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Réforme scolaire - Fournier réclame un grand virage

Marie-Andrée Chouinard   25 août 2006  Québec
Armé d'un rapport dévastateur sur l'application de la réforme, le ministre de l'Éducation a donné hier son aval à une révision en profondeur du renouveau pédagogique, qui n'a pas gagné son pari de redorer la réussite des élèves.

Préoccupée par le recul des élèves, les ratés de l'évaluation, le repli des jeunes en difficulté et les appels à l'aide des artisans de la réforme, la table de pilotage sur le renouveau pédagogique (la réforme) a conclu mercredi, après une longue journée d'échanges, à la nécessité de revoir de grands pans de la réforme, sans toutefois y mettre un frein. C'est au Conseil supérieur de l'éducation (CSE) que reviendra la tâche de remettre un avis sur la pertinence et l'applicabilité des «compétences transversales et des domaines de formation», ce qui constitue la première de douze recommandations de la table de pilotage.

«On est préoccupés, mais on est confiants», a affirmé hier le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, qui, sitôt les suggestions en main, leur a donné leur envol. «Le véhicule qu'est le renouveau pédagogique est le bon, mais je comprends que nous avons deux ou trois virages à négocier pour garder le cap et nous rendre à destination», a-t-il ajouté, reprenant plus d'une fois cette analogie.

Rappelant l'importance de poursuivre dans la voie empruntée, le ministre s'est toutefois dit tracassé par la question des résultats décroissants des élèves en français, en mathématiques et en science et technologie, de même que par la déconvenue des jeunes en difficulté, pointée par les enseignants comme le dossier noir de la réforme. «Sur les élèves en difficulté, c'est vraiment inquiétant, c'est dérangeant, dit le rapport», a affirmé M. Fournier, ajoutant plus tard que ce constat ne suffisait pas pour faire un arrêt complet des manoeuvres. «Je ne veux pas arrêter cette réforme qui nous amène à donner à nos jeunes tous les outils que les autres vont avoir.»

C'est pourtant bel et bien ce que les enseignants — présents à la table de pilotage — auraient souhaité pour être pleinement satisfaits du tableau des recommandations: qu'on stoppe l'implantation de la réforme, le temps de l'examen effectué par le Conseil supérieur de l'éducation, et qu'on pousse la remise en question de la réforme jusqu'à sa philosophie même. «Nous aurions souhaité que l'on sursoie à l'application de la réforme et qu'on accepte de remettre en question les fondements mêmes de la réforme, mais ça n'était pas acceptable pour les autres», a dénoncé Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ).

Pour produire leurs recommandations, les membres de la table de pilotage (enseignants, parents, directeurs d'école, commissaires, universitaires) ont eu accès à un rapport fourni par le ministère de l'Éducation, composé non seulement de résultats à des épreuves internationales et québécoises, mais aussi de divers sondages effectués auprès du personnel des écoles, la majeure partie des données étant toutefois connues.

Sans le dire textuellement, ce rapport préliminaire laisse voir un véritable fiasco: les résultats des élèves de sixième année en français ont considérablement chuté de 2000 à 2005, creusant un écart davantage inquiétant chez les garçons que chez les filles. Aux examens internationaux de mathématiques et de sciences, les résultats jadis brillants des Québécois ont perdu du lustre entre 1995 et 2003.

Le rapport, produit par le ministère, note qu'il pourrait s'agir d'un «accident de parcours» et juge «hasardeux» tout lien direct établi entre une baisse des résultats et le contenu du programme de la réforme. «Il est trop tôt pour établir une relation stricte de cause à effet avec l'application du nouveau programme de formation», peut-on lire à propos de la chute des résultats des élèves.

Interrogés sur tous les aspects de la réforme, les enseignants ont affirmé sans grande surprise mal maîtriser l'évaluation qui y est rattachée, ce sur quoi le Conseil supérieur de l'éducation devra d'ailleurs travailler. Seuls 32 % des profs interrogés affirment être assez à l'aise ou très à l'aise avec les «échelles des niveaux de compétence» pour mesurer les apprentissages des élèves, tandis que la moitié affirment manquer de formation.

L'appréciation des effets de la réforme sur les élèves laisse pantois: 51 % des enseignants interrogés jugent que la réforme n'a pas eu d'effet sur le progrès des élèves dits «ordinaires»; la même question, posée cette fois à propos des élèves en difficulté, fait grimper ce pourcentage à 68 %. Seulement

10 % des professeurs affirment que la réforme peut aider cette portion d'enfants plus vulnérables.

