Apartheid scolaire
Photo : Jacques Nadeau
La CSQ veut combattre l’iniquité entre les réseaux privé et public. Elle s’interroge aussi sur le paradoxe voulant qu’on intègre les élèves en difficulté dans les classes ordinaires desquelles on a retiré les meilleurs éléments.
La concurrence que se livrent les réseaux privé et public sur le terrain de jeu des écoles laisse une carte scolaire inéquitable, tranche la CSQ dans une recherche rendue publique hier. La réussite pour tous? Impossible d'en rêver avec une «ségrégation scolaire» comme la nôtre.
Le rêve de chances égales pour tous les écoliers, entretenu notamment par la Commission des états généraux sur l'éducation il y a dix ans, a tout du plus cuisant des échecs dans la réalité, puisque le Québec est aux prises avec un système «d'apartheid scolaire».
Tel est du moins l'un des constats auxquels arrive la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) au terme d'une recherche sur «la situation de l'éducation québécoise dans un contexte de mondialisation», dont les conclusions ont été dévoilées hier. Le syndicat, dont la majorité des 180 000 membres travaillent dans le secteur de l'éducation, s'appuie sur cet échec pour affirmer qu'il est temps de s'engager dans un «nouveau pacte social pour l'éducation».
Ce pacte, qui sera proposé au congrès de la CSQ en juin prochain, combattra l'iniquité entre les réseaux privé et public, de même que «le caractère paradoxal des politiques scolaires qui encouragent l'intégration des élèves en difficulté dans des classes ordinaires desquelles on a retiré les meilleurs éléments».
Évoquant le fait qu'au Québec, plus de 60 % des élèves d'origine immigrante sont scolarisés «dans des écoles comptant une concentration ethnique supérieure à 50 %», le chercheur Jocelyn Berthelot, de la CSQ, s'interroge sur les conséquences d'une telle «scolarisation ségréguée». «Si l'école est polarisée comme on la connaît, à quelle catastrophe sociale se prépare-t-on? demande M. Berthelot. Cela n'annonce certainement pas que des bonnes nouvelles pour la démocratie.»
La CSQ affirme que, désormais, 20 % de la population fréquente le réseau privé au secondaire, une donnée qui passe à 30 % sur l'île de Montréal. Elle ajoute que le «corollaire» de cette fréquentation en hausse est désormais la flambée de projets sélectifs dans les écoles publiques et la désertion des meilleurs éléments vers ces groupes enrichis.
«Cette conception de la répartition des effectifs agit exactement en sens contraire de ce que la réforme prônait quand elle a été pensée», explique M. Berthelot, qui associait hier cette analyse de la CSQ à un «cri du coeur pour des élèves qui ont été abandonnés par la réforme», le mot «réforme» renvoyant ici à l'ensemble des chantiers ouverts par les états généraux.
La «ségrégation scolaire» creuse les écarts non seulement sur le terrain de l'école, mais aussi dans la classe, note la Centrale, qui dénonce le paradoxe apparent entre la volonté d'intégration des élèves handicapés et en difficulté en classe ordinaire, et la multiplication des «classes sélectives» dépouillant les autres groupes des meilleurs éléments.
«L'idée d'une classe hétérogène, appliquée par exemple en Finlande avec d'excellents résultats, ne vaut plus grand-chose au Québec, où les groupes homogènes, faibles et forts, se multiplient», explique M. Berthelot.
«Un des premiers défis des états généraux, qui était de créer l'égalité des chances, est loin d'être au rendez-vous, et encore moins pour certains groupes que pour d'autres», a dénoncé hier le président de la CSQ, Réjean Parent, qui croit que «l'éducation québécoise a glissé sur la pente dangereuse d'un modèle qui met la concurrence et le mimétisme des pratiques de l'entreprise privée au coeur de ses principes».
Outre la fin graduelle du soutien public aux établissements privés, la Centrale prône aussi un encadrement plus sévère de la liberté de choisir une école. «Nous avons déjà apporté des restrictions en ce qui a trait à la langue et à la religion, a expliqué M. Berthelot. Ne pourrait-on pas encore davantage restreindre le choix? Il faut poser la question et faire le débat.»
