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Québec se fait rassurant

Alexandre Shields   3 octobre 2006  Québec
Le déblaiement des décombres du viaduc de la Concorde était presque terminé hier sur l’autoroute 19, où cinq personnes ont péri samedi. Les ingénieurs poursuivaient l’examen des lieux, recueillant des données qui serviront aux travaux de la c
Photo : Jacques Nadeau
Le déblaiement des décombres du viaduc de la Concorde était presque terminé hier sur l’autoroute 19, où cinq personnes ont péri samedi. Les ingénieurs poursuivaient l’examen des lieux, recueillant des données qui serviront aux travaux de la c
Aux prises avec une crise qu'il peine à contenir, le ministère des Transports a visiblement voulu calmer le jeu hier en expliquant que 17 des 18 structures inspectées de toute urgence depuis deux jours parce qu'elles présentaient des similarités avec le viaduc de la Concorde ne présentaient aucun danger. Seul le viaduc De Blois, lui aussi situé à Laval et déjà fermé depuis samedi, demeurera fermé. Presque identique à celui qui s'est effondré, il servira aussi à l'enquête en cours.

Toutes ces structures ont été «inspectées en détail», et «les inspecteurs cherchaient quelque chose de spécifique», a souligné Anne-Marie Leclerc, sous-ministre adjointe à la Direction générale des infrastructures et des technologies, sans préciser de quoi il s'agissait.

Elle n'a également pas dit si ces infrastructures étaient considérées comme étant en bon état, se contentant de souligner qu'elles se trouvaient «dans le même état que lors de leur dernière inspection», soit «en novembre 2005». Quelque 45 % des infrastructures du réseau routier supérieur de la province ne sont pas considérées comme étant en bon état, selon le dernier bilan du ministère des Transports.

Quoi qu'il en soit, les rapports oraux reçus au ministère ont été rassurants, selon Mme Leclerc. Neuf rapports écrits sont toujours analysés par un groupe de cinq à sept experts gouvernementaux, et les autres documents seront livrés au cours des prochaines heures. Dans au moins un cas, des observations supplémentaires seront cependant effectuées à l'aide d'une nacelle.

Aucune des structures inspectées ne sera donc fermée à la circulation, à part le viaduc «jumeau» à celui de la Concorde, le viaduc De Blois, qui l'était déjà. Des étaiements seront installés sous sa structure pour le soutenir. Le ministère creusera ensuite des «fenêtres d'observation» qui permettront d'étudier la masse de béton et de «vérifier les hypothèses étudiées pour expliquer l'effondrement du viaduc de la Concorde, a précisé Mme Leclerc. On cherche les causes [de l'effondrement], et le viaduc De Blois est presque identique à celui de la Concorde, alors on pense qu'il pourra nous aider à alimenter l'enquête qui est en cours». Selon elle, «plusieurs hypothèses sont sur la table» et leur nombre se réduit d'heure en heure. Bombardée de questions à ce sujet, la sous-ministre a toutefois refusé d'en préciser le nombre et la teneur. La travée nord du viaduc de la Concorde, qui reste en place, ne sera en outre pas démolie tout de suite. On y installera également des étaiements pour protéger tout le secteur durant l'enquête.

Les 18 structures inspectées dans plusieurs régions de la province ont été choisies parce qu'elles comportaient des «éléments de conception qui s'apparentent» à ce qu'on retrouvait au viaduc de la Concorde, a affirmé Anne-Marie-Leclerc. Pour y parvenir, le ministère a examiné à la hâte pas moins de 1000 dossiers différents dans la nuit de samedi à dimanche.

Pour la seule île de Montréal, on dénombre quatre structures. Une est située sur l'autoroute 25, à la hauteur de la rue Boucherville, une autre sur l'autoroute 40, à la jonction de l'autoroute 40 est et de l'autoroute 15 nord, une troisième se trouve elle aussi sur l'autoroute 20, à la hauteur du boulevard Angrignon et une dernière est située sur l'autoroute 15, près de la voie de service de l'autoroute 40.

