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Charest profite du vent

Le premier ministre déclenche deux élections partielles

Le premier ministre Jean Charest est tout sourire depuis dix jours, avec en poche la cote de crédit du Québec bonifiée, de bonnes nouvelles à lancer et deux sondages, un Léger Marketing hier et un CROP aujourd'hui, qui tendent à démontrer la remontée de son équipe. Et dans cet élan, M. Charest a annoncé hier soir la tenue des élections partielles dans les circonscriptions de Taillon et de Pointe-aux-Trembles le 14 août prochain.

C'est lors de sa participation à l'assemblée d'investiture dans Taillon que le premier ministre a donné le coup d'envoi à ces élections qui ne seront officiellement déclenchées que le 11 juillet prochain. Il a également officialisé sa décision de ne présenter aucun adversaire contre le chef du Parti québécois, André Boisclair, qui brigue les suffrages dans Pointe-aux-Trembles.

«Nous considérons que M. Boisclair doit à tout prix expliquer aux Québécois pourquoi il appuie sans réserve la radicalisation du programme de son parti. Nous allons donc lui offrir cette occasion. Il doit répondre à toutes les questions, aux questions qui touchent le financement de son parti», a affirmé M. Charest.

Ce scrutin apparaît comme un passage obligé sans grand défi pour les libéraux. Les circonscriptions de Pointe-aux-Trembles et de Taillon sont des châteaux forts péquistes depuis des décennies.

Une bataille de femmes s'annonce dans Taillon, une circonscription au sud de Montréal. L'ex-vice-présidente du PQ, Marie Malavoy, cherchera à prendre la relève de Pauline Marois qui a tiré sa révérence en mars dernier après avoir tenté sa chance à la direction du PQ. L'ADQ y présente Karine Simard qui avait été candidates au scrutin général de 2003.

Véronique Mercier, directrice adjointe au cabinet de la présidente du Conseil du trésor, se présente sous la bannière libérale. Hier soir, cette jeune femme de 27 ans qui a également été attachée de presse du premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, a beaucoup misé sur son attachement à la circonscription, soulignant ainsi que Mme Malavoy

y est parachutée pour l'occasion. «Mme Malavoy veut un bureau dans Taillon. Moi, j'y ai mon coeur et ma vie», a-t-elle lancé sous les applaudissements des quelque 200 militants libéraux réunis à Longueuil.

Sondages favorables

Cette assemblée partisane venait clore une journée encourageante pour Jean Charest. Plus tôt en après-midi, le premier ministre refusait de commenter les résultats du sondage Léger Marketing publiés le matin dans Le Journal de Montréal. Mais son large sourire était révélateur du plaisir qu'il avait de voir sa formation politique recueillir un plus grand appui dans la population.

Si des élections avaient eu lieu à la fin de la semaine dernière, le Parti libéral aurait récolté 37 % des votes contre 33 % pour le PQ, 17 % pour l'Action démocratique du Québec et 6 % pour Québec solidaire. Le sondage CROP publié ce matin dans La Presse indiquerait que le PQ conserve une mince avance sur les troupes de Jean Charest. Mais les deux enquêtes d'opinion semblent constater la même remontée des libéraux.

«Le Québec va bien et notre gouvernement a travaillé beaucoup pour qu'on puisse améliorer la situation au Québec. On a connu un redressement depuis les trois dernières années de notre système de santé, du réseau de l'éducation, des finances publiques. La cote de crédit du Québec a été augmentée dans les dernières semaines. Pour les Québécois, c'est des dizaines de millions de dollars d'économies dans leurs poches», a déclaré M. Charest alors qu'il venait d'enclencher le projet de construction d'une salle de concert pour l'Orchestre symphonique de Montréal.