Insistant sur l'importance de poursuivre le travail entamé tout en y apportant des «correctifs», le ministre Jean-Marc Fournier a reconnu que le rapport dévoilait un constat «dérangeant» pour ce bassin d'élèves, mais il a ajouté que «tout n'est pas nécessairement lié à la réforme», soulignant que la question du manque de ressources avait occupé toutes les tribunes l'an dernier, en plein coeur de la négociation avec les enseignants. «On est préoccupés, mais on est confiants que c'est la bonne direction», a conclu M. Fournier.

Ce sombre portrait a donc incité la table de pilotage à concocter une série de recommandations, qui comprend la révision de «certains éléments du programme de formation» en français, en anglais, en maths et en science et technologie. La reconduction d'un plan ministériel soutenant la lecture à l'école est au menu, de même que la mise sur pied d'un «comité d'experts indépendants en apprentissage du français» ayant le mandat de brosser un portrait du français à l'école, particulièrement sous l'angle de l'orthographe, de la syntaxe et de la ponctuation.

Les universités aussi ont des devoirs à refaire: le programme de formation des futurs maîtres doit être revu en maths et en science et technologie, où les enseignants semblent avoir plus de difficulté à appliquer le programme une fois devant la classe. Des plans de formation continue suivant l'enseignant partout où il travaille, des plans d'accompagnement des nouvelles recrues, enseignants comme directions, sont aussi au nombre des suggestions dévoilées hier.

Le ministère accepte également l'idée d'administrer une série d'épreuves, en français et en anglais pour le primaire, en français, en maths et en sciences pour le secondaire. Cette opération a pour but de constituer une banque de données objectives permettant ensuite d'effectuer des comparaisons.

Un rapport final suivra encore avant décembre prochain, qui devrait notamment nous éclairer sur la perception du personnel gravitant autour des élèves en difficulté. Le ministre pourrait aussi faire connaître avant la fin de l'année un plan d'action afin de redresser le renouveau pédagogique. Notons qu'il est possible de consulter l'ensemble des documents dévoilés sur le site Internet du MELS (www.mels.gouv.qc.ca).






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  • Carl Brabant
    Abonné
    vendredi 25 août 2006 23h44
    Le nouveau médicament pédagogique rate le test
    « On pourrait comparer la réforme pédagogique en cours au processus menant à l'adoption d'un nouveau médicament.

    À la lumière du rapport sur l'application de la réforme, si cette réforme était un nouveau médicament, les essais cliniques seraient arrêtés sur le champs.

    Évidemment, la vie des élèves n'est pas en danger. C'est seulement leur avenir et celui de toute la société québécoise qui l'est.

    Peut-on, un jour, espérer contrer les méfaits de tous ces apprentis-sorciers de l'éducation ?

    Carl Brabant
    Professeur au département de chimie
    Collège de Bois-de-Boulogne

    Courriel: carl.brabant@bdeb.qc.ca
    Téléphone: (514) 332-3000 poste 6651
    Télécopieur: (514) 332-0083

    Coordonnées personnelles:

    Carl Brabant
    6440, boul. des Roseraies
    Anjou (Québec)
    H1M 2S2

    Courriel: c.brabant@videotron.ca
    Téléphone (rés) : (514) 354-9758
    Téléphone (cel) : (514) 941-2662 »

  • mohamed ali touati
    Inscrit
    lundi 28 août 2006 04h45
    alarme a l education dans le monde.
    « LE recul des eleves ne peut etre que l acre fruit de la plante social-mediatique .
    JE suis heureux de voir le canada essayant de reformer l education .Dautre pays europeen tel que l italie ,a deja conduit les obseques de l education nationalle.
    maintenant il faut travailler dure sur la reforme de l education pour contrebalancer le poid lourd de l influance mass-mediatique sur la fragile morale de l enfant.
    il est desolant de voir des eleves de classe 7 ou 8 qui ne reuisissent meme pas a formuler une phrase a sense{le cas de l italie }
    -il faut non seulement apprendre a lire ,a compter et puis dessiner.
    -surtout apprendre aux eleves des les premieres classe abien penser,ane pas avaler tout ce que la societe 'offre'
    -leur apprendre la philosophie de la vie des la premiere classe.
    -les petits ne sont pas des idiots ,ils ont de grande capacites d assimilation.
    -la filosofiy n est pas pour les grands ,elle servera a faire grandir les petits et a rebatir les 'grands'.
    -moi je suis de parent analfabetes et j ai reuissi l apprentissage de 5 langues car mes parents ont cru que l education et l apprentissage sont les cles de la vie.
    merci bien
    avec estime
    touati mohamed ali. »

  • Patrick Archer
    Inscrit
    lundi 28 août 2006 19h59
    Heureusement qu'au Québec on aime nos enfants.
    « Jeudi 24 août 2006 ; Quatre piscines jugées impropres à la baignade. Paul Tracy sera à Montréal. Réforme : les élèves en difficulté ne réussissent pas mieux. Laquelle de ces nouvelles devrait monopoliser l'attention des médias et de la population, selon vous? Si l'on se fie aux médias, la qualité de l'eau des piscines est drôlement plus importante que celle de l'éducation des enfants. Vient ensuite Paul Tracy. La réforme? Bof!

