Bouchard ferme la porte à la politique
Québec — L'ancien premier ministre Lucien Bouchard n'a pas l'intention de revenir à la politique. C'est ce qu'il a précisé hier en marge d'un colloque intitulé «Les médias et la politique: d'où viennent les influences?» et pendant lequel il a reproché au Devoir de l'avoir «livré en pâture» à l'opinion publique.
Malgré tout, M. Bouchard s'est dit «touché» par notre sondage d'il y a une semaine, qui indiquait que pas moins de la moitié des Québécois souhaitait son retour. Certes, la «confiance relative que ça exprime de la part de [ses] concitoyens» l'a flatté, mais les raisons familiales (ses fils ont 14 et 16 ans) pour lesquelles il a quitté la politique il y a cinq ans existent toujours, a-t-il affirmé, et il a maintenant 67 ans. «Je ferme la porte... [mais] elle était fermée, la porte. Elle reste fermée. La porte ne s'est pas rouverte parce qu'il y a eu un sondage.» Tout au plus a-t-il reconnu avoir eu des «états d'âme» à propos desquels, en anglais, il a un peu épilogué: «Évidemment, je suis humain... Je me réveille la nuit en me demandant ce qui m'arrive, ce que je dois faire...»
Le sondage, bien que flatteur, lui a fait passer une dure semaine, a-t-il raconté. «Il y a un journal qui m'a exposé en pâture dans un sondage [...]. On se remet à parler de moi et j'en souffre, j'en souffre. Alors, c'est assez grave», a-t-il dit dans la salle de conférence, provoquant quelques rires sceptiques dans l'auditoire. Très jaloux de sa vie privée, M. Bouchard a dit avoir trouvé «terrifiant» de voir les chroniqueurs se mettre à échafauder des «hypothèses à propos de ses revenus personnels» d'avocat (chez Davies, Ward, Phillips & Vineberg) et de sa situation matrimoniale. «Avec tout ça, j'ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur mon travail», a-t-il précisé, notamment en raison de la «pression», de «tous ces gens qui téléphonent».
Lucien Bouchard prétend s'imposer un devoir de réserve à l'égard de la vie politique. Il a d'ailleurs refusé hier de faire tout commentaire de cet ordre. Non seulement il a refusé de répondre aux questions sur «la crise du leadership politique au Québec» ou à propos d'une participation à une éventuelle campagne référendaire, mais il a systématiquement refusé de dire s'il est encore souverainiste. «Je ne veux pas entrer là-dedans», a-t-il répété à plusieurs reprises. L'automne dernier, après la publication du Manifeste pour un Québec lucide, il avait reconnu, du bout des lèvres, qu'il était «toujours souverainiste» lors d'un entretien à Radio-Canada. Hier toutefois, rien.
Son devoir de réserve impose ce silence, a-t-il expliqué, et il tente de le respecter d'abord «pour les citoyens» qui «apprécient qu'un ancien premier ministre ne vienne pas jouer à la belle-mère pour nuire à ceux» qu'ils ont élus. À l'égard de ces derniers — chefs de gouvernement comme chefs de parti —, il dit éprouver de «l'empathie». Leur tâche n'a rien de facile: ils en «ont plein les bras avec une situation qui est difficile. Le Québec, c'est difficile à gérer. C'est un défi extrêmement dur à relever». Renouant avec les thèmes du manifeste des «lucides», il a souligné qu'il n'est «pas facile de traiter de la situation actuelle, d'ouvrir des chemins pour l'avenir, avec toutes les contraintes que nous avons, avec ce que nous traînons de fardeau de dette, [de fardeau] fiscal trop lourd et ainsi de suite». Aussi, il précise ne vouloir «nuire» à personne. «Au contraire, je veux aider si c'est possible à l'avancement de la société québécoise. Sauf que je ne peux pas le faire comme un acteur direct», a-t-il dit, précisant qu'il parlait à «tout le monde».
C'est avec hésitation qu'il est intervenu publiquement, l'automne dernier, avec le groupe des «lucides»: il craignait justement que cela n'alimente «des rumeurs ou des attributions d'ambitions refoulées». Depuis, les rumeurs ont d'ailleurs repris, et les appels à d'autres actions, à la publication d'autres textes, ont été nombreux. M. Bouchard, qui trouve impossible de répondre à toutes ces invitations, a cependant affirmé que le manifeste des «lucides» pourrait avoir une suite: «Oui, on va sûrement encore faire des choses, mais je vais m'assurer en tout cas que ça ne va pas provoquer d'autres rumeurs de retour en politique.»
«C'est qui, ce gars-là?»
En septembre 1995, en pleine campagne référendaire, M. Bouchard, alors à la tête du Bloc québécois, avait fustigé l'ancien chef péquiste Pierre Marc Johnson parce que ce dernier s'imposait une réserve. «Ce n'est pas normal et c'est surprenant, surprenant [de la part] du successeur de René Lévesque», avait-il dit alors.
Comprend-il mieux maintenant l'attitude de M. Johnson à l'époque, lui qui tient tant à sa réserve aujourd'hui? «Il faudrait lui demander pourquoi. Moi, j'ai mes raisons et mes raisons me suffisent», a répondu M. Bouchard, qui, du reste, a soutenu ne pas se souvenir précisément de son indignation de septembre 1995. «Elle a dû prendre place à travers beaucoup d'indignations», s'est-il amusé, semblant vouloir prendre une distance avec son personnage de l'époque. D'ailleurs, en octobre dernier, après avoir visionné le documentaire Point de rupture sur le référendum de 1995, il avait, en parlant de lui-même, déclaré à La Presse: «Je regardais ce gars-là qui parlait. J'en avais oublié la moitié.»
