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Manifestation pour la paix au Liban - Charest refuse de blâmer Duceppe et Boisclair

Antoine Robitaille   17 août 2006  Québec
Québec — Pour éviter de «transporter au Québec» les conflits du Moyen-Orient, le premier ministre Jean Charest a refusé hier de blâmer les chefs du Bloc et du Parti québécois pour avoir participé à une manifestation où ont été brandis des drapeaux du Hezbollah. Lui-même a toutefois précisé qu'il ne participera jamais à une activité où l'étendard de cette organisation terroriste serait visible, mais il a tenu à préciser ceci: «On ne contrôle pas tout ce qui se fait dans les manifestations non plus.» Au sujet de MM. Boisclair et Duceppe, il a dit leur «laisser le soin de s'expliquer sur leur geste». «Je ne chercherai pas à justifier leur geste d'une façon ou d'une autre. Ils s'expliqueront», a-t-il ajouté.

Rappelons que dans les jours qui ont suivi la manifestation du 6 août à Montréal, laquelle a attiré environ 15 000 personnes, des voix se sont levées pour reprocher aux chefs souverainistes, à l'ancien ministre libéral Denis Coderre ainsi qu'aux porte-parole de Québec solidaire d'avoir pris part à cette manifestation. Dans l'édition du 8 août de The Gazette, le chroniqueur Don Macpherson écrivait qu'il était «désormais acceptable [au Québec] d'afficher publiquement son appui à une organisation terroriste». Le lendemain, le National Post publiait un texte polémique de la chroniqueuse montréalaise Barbara Kay intitulé «The rise of Quebecistan» dans lequel elle affirmait entre autres qu'à voir cette manifestation «antisémite» et ses participants souverainistes, il faudrait s'attendre à ce que le premier geste d'un Québec souverain soit de retirer le Hezbollah de la liste des organisations terroristes. L'article a fait l'objet d'une plainte au Conseil de presse, la semaine dernière, de la part de la Société Saint-Jean-Baptiste. Le débat a pris un tour plus officiel lundi lorsque l'ambassadeur d'Israël à Ottawa, Alan Baker, a révélé avoir fait parvenir une lettre au chef du Bloc québécois pour lui reprocher d'avoir participer à cette manifestation.

Quebecistan

Qualifiant d'abord l'expression «Quebecistan» de «grossièreté», le premier ministre Charest a tenu à faire remarquer hier que sur la question de la crise au Moyen-Orient, il y a «des débats partout au Canada, et c'est facile d'aller mettre un cercle autour d'un incident en particulier» pour singulariser le Québec. «À ce que je sache, les débats au Québec se font dans un contexte similaire à ce que je trouve partout ailleurs en Amérique du Nord», a-t-il déclaré. Il a ensuite insisté sur le caractère démocratique de la société québécoise, soulignant que l'on compte peu d'endroits au monde «où on a pu faire deux référendums», sans débordements, sur une question aussi délicate que la souveraineté, et où, en 1995, «94 % des électeurs inscrits ont participé». Par ailleurs, ceux qui présentent la société québécoise comme une société antiaméricaine oublient selon lui que «n'eût été de l'appui majoritaire des Québécois en 1988, il n'y aurait jamais eu d'accord de libre-échange avec les États-Unis».

Duceppe

Commentant la lettre de l'ambassadeur Baker, le chef bloquiste Gilles Duceppe a affirmé hier que sa participation à la marche du 6 août avait suscité «des déclarations regrettables». Il a révélé avoir accepté d'en être à la condition qu'il n'y ait ni manifestant pro-Hezbollah ni slogan anti-Israël. Lors de la marche, il y avait un service d'ordre qui a expulsé à plusieurs reprises les manifestants arborant les couleurs de l'organisation terroriste, a expliqué le chef bloquiste. «Comme la grande majorité des participants à cette marche, je ne peux être tenu responsable des gestes déplacés que certains individus ont pu poser», a-t-il dit. Au reste, M. Duceppe soutenait hier après-midi n'avoir pas encore reçu la fameuse lettre de M. Baker (il en a pris connaissance dans les médias dans sa version «unilingue anglaise», a-t-il précisé, notant qu'il aurait apprécié l'obtenir en français). En revanche, le Comité Canada-Israël a fait parvenir au chef bloquiste une missive au «ton très différent», a-t-il insisté. «Nous apprécions [...] que vous ayez toujours dénoncé le terrorisme, a écrit le comité. Votre récente dénonciation du Hezbollah en tant qu'organisation terroriste et votre appel à son nécessaire désarmement en vue d'une paix au Liban et dans l'ensemble du Proche-Orient sont aussi des éléments que nous apprécions.»

