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Une troisième voie pour Orford

La MRC propose de remplacer le projet immobilier par un projet récréotouristique

Alors que la coalition SOS Mont Orford accusait Québec de remplir les poches des amis du régime avec la privatisation de la montagne estrienne, la MRC de Memphrémagog, demeurée muette dans ce débat, a ouvert hier à Québec une sorte de troisième voie dans l'espoir de recréer dans la région un consensus dont l'absence serait de plus en plus désastreuse.

Dans son mémoire sur le projet de loi 23 sur la privatisation du mont Orford, la MRC propose en effet de remplacer le projet immobilier envisagé — qui rapporterait entre 60 et 70 millions à ses promoteurs — par un projet récréotouristique plus compatible avec la vocation du parc national. L'appel d'offres pour un projet résidentiel, prévu par le projet de loi discuté en commission parlementaire, devrait donc être remplacé, selon la MRC, les municipalités et les maires de la région, par «un appel de projets récréotouristiques susceptibles de recueillir une plus large acceptation sociale». Cette solution a été mise en avant, a expliqué hier au Devoir le président de la MRC, Roger Nicolet, dans l'espoir de rallier les principaux acteurs municipaux, économiques et environnementaux avant qu'il ne soit trop tard.

Québec, selon le scénario de la MRC, devrait s'engager à résilier le bail avec le promoteur immobilier actuel et à lui rembourser ses investissements, comme le bail le prévoit. Le gouvernement procéderait ensuite à la vente du terrain de golf; le produit serait affecté «en priorité à la réparation des dommages environnementaux occasionnés par le développement du domaine skiable au cours des années 90». Enfin, en collaboration avec un éventuel comité régional, Québec préparerait un appel de propositions pour le centre de ski en partant du principe selon lequel il demeurera dans le parc et que le développement touristique à la base de la montagne (on envisage un seul hébergement commercial, comme un hôtel ou une auberge, mais pas un complexe résidentiel de 950 habitations) respectera la réglementation municipale actuelle au lieu de s'en démarquer, comme le fait le projet de loi.

La superficie consacrée à ce projet récréotouristique ne devrait pas dépasser les 85 hectares que Québec entend réserver au projet immobilier et ne toucher en aucune façon au domaine skiable, qui demeurerait propriété de l'État. Enfin, les responsables du projet, liés à Québec par un bail emphytéotique pour garantir le retour de cet actif dans le domaine public à son expiration, devraient justifier comme étant «indispensable» tout ajout réclamé de territoire et démontrer que ce dernier est «essentiel» à la survie de la station de ski.

La MRC propose enfin que les projets soumis soient évalués en fonction non plus de leur rentabilité financière pour le gouvernement mais en fonction de la valeur de l'intégration environnementale de leurs composantes, des garanties de longévité financière des activités de la station de ski et de l'importance des redevances offertes à l'État pour agrandir le parc de façon progressive. Un jury indépendant, regroupant des représentants de Québec et des principaux organismes économiques, municipaux et environnementaux de la région, examinerait des soumissions.

En entrevue au Devoir, le président de la MRC de Memphrémagog, Roger Nicolet, a expliqué qu'il s'attendait à ce que d'autres organismes influents de la région amorcent un ralliement autour de cette proposition, du moins dans ses grandes lignes. Le Centre local de développement (CLD), un des appuis stratégiques du projet immobilier jusqu'à présent, réfléchissait hier à des propositions similaires, a précisé M. Nicolet, parce que partout dans la région, a-t-il dit, les acteurs économiques et politiques prennent la mesure du danger de faire perdurer la division sociale provoquée par ce débat acrimonieux. Ils perçoivent aussi le risque de voir ternir pour longtemps l'image de la région et de ses monuments naturels et craignent de voir se fragiliser davantage une industrie touristique déjà affaiblie par une conjoncture difficile.

«Si un changement de cap majeur ne s'opère pas et que les clivages actuels perdurent, c'est toute la région qui s'en va sur le mur», a affirmé le président de la MRC. D'où la nécessité, a-t-il dit, d'ouvrir une solution de compromis, plus consensuelle, avec l'aide d'amendements précis au projet de loi actuellement sur la table.

Enrichir des promoteurs

Par ailleurs, au cours d'une conférence de presse à Québec, SOS Mont Orford a accusé le gouvernement Charest d'avoir pipé l'appel d'offres pour le mont Orford afin de favoriser les propriétaires actuels, d'allégeance libérale, qui feront un profit faramineux avec la vente des 950 condos prévus.

Accompagné de l'ancien député libéral d'Orford et ex-président du Parti libéral du Québec, Robert Benoît, et de Claude Dallaire, le professeur Jacques St-Pierre, de l'UQAM, a dévoilé une évaluation de la rentabilité liée à la construction et à la vente de condos sur la portion du parc national cédée aux promoteurs. Selon cet économiste spécialisé en immobilier, le promoteur André L'Espérance et sa société Mont-Orford inc. empocheront un profit de 67 millions grâce à la vente de ces condos, un bénéfice substantiel pour un projet immobilier de 200 millions. En se basant sur les prévisions de vente du promoteur et sur la valeur d'éléments comparables dans la région, l'économiste qualifie son évaluation de conservatrice: le profit, a-t-il dit, pourrait atteindre les 98 millions.