    Pourtant,«pas moins de 68 % des enseignants du primaire jugent que les élèves en difficulté d'apprentissage ne réussissent pas mieux depuis son implantation » . Selon moi, cette nouvelle devrait soulever l'intérêt public ou, au moins, provoquer autant de réactions que la présence de Paul Tracy à Montréal . Mais non, à peine si la nouvelle a été mentionnée, les médias se contentant de la réaction du ministre Fournier face aux 12 recommandations de la table de pilotage.

    « Les élèves ne réussissent pas mieux »; pourquoi devrait-on s'inquiéter de ce constat? Après tout il n'est pas dit qu'ils réussissent moins bien. S'il n'est pas dit que les élèves échouent davantage, c'est que le sondage utilisé par la table de pilotage ne le permettait pas. Les rares personnes qui s'intéressent à l'instauration du « renouveau pédagogique » savent que les questions du sondage de 51 pages, distribué au printemps par la table de pilotage, étaient déjà jugées trop tendancieuses pour permettre une analyse véritable des effets de la réforme. Le sondage de 51 pages pouvait se résumer ainsi : les fondements de la réforme étant parfaits, qu'est-ce qui rend les enseignants si incompétents à l'appliquer? Le seul endroit permettant aux enseignants de répondre négativement face à la réforme était quatre petites lignes de commentaires à la fin du questionnaire de 51 pages. D'ailleurs, certains parlaient de boycotter le sondage mais la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) a incité les enseignants à y répondre, ce qui a amené 2000 des 4716 enseignants interrogés à y répondre.

    Le constat de la table de pilotage est malgré tout plus qu'inquiétant lorsqu'on le combine aux résultats d'un sondage FSE-Léger Marketing mené auprès de 1009 enseignants ayant plus de neuf années d'expérience en enseignement. Dans ce sondage, 61 % des répondants percevaient une détérioration dans la réussite scolaire des élèves en difficulté et 88 % une détérioration ou aucun changement! Pour l'ensemble des élèves, les résultats étaient respectivement de 48 % et 86 %!

    Ensemble, les résultats aux deux sondages sont plus qu'alarmants et devraient amener des changements autres que cosmétiques, mais la table de pilotage en a jugé autrement. La FSE et l'association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ), qui font partie de la table de pilotage, se sont dissociées du rapport en soulignant que celui-ci minimisait les résultats négatifs et que ses recommandations n'allaient pas assez loin.

    Pendant les négociations de la convention collective, le ministre Fournier parlait de moyen de pression de la part des enseignants lorsque ceux-ci sonnaient l'alarme quant aux effets négatifs de la réforme. Et maintenant, pourquoi ne pas tenir compte de leur avis ? Il est vrai que, mis à part les enseignants, le ministre a l'appui de tous les autres intervenants. Pas de note discordante de la part des parents (vraiment vous me représentez, Mme Miron, lorsque vous êtes toujours assise à la même table que M. Fournier ?), des directions d'école, de commissions scolaires et des autres intervenants.

    Cette unanimité face à la réforme est d'ailleurs étrange; alors que les astronomes ont eu besoin de près de 76 ans pour décider, après un vote partagé, si Pluton est une planète, les gens des départements de Sciences de l'éducation font montre de peu d'esprit critique face aux fondements de la réforme. Il faut croire que les chercheurs en Sciences de l'éducation sont plus efficaces que ceux en astronomie ou que l'obtention de bourses de recherche est plus facile lorsque l'on collabore positivement à l'instauration d'une réforme.

