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Revenir aux parents

Josée Boileau   23 mai 2006  Québec
C'est la révélation-surprise de la consultation publique que tient présentement la Commission scolaire de Montréal (CSDM), officiellement pour élaborer une politique interculturelle: ce qui manque d'abord à l'école, c'est de bien communiquer avec les parents, démontrait samedi Le Devoir. N'est-ce pas aussi le cri du coeur qui se cache derrière les critiques envers le bulletin issu de la réforme scolaire? Mieux informer les parents était pourtant l'une des priorités de la commission des États généraux sur l'éducation.

Il y a dix ans, le rapport final des États généraux sur l'éducation dégageait dix «chantiers prioritaires» d'action, parmi lesquels apparaissait: «Soutenir les principaux acteurs en vue de la réussite éducative.» Sous cette rubrique, on soulignait l'importance de «donner aux parents, de façon régulière, une information complète sur le cheminement scolaire de leurs enfants». La prémisse était simple: les parents se sentent maintenus à la périphérie de l'école, limités à un rôle de figuration. Il fallait vite corriger le tir.

La solution sembla toute trouvée: donner du pouvoir aux parents, en les entraînant dans les classes et en leur faisant place au sein d'une nouvelle instance décisionnelle — le conseil d'établissement, familièrement appelé le «CÉ», qu'on retrouverait désormais dans chaque école. Non seulement les parents y seraient aussi nombreux que les membres du personnel, mais l'un d'eux dirigerait le CÉ. Ce fut l'une des premières dispositions de la réforme mises en place, en 1998.

Le choc est donc grand quand on confronte l'intention originale au fait qu'aujourd'hui des parents plaident encore: «Ouvrez-nous les portes! On ne va pas déranger!» La présidente de la CSDM, Diane de Courcy, l'a admis avec une belle honnêteté: cette critique, on ne l'avait pas vue venir.

Il y a là une leçon, applicable à l'échelle de la réforme tout entière. Celle-ci a réussi à mettre en place des structures, institutionnelles ou pédagogiques, qui, sur papier, ont bien des atouts. Le danger, c'est d'oublier que ces structures doivent d'abord répondre à des besoins sur le terrain — un oubli dont on accuse souvent les «spécialistes» du ministère, qui se perdent dans les brumes de programmes vaporeux, mais qui peut aussi se vivre au seuil même des salles de classe. Les professeurs et les directions ne doivent pas perdre de vue que le parent n'est pas une menace. Et se rappeler que, pour bien des gens, l'école reste un lieu impressionnant, qui les dépasse: une simple invitation à venir y faire un tour ne suffit donc pas. Il faut y mettre les formes, et des efforts!

Évidemment, cette coupure ne se rencontre pas partout: plusieurs écoles, qui ont fait le pari de la réforme plutôt que de traîner les pieds en râlant, accueillent des parents à toute heure, et assurent un véritable lien avec la maison — ce qui apaise bien des craintes. Le problème, c'est que la situation varie grandement d'une école à l'autre au Québec, et que la décentralisation qui a désormais cours rend bien difficile de le mesurer.

D'où l'intérêt de l'approche de la CSDM. Sa tournée de consultations est basée sur un principe simple: trois soirées pour laisser les parents parler, en petits groupes d'abord, en plénière ensuite, sans les encarcaner. Ils sont issus de différentes écoles, de différents milieux, de différentes expériences et, on le constate, ce qu'ils ont à dire ne correspond pas nécessairement à ce qu'avaient en tête les organisateurs, mais fait néanmoins avancer le débat. Tant mieux. Il y a là de quoi inspirer le ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier, qui ne sait plus quoi répondre aux critiques de la réforme — dont le propos tonitruant relègue au second plan celui de bien des parents qui considèrent, ma foi, que, sur le terrain, on est loin de la catastrophe clamée du haut des tribunes.

La semaine dernière, Le Devoir révélait que le ministre songe à demander aux parents quel serait à leurs yeux le bulletin idéal. L'intuition de M. Fournier est juste et tout à fait dans l'esprit des États généraux: si le bulletin est un instrument qui doit parler aux parents, à ceux-ci de nous dire ce qu'ils veulent en comprendre.

Toutefois, menée école par école, sous la houlette du CÉ — formule qui séduit le ministre —, une telle consultation risque de ne pas attirer plus de parents que bien des assemblées générales de début d'année, et la même bande de parents actifs se retrouveront encore entre eux. Une consultation élargie à l'échelle de la commission scolaire, offerte en quelques soirées, dans un format qui laisse libre cours à tous les commentaires, offrirait plus d'occasions de confronter des points de vue, et serait bien plus riche d'enseignements pour le ministre. Surtout, cela lui éviterait de succomber à la tentation de se laver les mains de la délicate question de l'évaluation sous prétexte de laisser carte blanche à chaque école...

jboileau@ledevoir.ca






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  • Thad Trottier
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    mardi 23 mai 2006 10h51
    Que diriez-vous d'un journal dirigé par les lecteurs ?
    « Madame Josée Boileau,

    Encore une fois je vous lis en me demandant quel intérêt vous guide lorsque vous parlez d'éducation ? La question en débat à la CSDM était une politique interculturelle, pas comment les parents croient que l'école doit être faite !

    Que diriez-vous si le Devoir était quotidiennement envahi par des lectrices et lecteurs croyant qu'ils sont les mieux placés afin de vous guider dans la salle de rédaction ? Après tout, ce sont elles et eux qui lisent votre journal, non ?

    Une école n'est pas un zoo, ni un cirque Madame Boileau. Si je partage la penseé de plusieurs quant à la place réelle et nécessaire des parents au sein de l'école, soyons un peu plus rigoureux et laissons le personnel dont c'est la profession faire son travail.

    Vous ne voudriez pas de moi dans vos locaux, alors de grâce laissez-moi enseigner en paix dans ma classe. Il y a bien assez de boulversements dans nos écoles depuis quelques années !

    Caroline Proulx-Trottier, enseignante au primaire. »

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