La Centrale, qui pourrait voir partir neuf de ses syndicats locaux — dissidents — membres de la Fédération des syndicats de l'enseignement, voit également ce pacte comme une manière de rallier les troupes autour «d'un projet commun en éducation», a indiqué Réjean Parent.
Le rêve de chances égales pour tous les écoliers, entretenu notamment par la Commission des états généraux sur l'éducation il y a dix ans, a tout du plus cuisant des échecs dans la réalité, puisque le Québec est aux prises avec un système «d'apartheid scolaire».
Tel est du moins l'un des constats auxquels arrive la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) au terme d'une recherche sur «la situation de l'éducation québécoise dans un contexte de mondialisation», dont les conclusions ont été dévoilées hier. Le syndicat, dont la majorité des 180 000 membres travaillent dans le secteur de l'éducation, s'appuie sur cet échec pour affirmer qu'il est temps de s'engager dans un «nouveau pacte social pour l'éducation».
Ce pacte, qui sera proposé au congrès de la CSQ en juin prochain, combattra l'iniquité entre les réseaux privé et public, de même que «le caractère paradoxal des politiques scolaires qui encouragent l'intégration des élèves en difficulté dans des classes ordinaires desquelles on a retiré les meilleurs éléments».
Évoquant le fait qu'au Québec, plus de 60 % des élèves d'origine immigrante sont scolarisés «dans des écoles comptant une concentration ethnique supérieure à 50 %», le chercheur Jocelyn Berthelot, de la CSQ, s'interroge sur les conséquences d'une telle «scolarisation ségréguée». «Si l'école est polarisée comme on la connaît, à quelle catastrophe sociale se prépare-t-on? demande M. Berthelot. Cela n'annonce certainement pas que des bonnes nouvelles pour la démocratie.»
La CSQ affirme que, désormais, 20 % de la population fréquente le réseau privé au secondaire, une donnée qui passe à 30 % sur l'île de Montréal. Elle ajoute que le «corollaire» de cette fréquentation en hausse est désormais la flambée de projets sélectifs dans les écoles publiques et la désertion des meilleurs éléments vers ces groupes enrichis.
«Cette conception de la répartition des effectifs agit exactement en sens contraire de ce que la réforme prônait quand elle a été pensée», explique M. Berthelot, qui associait hier cette analyse de la CSQ à un «cri du coeur pour des élèves qui ont été abandonnés par la réforme», le mot «réforme» renvoyant ici à l'ensemble des chantiers ouverts par les états généraux.
La «ségrégation scolaire» creuse les écarts non seulement sur le terrain de l'école, mais aussi dans la classe, note la Centrale, qui dénonce le paradoxe apparent entre la volonté d'intégration des élèves handicapés et en difficulté en classe ordinaire, et la multiplication des «classes sélectives» dépouillant les autres groupes des meilleurs éléments.
«L'idée d'une classe hétérogène, appliquée par exemple en Finlande avec d'excellents résultats, ne vaut plus grand-chose au Québec, où les groupes homogènes, faibles et forts, se multiplient», explique M. Berthelot.
«Un des premiers défis des états généraux, qui était de créer l'égalité des chances, est loin d'être au rendez-vous, et encore moins pour certains groupes que pour d'autres», a dénoncé hier le président de la CSQ, Réjean Parent, qui croit que «l'éducation québécoise a glissé sur la pente dangereuse d'un modèle qui met la concurrence et le mimétisme des pratiques de l'entreprise privée au coeur de ses principes».
Outre la fin graduelle du soutien public aux établissements privés, la Centrale prône aussi un encadrement plus sévère de la liberté de choisir une école. «Nous avons déjà apporté des restrictions en ce qui a trait à la langue et à la religion, a expliqué M. Berthelot. Ne pourrait-on pas encore davantage restreindre le choix? Il faut poser la question et faire le débat.»
La Centrale, qui pourrait voir partir neuf de ses syndicats locaux — dissidents — membres de la Fédération des syndicats de l'enseignement, voit également ce pacte comme une manière de rallier les troupes autour «d'un projet commun en éducation», a indiqué Réjean Parent.
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