    Je ne sais pas si la réforme doit être complètement révoquée. Je sais par contre que l'on ne parle pas de poterie mais bien d'enfants; la prudence est donc de mise. La position de la FSE et de l'APEQ me semble faire preuve de cette prudence. Ainsi, sachant que le primaire est un milieu plus propice à l'instauration de la réforme que le secondaire, et voyant les résultats obtenus au primaire, une de leurs propositions est de « surseoir au développement de la réforme à partir de la 2e secondaire. En 2e secondaire, limiter l'implantation à l'enseignement des contenus disciplinaires ». Ainsi, on limiterait les dégâts advenant un constat d'échec. Et si, comme semble en être convaincu le ministre Fournier, la réforme est un succès, son implantation au secondaire serait facilitée par l'expérience vécue au primaire. De plus, cette façon de faire éviterait aux élèves actuellement en 2e secondaire de terminer leur secondaire en ayant toujours servi de cobaye puisqu'ils sont actuellement toujours les premiers à vivre la réforme à un niveau donné.

    De toute façon, la réforme n'est pas assez complétée pour être appliquée au secondaire. Des documents tels « le cadre de référence de l'évaluation des apprentissages au secondaire » avec les échelles de niveaux de compétence ne sont pas encore finis. Sans ces documents, il est difficile de faire une évaluation correcte des élèves. D'ailleurs, demandez aux personnes du milieu de l'éducation comment exactement seront évalués les élèves à la fin du cycle et vous aurez droit à de longs silences. Lorsque je fais part de ce problème et de plusieurs autres aux différents intervenants qui sont supposés nous aider à implanter la réforme, ils me répondent que le ministère se fie au professionnalisme des enseignants. Pourquoi alors ne pas se fier à ce même professionnalisme lorsque les enseignants demandent de faire une pause avant l'implantation au secondaire?

    De plus, malgré ce que laisse croire le ministère de l'Éducation, le matériel scolaire provenant des maisons d'édition n'est pas prêt. Les manuels des élèves sont peut-être terminés, mais le matériel accompagnant habituellement ces manuels et aidant les enseignants dans leur préparation de cours ne l'est pas.

    Et même si la réforme était une bonne chose, lorsque le politique s'en mêle, on s'emmêle. Ainsi, le renouveau pédagogique signifie la fin de l'enseignement par objectif. Pourtant, en forçant les écoles à n'utiliser le budget réforme que pour acheter des manuels scolaires homologués, l'esprit même de la réforme est trompé. Ainsi, un enseignant de sciences et technologie aura le choix parmi seulement quatre manuels scolaires au lieu des milliers d'ouvrages de références, si l'on se contente de ceux en français, de qualité existant dans ce domaine. Les élèves ne pourront donc « exploiter l'information » que de 4 différents manuels lorsqu'ils seront en classe. On a donc remplacé l'ancien programme par quatre « sous-programmes ». Est-ce vraiment ce que l'on appelle un enseignement centré sur l'élève? Seul le lobbying des maisons d'édition peut justifier une telle incohérence.

    Et que dire de la concession du ministre Fournier au sujet des bulletins, sinon qu'elle n'est qu'un leurre servant à calmer l'électorat? Si M. Fournier avait été franc, il aurait profité de sa tribune pour expliquer aux parents que l'on ne peut pas évaluer une compétence avec une note de 0 à 100. Au lieu de cela, il a transmis le problème aux membres des conseils d'établissement de chaque école. Je tiens à prévenir les parents : la concession du ministre Fournier sur les bulletins n'est, à l'image des défusions, qu'une fausse concession.

    Lorsque de nouveaux appareils font leur apparition en médecine, je présume que l'on permet aux médecins de les maîtriser avant de les utiliser sur des patients. De plus, si la majorité des médecins jugent obtenir de meilleurs résultats avec leurs anciens appareils, on ne doit sûrement pas leur imposer l'utilisation des nouveaux et risquer ainsi de mettre les patients en péril. Pourquoi ne fait-on pas la même chose en éducation?

    Le problème en éducation, c'est que l'on ne peut mesurer l'étendue des dégâts qu'après plusieurs années. De plus, même si les dommages semblent superficiels, ils peuvent être suffisants pour gâcher l'avenir de nos enfants. Il faut donc être prudent et cesser de faire la sourde oreille aux signaux d'alarme. Mais bon, le train de la réforme est parti et l'on ne veut pas le ralentir et encore moins l'arrêter. On connaît la destination souhaitée mais personne ne peut garantir que nous sommes dans le bon train; il a été décidé d'attendre la fin du trajet pour vérifier si c'est le bon. Heureusement qu'au Québec on aime nos enfants, sinon je croirais que certains savent que le train va vers un précipice mais préfèrent se taire afin de progresser dans leur carrière, de tirer des avantages monétaires ou pour des raisons purement politiques. En attendant de connaître la destination, on peut toujours se consoler de la deuxième position de Paul Tracy en allant dans nos belles piscines propres. »

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