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La dernière chance

Michel David   16 mai 2002  Québec
Le premier ministre Landry a joué son va-tout, hier, en déclenchant une troisième série d'élections partielles en neuf mois. Des victoires dans trois des quatre circonscriptions en jeu, le 17 juin, permettraient à tout le moins de stopper la descente aux enfers commencée l'automne dernier et de gagner du temps.

En revanche, un nouveau désastre confirmerait l'«improbabilité» d'une remontée péquiste, pour reprendre l'euphémisme utilisé par M. Landry lui-même, et rendrait un report des élections générales en 2003 très difficile à justifier.


En fait, il aurait très bien pu reporter les partielles à la fin de l'été, mais son ministre-organisateur, Rosaire Bertrand, a implicitement admis qu'il n'était pas question de laisser à l'ADQ le loisir de travailler le terrain, comme elle l'avait fait dans Saguenay.


Même si le PQ réussit à sauver ses châteaux forts de Lac-Saint-Jean et de Joliette, la défaite du ministre délégué à la Santé, David Levine, dans Berthier, constituerait un formidable camouflet pour le gouvernement et le premier ministre lui-même, dont le leadership serait fortement ébranlé.


Contrairement à ce qui s'était produit dans Mercier, Laviolette, Jonquière et Saguenay, le PQ se fait fort de présenter de meilleurs candidats, de première valeur. En oubliant Vimont, déjà concédé aux libéraux, il aurait été difficile de trouver de meilleurs candidats que les députés bloquistes Stéphan Tremblay dans Lac-Saint-Jean et Michel Bellehumeur dans Joliette. Si l'un ou l'autre est battu, le PQ peut s'attendre au pire à l'élection générale.


Personne ne doute de la compétence professionnelle et des grandes qualités humaines de David Levine. Le problème est qu'il arrive au mauvais moment dans le mauvais comté. On peut compter sur l'ancien ministre Gilles Baril pour se dévouer corps et âme afin de le faire élire dans la circonscription qu'il représente depuis 1994, mais tout le monde sait que Berthier n'était pas son premier choix.


M. Baril jouit sans conteste d'une grande popularité personnelle, mais Berthier est ce genre de comté qui «vote du bon bord». Péquiste de 1976 à 1985, il a ensuite élu un obscur député libéral d'arrière-banc, Albert Houde, pour revenir au PQ quand Jacques Parizeau l'a ramené au pouvoir. D'ailleurs, M. Levine sera-t-il toujours intéressé à en être le député si le PQ perd le pouvoir?








Rosaire Bertrand n'a pas nié qu'un sondage interne du PQ, dont le questionnaire évoquait spécifiquement sa candidature, accorde au fil de départ 36 % des intentions de vote à l'ADQ, 24 % au PQ et seulement 21 % au PLQ.


C'était sans compter avec la candidate de l'ADQ, Marie Grégoire, une jeune femme dynamique et ambitieuse dont la famille est enracinée dans la région depuis plusieurs générations. Mme Grégoire, qui avait fait un excellent score (22 %) dans le comté voisin de L'Assomption en 1998, fait partie du petit groupe des anciens de la Commission jeunesse du PLQ qui ont suivi Mario Dumont quand les libéraux ont tourné le dos au rapport Allaire. On va mettre le paquet pour la faire élire.


Dès son investiture, hier après-midi, M. Dumont a donné le ton à sa campagne, en déclarant que le Québec vivait en démocratie et non pas dans une monarchie où on peut léguer son siège. On ne se gênera pas pour dire que Gilles Baril, qui, il y a une semaine à peine, disait vouloir terminer son mandat, ne méritait pas de se pousser de la sorte. Il est vrai que déclencher une élection partielle dans l'heure qui suit la démission d'un député, c'est du jamais vu.


À l'ADQ, on se demande même quel instinct suicidaire a pu amener M. Landry à expédier son ami Levine dans un comté aussi risqué. S'il avait décidé d'attendre aux élections générales pour le faire entrer à l'Assemblée nationale, l'opposition aurait poussé des cris indignés, mais une défaite de M. Levine serait bien plus lourde de conséquences.


Pour l'ADQ, une victoire multiplierait l'effet d'entraînement déclenché par celle de Saguenay, mais la progression du vote dans l'ensemble des quatre circonscriptions sera tout aussi révélatrice de son potentiel.








Les résultats du sondage SOM publiés en fin de semaine dernière, qui accordaient 31 % des intentions de vote à l'ADQ, sont contestés aussi bien par les libéraux que par les péquistes. Le dernier sondage que le Parti libéral a commandé à la maison Crop donnait des résultats passablement différents: 39 % au PLQ, 30 % au PQ, 25 % à l'ADQ.


Mardi soir, le premier ministre s'est présenté au caucus des députés de son parti avec un sondage réalisé par son expert-sondeur, Michel Lepage, dont les chiffres sont très semblables: 37 % au PLQ, 32 % au PQ et 25 % à l'ADQ.


Sur la base de ces données, M. Landry a même évoqué la possibilité que le PQ soit réélu avec 65 députés, ce qui lui permettrait encore de former un gouvernement majoritaire. Autrement dit, il n'y aurait pas lieu de paniquer.


Certains députés commencent toutefois à se demander si leur chef vit bien sur la même planète qu'eux. Soit, l'économie va bien, mais ils trouvent un peu inquiétante cette espèce de satisfaction que son propre bilan semble procurer au premier ministre. Ils sont surtout convaincus qu'il ne suffira pas à convaincre la population d'accorder un troisième mandat au PQ.


De la même manière, à défaut de «conditions gagnantes», M. Landry semble maintenant se satisfaire de la certitude morale qu'il n'y a plus qu'un seul parti souverainiste au Québec. Sauf qu'il n'y a pas l'ombre d'un plan ou d'un échéancier qui puisse démontrer aux militants souverainistes en quoi la réélection du PQ ferait avancer leur projet.





mdavid@ledevoir.com
 
 
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