Malgré tout, M. Bouchard s'est dit «touché» par notre sondage d'il y a une semaine, qui indiquait que pas moins de la moitié des Québécois souhaitait son retour. Certes, la «confiance relative que ça exprime de la part de [ses] concitoyens» l'a flatté, mais les raisons familiales (ses fils ont 14 et 16 ans) pour lesquelles il a quitté la politique il y a cinq ans existent toujours, a-t-il affirmé, et il a maintenant 67 ans. «Je ferme la porte... [mais] elle était fermée, la porte. Elle reste fermée. La porte ne s'est pas rouverte parce qu'il y a eu un sondage.» Tout au plus a-t-il reconnu avoir eu des «états d'âme» à propos desquels, en anglais, il a un peu épilogué: «Évidemment, je suis humain... Je me réveille la nuit en me demandant ce qui m'arrive, ce que je dois faire...»
Le sondage, bien que flatteur, lui a fait passer une dure semaine, a-t-il raconté. «Il y a un journal qui m'a exposé en pâture dans un sondage [...]. On se remet à parler de moi et j'en souffre, j'en souffre. Alors, c'est assez grave», a-t-il dit dans la salle de conférence, provoquant quelques rires sceptiques dans l'auditoire. Très jaloux de sa vie privée, M. Bouchard a dit avoir trouvé «terrifiant» de voir les chroniqueurs se mettre à échafauder des «hypothèses à propos de ses revenus personnels» d'avocat (chez Davies, Ward, Phillips & Vineberg) et de sa situation matrimoniale. «Avec tout ça, j'ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur mon travail», a-t-il précisé, notamment en raison de la «pression», de «tous ces gens qui téléphonent».
Lucien Bouchard prétend s'imposer un devoir de réserve à l'égard de la vie politique. Il a d'ailleurs refusé hier de faire tout commentaire de cet ordre. Non seulement il a refusé de répondre aux questions sur «la crise du leadership politique au Québec» ou à propos d'une participation à une éventuelle campagne référendaire, mais il a systématiquement refusé de dire s'il est encore souverainiste. «Je ne veux pas entrer là-dedans», a-t-il répété à plusieurs reprises. L'automne dernier, après la publication du Manifeste pour un Québec lucide, il avait reconnu, du bout des lèvres, qu'il était «toujours souverainiste» lors d'un entretien à Radio-Canada. Hier toutefois, rien.
Son devoir de réserve impose ce silence, a-t-il expliqué, et il tente de le respecter d'abord «pour les citoyens» qui «apprécient qu'un ancien premier ministre ne vienne pas jouer à la belle-mère pour nuire à ceux» qu'ils ont élus. À l'égard de ces derniers — chefs de gouvernement comme chefs de parti —, il dit éprouver de «l'empathie». Leur tâche n'a rien de facile: ils en «ont plein les bras avec une situation qui est difficile. Le Québec, c'est difficile à gérer. C'est un défi extrêmement dur à relever». Renouant avec les thèmes du manifeste des «lucides», il a souligné qu'il n'est «pas facile de traiter de la situation actuelle, d'ouvrir des chemins pour l'avenir, avec toutes les contraintes que nous avons, avec ce que nous traînons de fardeau de dette, [de fardeau] fiscal trop lourd et ainsi de suite». Aussi, il précise ne vouloir «nuire» à personne. «Au contraire, je veux aider si c'est possible à l'avancement de la société québécoise. Sauf que je ne peux pas le faire comme un acteur direct», a-t-il dit, précisant qu'il parlait à «tout le monde».
C'est avec hésitation qu'il est intervenu publiquement, l'automne dernier, avec le groupe des «lucides»: il craignait justement que cela n'alimente «des rumeurs ou des attributions d'ambitions refoulées». Depuis, les rumeurs ont d'ailleurs repris, et les appels à d'autres actions, à la publication d'autres textes, ont été nombreux. M. Bouchard, qui trouve impossible de répondre à toutes ces invitations, a cependant affirmé que le manifeste des «lucides» pourrait avoir une suite: «Oui, on va sûrement encore faire des choses, mais je vais m'assurer en tout cas que ça ne va pas provoquer d'autres rumeurs de retour en politique.»
«C'est qui, ce gars-là?»
En septembre 1995, en pleine campagne référendaire, M. Bouchard, alors à la tête du Bloc québécois, avait fustigé l'ancien chef péquiste Pierre Marc Johnson parce que ce dernier s'imposait une réserve. «Ce n'est pas normal et c'est surprenant, surprenant [de la part] du successeur de René Lévesque», avait-il dit alors.
Comprend-il mieux maintenant l'attitude de M. Johnson à l'époque, lui qui tient tant à sa réserve aujourd'hui? «Il faudrait lui demander pourquoi. Moi, j'ai mes raisons et mes raisons me suffisent», a répondu M. Bouchard, qui, du reste, a soutenu ne pas se souvenir précisément de son indignation de septembre 1995. «Elle a dû prendre place à travers beaucoup d'indignations», s'est-il amusé, semblant vouloir prendre une distance avec son personnage de l'époque. D'ailleurs, en octobre dernier, après avoir visionné le documentaire Point de rupture sur le référendum de 1995, il avait, en parlant de lui-même, déclaré à La Presse: «Je regardais ce gars-là qui parlait. J'en avais oublié la moitié.»
Haut de la page