SOS Mont Orford juge que l'appel d'offres est calibré sur mesure pour André L'Espérance et les actionnaires de Mont-Orford inc. Si le promoteur actuel perd l'appel d'offres, le plus offrant ne pourra pas exploiter le centre de ski avant 12 mois et devra négocier pendant cette période l'achat des immobilisations et de l'achalandage avec Mont-Orford inc. SOS Mont Orford soutient que ce nouvel acheteur, s'il se présente, sera à la merci du promoteur actuel. «On ne peut pas faire autrement que d'interpréter ce projet de loi comme accommodant le locataire actuel», a dit M. St-Pierre. Quoi qu'il arrive, c'est «gagnant gagnant» pour lui, a-t-il ajouté.

SOS Mont Orford a aussi dévoilé un organigramme de Mont-Orford inc. et des entreprises qui y sont reliées. Figurent comme administrateurs Paul Gobeil, cet ancien ministre libéral qui fut responsable des collectes de fonds pour Jean Charest à son arrivée chez les libéraux, et Claude Boulay, président du Groupe Everest, qui a travaillé à la campagne électorale de Jean Charest en 1998. Le gouvernement veut-il favoriser les amis du Parti libéral du Québec? «Vous n'aurez pas de réponse à cette question», a laconiquement répondu Robert Benoît.

Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, voit d'un bon oeil le fait que la vente des condos s'annonce comme une affaire très lucrative. «Il s'agit, selon nous, d'une excellente nouvelle», a-t-il déclaré en point de presse. S'il est vrai que le promoteur s'en mettra plein les goussets, a soutenu le ministre, le gouvernement obtiendra plus d'argent pour les terrains vendus.

Claude Béchard a nié que l'appel d'offres gouvernemental favorise M. L'Espérance et ses amis libéraux. «Le projet de loi est bien équilibré et il ne favorise personne», a-t-il soutenu.

Robert Benoît a indiqué qu'il avait rencontré Stéphane Bertrand, le directeur de cabinet du premier ministre, le 1er mai pour lui demander de laisser le projet de loi 23 au feuilleton plutôt que de l'adopter afin de permettre à une table de concertation régionale de parvenir à un consensus sur l'avenir du mont Orford, comme le proposait d'ailleurs le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). M. Benoît a précisé que cette proposition est appuyée par les secteurs universitaire, syndical et municipal ainsi que par les environnementalistes et la chambre de commerce. M. Bertrand n'a pas donné suite à cette proposition et le projet de loi a été déposé à l'Assemblée nationale deux jours plus tard.






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  • Gérard Potvin
    Abonné
    vendredi 19 mai 2006 08h23
    Rayon de soleil
    Ce matin Le Devoir salue « Une troisième voie pour Orford ». Je salue aussi avec beaucoup d'enthousiasme tout en sachant que je n'ai encore que des bribes d'information sur cette perspective. Quand j'aurai en main le mémoire et le texte de la présentation de la MRC, je pourrai préciser et sans doute réajuster ma première réaction.


    J'ai senti un rayon de soleil en entendant hier une dépêche disant que la MRC Memphrémagog s'opposait à la vente du domaine skiable au Mont-Orford, consentait à celle du terrain de golf et proposait que le gouvernement mette fin au bail de Mont-Orford Inc.


    La vente du terrain de golf

    Depuis le début de cette saga d'Orford, j'avais remarqué que l'on s'intéresse fort peu à la vente du terrain de golf; on semble le prendre pour une sorte d'annexe du domaine skiable. De fait, il ne semble pas comporter d'intérêt bio-écologique majeur et il ne paraît pas avoir de valeur symbolique particulière sauf pour quelques golfeurs invétérés.

    Le problème qui se pose malgré tout c'est qu'il est situé dans le parc et que le territoire du parc est inviolable. Les défenseurs du parc le disent clairement. Mais, répondent leurs adversaires, l'assemblée nationale est souveraine et peut lever l'inaliénabilité du territoire. Les uns et les autres pourraient sans doute convenir que la loi d'exception nécessaire ne serait légitime que si la population concernée l'approuve par voie référendaire. Si on en venait à cet accord, on commencerait à sortir de la division dont la région souffre actuellement.

    Et les propriétaires éventuels seraient soumis à la réglementation municipale du canton d'Orford.

    L'admission du domaine skiable dans le parc

    Par sa proposition, la MRC reconnaît que la présence du domaine skiable dans le parc est un acquis à préserver et non une anomalie et reconnaît que cette vocation récréative est à conjuguer avec la mission de préservation du parc.

    On s'attendrait alors à ce que les choix ne se fassent plus simplement en fonction du développement durable d'une entreprise durable mais en fonction du développement durable d'activités récréatives dans un parc préservé de façon durable.

    Il est déjà intéressant de voir le gouvernement se soucier de préserver le sommet du mont Alfred Desrochers, on s'attendrait maintenant à ce que cesse la progression des empiètements sur la partie supérieure du mont Orford et à ce que des redressements appropriés soient apportés. Le sommet de l'Orford est unique.

    Gérard Potvin
    19 mai 2006

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