Gonflé par les bonnes nouvelles, M. Charest s'est montré plus ferme que jamais devant le gouvernement du Canada dans le dossier du déséquilibre fiscal, rappelant à Stephen Harper sa promesse de régler le problème. Et peu importe les déclarations du ministre des Finances, Jim Flaherty, qui a tenté lundi de baisser les attentes des provinces. «Il faut mettre les pendules à l'heure. Quand M. Harper est venu faire son discours le 19 décembre dernier à Québec, il n'était pas question d'augmenter les impôts des provinces. [...] Le gouvernement fédéral a pris un engagement très ferme, de la bouche de M. Harper, et ils devront respecter leur engagement», a affirmé Jean Charest, qui a donné l'assurance que les relations demeurent harmonieuses avec Ottawa.

Les difficultés du PQ

Pour le député Nicolas Girard, lieutenant politique d'André Boisclair, les résultats du sondage Léger Marketing s'expliquent justement par le contexte de «fédéralisme d'ouverture mis en avant par M. Harper». «Il y a des Québécois qui ont regardé ça d'un oeil intéressé, mais je pense que le réveil va être brutal», a prédit M. Girard qui a minimisé la baisse constante de l'appui au Parti québécois depuis l'arrivée en poste d'André Boisclair en novembre dernier.

Selon le sondeur Jean-Marc Léger, «la difficulté pour le PQ, c'est de ramasser le vote d'opposition qui s'est dispersé dans différentes options». Le politologue Jean-Hermann Guay, professeur à l'Université de Sherbrooke, mentionne d'ailleurs que le nouveau parti Québec solidaire gruge 5 à 6 % des appuis au PQ.

Pour M. Guay, on ne peut parler pour l'instant de tendance, rappelant que le sondage a été mené dans le contexte de la sortie du rapport Moisan, qui a révélé la présence d'un financement illégal (96 400 $) au sein du Parti québécois entre 1995 et 2000. Cela pourrait avoir influencé l'opinion des répondants.

De son côté, le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a prévenu «il y a longtemps» le caucus péquiste que rien n'était gagné et que «la pire chose en politique ou dans n'importe quelle dynamique où il y a des affrontements, c'est de sous-estimer un adversaire».

Au dire du chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, le véritable message de ce sondage, c'est la faiblesse d'André Boisclair. «Depuis qu'il a été élu chef du PQ, il a perdu plus du tiers de ses appuis», a souligné le chef adéquiste. Selon lui, la population ne croit pas que le chef péquiste a l'étoffe d'un premier ministre du Québec.

Il n'est pas nécessaire qu'il y ait beaucoup de sondages de cette eau-là pour que le Québec se retrouve en campagne électorale à l'automne, a-t-il fait valoir. «Il faut voir que les libéraux ont vécu des années noires. Ils étaient dans les bas-fonds de l'insatisfaction. Alors, pour qu'ils redeviennent optimistes, ça ne leur prend pas beaucoup de lumière», estime M. Dumont.

Le député de Charlevoix, Rosaire Bertrand, qui est chargé de l'organisation du PQ dans la région de Québec et de Chaudière-Appalaches, a reconnu que le chef péquiste est désavantagé à cause de son absence de l'Assemblée nationale. M. Bertrand a été de ceux qui ont conseillé à M. Boisclair de se consacrer à l'organisation du parti plutôt que de chercher à se faire élire député. «Je savais, en faisant cette recommandation, qu'à court terme il y aurait un prix à payer sur le plan de l'opinion publique», a dit M. Bertrand.

Le député libéral de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, n'est pas trop surpris par les résultats de ce sondage. Il a rappelé que le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement avait chuté à 54 % peu après la victoire des conservateurs à Ottawa pour ensuite remonter à 66 %, dans la foulée de la controverse entourant la vente du mont Orford. «À 54 %, on ouvre la fenêtre pour le déclenchement des élections. À 59 %, on entrebâille la porte. Il faudrait que la tendance continue», a souligné M. Paradis.

De passage à Québec pour annoncer un autre investissement militaire, le ministre fédéral des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Michael Fortier, a reconnu que le fédéralisme d'ouverture mis en avant par le gouvernement Harper n'a certes pas nui au gouvernement Charest, mais il a souligné que «M. Charest mène sa barque» et dans les sondages, «il apparaît qu'il fait bien».

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille






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