Le ministère a aussi recensé plusieurs structures ailleurs en province. Une est située en Abitibi-Témiscamingue, une à Baie-Comeau dont l'inspection sera effectuée à l'aide d'une nacelle, trois dans l'est de la Montérégie, quatre dans Laurentides-Lanaudière et quatre en Mauricie-Centre-du-Québec. Aucune n'a été recensée à Québec.

Procédure défaillante

Par ailleurs, il pourrait y avoir eu des défaillances dans la chaîne d'intervention samedi, selon ce que rapportait le journaliste Claude Poirier sur les ondes du réseau TVA hier. Ce dernier a déclaré que le patrouilleur qui s'est rendu sur place samedi pour ramasser le débris tombé sur la chaussée aurait dit, en observant le viaduc de la Concorde, que «ça devrait être inspecté rapidement». Son superviseur habituel aurait été absent à ce moment et il se serait fait répondre: «fait un rapport et lundi on va vérifier ça». Le sous-ministre adjoint au ministère des Transports, Jacques Gagnon, a répondu en conférence de presse hier que la «procédure [a été] respectée au pied de la lettre».

En règle générale, selon le type d'anomalie que le patrouilleur constate, après une inspection, il donne un code spécifique au répartiteur, qui achemine l'information au spécialiste adéquat. Il semble qu'un ingénieur en structure était en route lorsque la travée sud du viaduc s'est finalement effondrée.

Toujours selon M. Poirier, le patrouilleur qui a inspecté le viaduc quelques minutes avant qu'il ne s'effondre a dû terminer son quart de travail samedi et a aussi dû travailler dimanche. C'est le syndicat qui serait finalement intervenu pour lui obtenir un arrêt de travail, en raison du choc provoqué par la nature dramatique des événements. Il n'a pas été possible de confirmer cette information hier soir.

Et tandis que les opérations de déblaiement du lieu de la tragédie étaient presque terminées et que les enquêteurs scrutaient la structure du viaduc de la Concorde, les autorités ont dévoilé hier l'identité des deux autres personnes décédées samedi. Il s'agit de Mathieu Goyette et de Véronique Binette, tous deux âgés de 28 ans et résidants de Laval. Le couple prenait place à bord du deuxième véhicule qui a été écrasé sous le viaduc, samedi midi. Les trois autres personnes décédées, qui prenaient place à bord de l'autre véhicule qui a été écrasé sous le viaduc, sont Jean-Pierre Hamel, 40 ans, et sa conjointe Sylvie Beaudet, 44 ans, de Laval, ainsi que Gilles Hamel, 44 ans, le frère du conducteur.

Pour ce qui est quatre personnes blessées samedi et transportées à l'hôpital Sacré-Coeur, l'établissement a indiqué hier que leur état de santé était bon étant donné les circonstances. Sur les quatre patients, trois hommes et une femme, un seul se trouve toujours aux soins intensifs, mais «on ne craint pas pour la vie de cette personne», a souligné le Dr Stéphane Panic. Les trois autres patients sont aux soins intermédiaires, mais toujours au service de traumatologie. Si leur condition physique inspire la confiance, ils pourraient souffrir d'un intense stress post-traumatique, selon le Dr Laplante, directeur des services professionnels et hospitaliers. Deux autres blessés ont été transportés à l'hôpital Jean-Talon, un homme et une femme. Cette dernière était toujours en observation hier soir.

Circulation très dense

Le retour au travail a été évidemment caractérisé par des embouteillages denses hier. Les autorités ont toutefois souligné que les citoyens avaient bien suivi les plans de déviation proposés pour éviter le secteur de l'autoroute 19 fermé à la circulation. Ce segment pourrait d'ailleurs demeurer fermé pour encore une à deux semaines, au mieux. Les mesures seront donc évaluées chaque jour et revues au besoin.

Hier, on était en mode adaptation. Les voies réservées au transport en commun ont été allongées, la Ville de Laval a mis des autobus gratuits à la disposition des usagers, des trains supplémentaires ont été affrétés, et les places de stationnement incitatif installés non loin des accès au transport collectif ont été très fréquentées. En règle générale, les travailleurs qui doivent se rendre à Montréal sont partis un peu plus tôt. Les autorités espèrent d'ailleurs que les citoyens conserveront leurs habitudes prises en toute hâte hier matin, sans quoi l'heure de pointe pourrait rapidement se transformer en cauchemar.






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