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À l'ombre d'une montagne

Le mont Orford fait écran aux bons coups de Jean Charest

Robert Dutrisac   6 mai 2006  Québec
Jean Charest peut-il encore faire mentir les sondages ?
Photo : Jacques Nadeau
Jean Charest peut-il encore faire mentir les sondages ?
Québec — Quelle semaine pour Jean Charest! Mardi, il était aux anges: dans le premier budget du gouvernement Harper, Ottawa a défini un échéancier précis pour régler le déséquilibre fiscal. Jeudi, il présentait sa stratégie énergétique, dans laquelle la place accordée aux grands barrages rappelle la baie James de Robert Bourassa. Hier, il signait une entente historique sur la présence du Québec à l'UNESCO. Mais voilà, le chef libéral, parti des hautes sphères du rayonnement international du Québec, retombera sur le plancher des vaches avec ce litigieux mont Orford qui déchire les libéraux réunis aujourd'hui à leur Conseil général.

À la liste des accomplissements tout chauds du gouvernement Charest, on peut même ajouter le pacte fiscal avec les municipalités, une entente négociée, dévoilée à la fin de la semaine dernière, qui a rallié la très grande majorité des représentants du monde municipal.

Par-dessus tout cela, deux sondages désastreux — et concordants — sont venus assombrir l'horizon de Jean Charest. Plus des deux tiers des répondants sont insatisfaits de son gouvernement, une statistique qui semble vouloir s'incruster. La dernière enquête d'opinion de Léger Marketing, dont la première partie fut publiée hier dans nos pages, est dévastatrice: 65 % des Québécois voudraient qu'il démissionne, dont la moitié des allophones et 41 % des sympathisants libéraux.

Une rencontre planifiée

Les Conseils généraux du PLQ sont habituellement réglés comme papier à musique. On occupe les militants libéraux en les faisant réfléchir sur des sujets bien définis, présentés par des ministres et des experts. Le Conseil général qui s'est s'ouvert hier ne fait pas exception: le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, après avoir défendu la privatisation partielle du parc du Mont-Orford hier soir, prendra le plancher aujourd'hui pour parler du «Québec dans un contexte de changements climatiques: un modèle énergétique et de développement durable», un thème qui fait l'objet d'une résolution-cadre. Une résolution encensoir, plutôt.

Paradoxalement, les apparatchiks libéraux ont choisi de noyer la polémique au sujet du mont Orford, dont l'enjeu est environnemental, par une réflexion sur l'environnement, comme s'ils tentaient de combattre le feu par le feu.

Les militants libéraux ne disposeront que de deux heures trente pour passer à travers 19 résolutions, dont la résolution 4, amenée par la Commission politique de l'Estrie. Cette proposition accorde un appui sans réserve au projet de loi sur le mont Orford présenté par M. Béchard cette semaine.

L'environnementaliste Jean-Guy Dépôt, qui est membre de la Commission politique et du Comité de suivi des engagements électoraux du PLQ, viendra présenter une résolution d'urgence visant «le maintien de l'intégrité territoriale du parc du Mont-Orford à perpétuité». On ne sait si elle sera débattue: il est possible qu'on tente de l'écarter d'emblée. De même, il est courant que les libéraux n'aient pas le temps de se prononcer sur l'ensemble des propositions et qu'ils en laissent un grand nombre en plan. Il devrait toutefois y avoir un vrai débat: l'ancien ministre et député de Chomedey, Thomas Mulcair, et le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, qui s'opposent au projet gouvernemental, ont fait savoir, de leur côté, qu'ils ne resteraient pas cois.

De la pression

Pour peu que ces débats sur le parc du Mont-Orford s'enveniment, des fissures pourraient apparaître dans la placidité proverbiale de ce parti de pouvoir qu'est le PLQ.

«Du côté de ceux qui ont placé Jean Charest là où il est, la pression a monté d'un cran», confie une source libérale. Ceux qui l'ont placé à la tête du PLQ en 1998, c'est cette petite élite d'affaires du Québec, allant de Paul Desmarais aux «gens du lac» (Memphrémagog).

«Paul Desmarais junior est toujours derrière Jean Charest», confie une autre source bien informée. Pour une des figures du Québec inc., Jean Charest est à la tête d'un gouvernement qui se caractérise par «sa mauvaise gestion de l'opinion publique». Le cas d'Orford est patent: le projet a été mal ficelé; le gouvernement ne s'est pas assuré d'avoir tous les appuis nécessaires à son acceptation sociale. «Peut-être qu'il est mal entouré», avance-t-on.

Déception peut-être, agacement sans doute, ou encore perplexité. L'élite économique n'a toutefois pas l'intention d'ourdir une fronde contre le chef libéral, qui est au pouvoir, rappelons-le, et non pas dans l'opposition comme l'était Daniel Johnson lorsque cette même élite d'affaires lui a montré la porte. En outre, l'étoile du successeur putatif, Philippe Couillard, a considérablement pâli auprès de ces gros bonnets après la déconfiture du projet du CHUM à Outremont. «M. Couillard est moins dans leur carton. Le monde des affaires est hypocrite et revanchard», fait-on valoir.

En fait, cette élite économique, qui se reconnaît dans le programme des «lucides», est d'accord avec les grandes orientations du gouvernement Charest. Ce qui les sidère, ce sont ses gaffes, sa maladresse.

La foi

Il y a deux mois, Jean Charest participait à une rencontre privée, organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, avec une brochette de gens d'affaires. «Il était excellent. Contrairement au Jean Charest des débuts, il connaissait ses dossiers sur le bout des doigts. Il était prêt à faire une campagne électorale et à l'emporter», raconte une source présente à cet événement.

Dans ces milieux, on croit encore que Jean Charest peut faire mentir les sondages et que la grogne est toujours alimentée par les mêmes groupes, syndicats et environnementalistes en tête, ou encore péquistes.

Qui plus est, on n'est pas sans noter la faiblesse du Parti québécois dans les circonstances. Si Jean Charest est un habitué des mauvais sondages, André Boisclair, de son côté, devrait commencer à s'inquiéter. Le Parti québécois, dont les appuis dans les sondages s'élevaient à 50 % au moment de la course au leadership, a vacillé pour se retrouver à 34 %, selon le dernier coup de sonde de Léger Marketing. Les libéraux recueillent 29 % des intentions de vote. L'écart n'est pas énorme et les libéraux, lors des élections, jouissent souvent d'une «prime à l'urne».

Pour les libéraux, il est navrant que les grandes annonces sur lesquelles ils comptaient pour remonter dans l'estime populaire — loi sur le développement durable, pacte fiscal, possibilité d'un règlement du déséquilibre fiscal, présence à l'UNESCO — soient oblitérées par une montagne, cette «anomalie», comme disait Monique Gagnon-Tremblay.
Jean Charest peut-il encore faire mentir les sondages ?
 






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