Quant à André Boisclair, il a refusé de commenter hier, estimant avoir tout dit lors de la marche. Son attaché de presse, Joël Simard-Ménard, a rappelé qu'il avait déclaré que le Hezbollah était une organisation terroriste et qu'au moment de la marche, il avait dit constater des «débordements dans le ton de certains slogans sur quelques affiches» pour ensuite inviter «les gens à la retenue». «Nous sommes ici pour la paix avant tout», avait dit M. Boisclair.

Kay, «bouc émissaire»?

Ce n'est pas assez pour celle par qui le scandale a éclaté, la chroniqueuse Barbara Kay, jointe par Le Devoir à Montréal hier. Mme Kay, qui habite ici depuis plus de 35 ans, soutient être devenue une sorte de «bouc émissaire» dans cette affaire. D'autres, au Québec même — comme Jean Renaud, de la revue Égards, fait-elle remarquer —, ont soutenu des positions semblables aux siennes et ne sont pas houspillés à ce point. «J'ai reçu des tonnes de courriels épouvantables», a-t-elle dit, dont un de la part d'un chef d'entreprise lui affirmant que les juifs ne devraient pas être propriétaire de journaux (c'est le cas du National Post). «J'ai vraiment eu une dure semaine», a-t-elle confié. À ses dires, il est faux de prétendre qu'un politicien n'a pas de contrôle sur ce qui se passe dans une manifestation. «Il a au moins le contrôle sur lui-même. Il peut dénoncer ce qu'il voit. Or les politiciens présents ne l'ont pas fait. Ne rien faire, se tenir silencieux, ce n'est pas assez. C'est cautionner ce qui se passe», affirme-t-elle.

Le premier ministre Charest a eu beau qualifier de «grossièreté» sa thèse sur le «Quebecistan», Mme Kay répond que «les vraies grossièretés, elles étaient dans cette manifestation [du 6 août]»: «"Nous sommes tous des Hezbollah" et "juifs = assassins". Vous vous imaginez marcher à côté de gens qui tiennent des affiches "Nous sommes tous des Ku Klux Klan"?»

Du reste, elle soutient que son article a été mal interprété: «Je n'ai jamais écrit que les Québécois étaient des terroristes!» Elle précise qu'il y a de l'antisémitisme partout au Canada. Mais celui du ROC est différent: «Là-bas, c'est diffus, dans le peuple, alors qu'ici, on le trouve dans les élites politiques et intellectuelles. Eh oui, allez défendre Israël à l'UQAM! J'ai un ami qui a fait ça. Il a été attaqué», raconte-t-elle en parlant du sociologue Stephen Shecter.

Avec la Presse canadienne






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  • Parise Ouellette
    Abonnée
    jeudi 17 août 2006 06h54
    l'antisémitisme
    « Pourquoi faut-il que je sois antisémite si je ne suis pas d'accord avec les agissements du gouvernement Israélien? Cette façon de penser permet à ce gouvernement de faire absoluement ce qu'il vent sans que l'on puisse leur demander un peu de retenu!

    Je ne comprends pas que des journalistes comme Mme Kay ne voit pas l'impact de ses propos?

    Parise »

  • emile bisaillon
    Inscrit
    jeudi 17 août 2006 07h43
    La manifestation du 6 octobre
    « Pour avoir longtemps, dans mon jeune temps, couvert diverses manifestations en tant qu'enquêteurs spécialisés dans ce domaine durant les années fastes des manifestation. 1970-1980, il y avait toujours des maoïstes, des trotskistes, communistes qui se joignaient à des manifestations et c'était souvent pour faire du grabuge, ils portaient au bout de leur bâton, gros comme un 2X4, une affiche dénoncent avec toutes sortes d'adjectifs la société dans laquelle nous vivions. Régulièrement, des membres de ces groupes aimaient faire un face à face avec la police parce que ça promettait une belle couverture journalistique.

