser les pied avec ces projets qui ne font qu'encourager les amis entrepreneurs en construction et en ingénierie. Il y a autres choses à faire. Cela s'appelle investir dans le savoir et l'éducation. M. Jarilowski avait raison de dire que nous sommes des médiocres, parce que nous avons des richesses naturelles. »

  • Hélène Perras
    Inscrite
    vendredi 20 octobre 2006 12h23
    je veux rester polie
    « cher monsieur Bouchard,
    Votre dépression a assez duré. Voyez un psy. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 20 octobre 2006 19h33
    Déjà un an... de lucidité!
    « C'est du Canada anglais que l'on devrait s'inspirer, selon monsieur Bouchard et c'est de McGill qu'il nous prèche! Il n'est pas à une contradiction près car il continue en nous rappelant Expo 67 comme projet majeur mais il ne parle pas des jeux olympiques... que nous payons encore! Comme quoi il faut choisir les bons projets et les deux CHUM, dont celui d'Outremont auquel il tient tant, en avons-nous les moyens? Ça c'est une question courageuse. Moins, cependant, lorsque l'on sait qu'une bonne parti de cette minorité préfère maintenant l'école francophone!

    Je partage cependant sa lucidité face au faible taux de reproduction de nos jeunes, même s'il y a une reprise, dû à des politiques favorables attendus (avisés qu'en même ces jeunes!), mais il y en a encore trop qui font une priorité de leur carrière et du confort qui vient avec... Pour ce qui est du développement l'on insistera jamais trop sur sa... durabilité! Ainsi l'accès à tous nos plans d'eau devrait être l'Alpha de toute politique touristique digne de ce nom qui favoriserait autant nos régions que nos grandes villes. »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    vendredi 20 octobre 2006 22h55
    L. Bouchard ne sait plus sur quel pied danser
    « Il a déjà été conservateur, bloquiste, péquiste et séparatiste et aujourd'hui il fait une fois de plus la leçon aux travailleurs du Québec alors qu'il a épousé une américaine et que ses enfants fréquentent l'école privée pour devenir bilingues comme leurs parents. Quel méli-mélo dans la vie de cet homme qui ne sait plus sur quel pied danser! Il ferait mieux de se contenter de ses beaux honoraires d'avocat et de sa vie ultra bourgeoise. Il n'a jamais fréquenté la classe moyenne des travailleurs qui s'organisent laborieusement, modestement et dignement pour s'occuper de leurs familles. Et ce n'est pas toujours facile...il doit sûrement le savoir comme ancien premier ministre du Québec. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    dimanche 22 octobre 2006 09h22
    Des vérités pas bonnes à dire...
    « Monsieur Lucien Bouchard, je vous en prie continuez de dire des "vérités"...

    Ici à l'Ile d'Orléans, chaque année des mexicains viennent pour la cueillette des fraises. Est-ce à dire que nous n'avons pas de québécois pour le faire? Non, mais ils ne sont pas vaillants. Ils veulent le salaire du patron en commençant, et que l'emploi soit à côté de chez eux. Il y en a qui se place en haut de l'autoroute Dufferin, pour scèner les automobilistes, et passent leur journée à vacher pendant que d'autres travaillent...Ils "chiâlent" sur la société et ne font rien pour la bâtir...J'ai résisté à la tentation de leur dire: si vous pensez que je vais vous donner l'argent que j'ai gagné en TRAVAILLANT, vous vous trompez....mais j'ai eu peur qu'ils me donnent un coup de poing sur la "yeule" comme ils disent...Je n'ai aucune sympathie, compassion pour ces "paresseux" qui veulent tout avoir sans travailler...J'ai commencé à travailler à 15 ans. »

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