    Les organisateurs n'invitaient pas ces gens là, ils devaient les souffrir comme c'est arrivé dans la manifestions dont on fait état aujourd'hui dans tous le paysage journalistique. Il n'y a rien à faire lorsqu'une manifestation est si grosse, toutes sortes de personnes s'y infiltre pour faire valoir leur point de vue même si ce n'est pas celui soutenu par la grande majorité.

    J'ai vu la manifestation passée sur la rue Mont Royal et ça se déroulait très bien. Inutile de blâmer Monsieur Duceppe, Monsieur Coderre et M. Boisblair. Ces derniers ne menaient pas la manifestation, ils étaient parmi la foule, au milieu des gens et n'était pas concerné par ceux qui avait infiltré la marche de la paix, ce dimanche du août. »

  • Yvon Thivierge
    Inscrit
    jeudi 17 août 2006 11h41
    Barbara KAY émulerait-t-elle Ann COULTER?
    « En lisant l'épître pamphlétaire de Barbara Kay dans le "National Post" de Toronto, j'ai tout de go pensé que cette femme voulait se faire aussi vilaine que la détestable journaliste américaine Ann Coulter, accusée notamment de plagiat mais surtout décriée pour la bile et le venin qu'elle crache à pleines pages contre tous ceux et celles qui n'emboîtent pas, comme elle, le pas à son bien-aîmé président George W. Bush.

    La Kay a beau se défendre d'avoir traité les Québécois de terroristes, il n'en demeure pas moins qu'elle écrit pour un journal dont les "éditeurs" et proprios sont des sionistes qui ont déjà appelé le Québec le Quebecistan et qualifié les Québécois de séparatistes mauvais joueurs dans la fédération canadienne qui faisaient le jeu des terroristes.

    Va-t-on attendre que Barbara Kay en soif de notoriété pouse encore plus loin son émulation de la Coulter qu'elle se mettra à expédier de la poudre blanche au Devoir (New York Times dans le vrai scénario) et à menacer de le bombarder ?

    En notre époque de guerres "préemptives" et de prévention du Sida, n'est-il pas de bonne augure d'alerter la population à la présence d'un énergumène aussi saugrenu dans votre voisinage ?

    Yvon Thivierge »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    samedi 19 août 2006 08h52
    Plusieurs énergumènes....
    « Si la manifestation du 6 août en faveur de la PAIX, a soulevé tellement de vagues, n'est-ce pas à cause de l'ambiguité des participants? Si le tout avait été CLAIR au début, i.e. pour la paix, en dénonçant les deux factions en conflit, peut-être que la PERCEPTION aurait été différente?

    Mais il semblerait qu'on a appuyé beaucoup plus sur le méchant ISRAEL (à cause des dégats concrets) que sur les supposés libérateurs du Liban, le Hezbollah. Tous des saints hommes et une cause sainte i.e. faire une République islamiste le long de la Méditerranée. Appuyés en cela par la Syrie et l'Iran. Le président de l'IRAN a déclaré: "il faut rayer Israel de la carte". Je pense que c'est le SEUL qui dit franchement ce que plusieurs pensent tout bas.

    Le ressac, les interprétations biaisées, les procès d'intentions, tout cela est la conséquence d'une vision tronquée du Hezbollah. Plusieurs qui agitaient des drapeaux jaunes, sont convaincus que le groupe terroriste est et sera le VRAI libérateur du LIBAN. Il est certain que si le groupe du hezbollah aide les libanais à se reconstruire en donnant de l'argent, ce n'est pas par grandeur d'âme. Il veut les acheter, acheter la confiance. Si je comprends bien...le Hezbollah est une armée parallèle à l'armée libanaise...

    Dans cette partie de la planète, il y a eu toujours des guerres, des conflits et encore plus après 1948, lors de la fondation de l'État d'Israel...le vote aux Nations-Unies n'a pas fait l'unanimité. À mon avis, la PAIX n'est pas pour demain.... »

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