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Relance des mégaprojets hydroélectriques

Québec entend investir 25 milliards d'ici 2015

La nouvelle «stratégie» énergétique du Québec, dévoilée hier dans la Vieille Capitale, repose sur le pilier des politiques antérieures, soit la relance des mégaprojets hydroélectriques, qui devraient ajouter 4500 MW grâce à des investissements de 25 milliards d'ici 2015.

Cette production s'ajoutera aux 880 MW et aux 8,5 TWh du projet de détournement de la Rupert et de la construction de la centrale Eastmain 1A, actuellement en audiences fédérales-provinciales.

Le gouvernement Charest change toutefois un des principes fondamentaux des politiques antérieures en autorisant le harnachement des dernières grandes rivières vierges du Québec, non pas pour répondre aux besoins internes de la province mais pour tirer de gros profits des 1000 MW qu'il entend exporter. Autre changement, une partie de cette énergie sera vendue à l'extérieur par des «contrats fermes» plutôt que sur le marché déréglementé, plus payant. Selon toute vraisemblance, cette électricité aboutira en bonne partie en Ontario, qui a un criant besoin de nouvelles sources d'énergie.

Cette politique, qui prévoit un examen des interconnexions actuelles avec l'Ontario, ouvre ainsi la porte à la construction de nouvelles lignes à haute tension entre les deux provinces, qui ont conjointement proposé à Terre-Neuve de développer le potentiel restant du bassin de la Churchill. Ces exportations massives, a précisé le premier ministre Jean Charest hier, alimenteront le Fonds des générations qui doit réduire la dette du Québec.

Cette stratégie énergétique, qui prévoit ne rien exporter tant que les besoins internes ne seront pas comblés, met fin au débat sur le prix de vente des 165 TWh d'électricité «patrimoniale», celle que les Québécois ont payée de leur poche depuis deux générations. Comme par le passé, cette énergie sera vendue à Hydro-Québec Distribution au tarif de 2,79 ¢ le kilowatt-heure et non pas aux tarifs continentaux, beaucoup plus élevés. Mais si Québec entend maintenir l'«avantage québécois» sur le plan tarifaire, il ne veut plus devoir fournir plus de 50 MW aux nouvelles entreprises énergivores à moins qu'elles ne fassent la preuve que leurs activités auront ici des retombées équivalentes au coût marginal des nouvelles productions.

Cependant, Québec réduit radicalement le rythme de progression de la filière éolienne, qui pourra produire 1000 MW au cours de la prochaine décennie alors que Québec lui a concédé 3000 MW en deux ans. Cette filière, dont le potentiel dépasse plus de dix fois le potentiel hydroélectrique, sera ainsi limitée à 10 % de la puissance hydroélectrique de pointe installée. Québec estime que le réseau d'Hydro-Québec ne peut pas absorber davantage d'énergie éolienne alors que des pays comme le Danemark en intègrent 18 % et que l'expérience européenne démontre qu'on peut en intégrer davantage, apprenait-on cette semaine aux audiences portant sur la Rupert. Le développement de l'éolien sera placé «à la remorque» du développement de la filière hydroélectrique, selon le mot du ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil. Chaque nouvelle tranche de 1000 MW d'hydroélectricité permettra de développer 100 MW d'éolien additionnel. En conférence de presse, le ministre Corbeil a précisé que la limite de 10 % imposée comme «maximum» dans le texte de présentation de son sous-ministre et dans le texte de la stratégie devait en réalité être compris comme un «minimum». Aucun amendement au texte officiel n'a toutefois été apporté.

Québec réserve une autre tranche de 500 MW d'énergie éolienne aux communautés autochtones et aux régions (MRC), soit 250 MW chacune, à raison d'un maximum de 50 MW par projet. Mais Québec ne réserve pas le développement de l'énergie éolienne aux MRC, qui en subiront les impacts, alors qu'il leur réserve, sans plafond de production, le développement des petites centrales, un secteur désormais fermé au secteur privé, sauf en partenariat minoritaire avec les MRC. Cette ouverture modifie une autre politique historique car elle considère les rivières comme la propriété des régions et non plus comme un patrimoine collectif commun, dont elles sont les fiduciaires avant d'en être les principaux bénéficiaires.

Par ailleurs, le volet sur l'efficacité énergétique comprend plusieurs éléments novateurs mais dont l'influence est marginale par rapport aux propositions de base de la stratégie.

Ainsi, Québec s'engage à multiplier par huit sa cible globale en efficacité énergétique, ce qui permettra aux consommateurs d'épargner 2,5 milliards de dollars. Mais ce gain ne se réalisera pas uniquement dans le secteur de l'électricité, où Québec se contente de doubler modestement son objectif actuel, qui passera d'ici dix ans de quatre à huit TWh sur une consommation avoisinant les 170 TWh. En réalité, la hausse de la mire s'explique ici par le fait que Québec astreint pour la première fois le secteur pétrolier à une politique d'économies d'énergie, qui devrait réduire le bilan québécois d'émissions de gaz à effet de serre de 9,4 millions de tonnes (Mt) grâce à une réduction de la consommation de deux TEP (équivalent en millions de tonnes) dont l'essentiel se concentrera dans les transports et la chauffe industrielle.

Du côté des transports, la stratégie propose de remplacer 5 % du pétrole par de l'éthanol produit non pas à partir de maïs-grain, une production polluante et énergivore, mais grâce à la biomasse forestière. L'Agence de l'efficacité énergétique, dont le mandat est élargi à l'innovation technologique, pourra compter sur dix millions de dollars provenant des différents secteurs énergétiques pour financer notamment un projet-pilote d'éthanol-biomasse afin de porter cette technologie au stade de la production d'ici 2012. La nouvelle politique prévoit aussi un remboursement de la TVQ lors de l'achat de voitures hybrides. Cette stratégie est délibérément discriminatoire car Québec n'entend pas financer de la même façon les autres véhicules qui seraient tout aussi et même plus performants sur le plan énergétique, ce qui va des simples motos aux voitures électriques. Québec réfléchira à cette question tout en jonglant avec la possibilité d'imposer des normes de consommation aux véhicules vendus au Québec, comme le fait la Californie.

Une petite révolution attend aussi les consommateurs, chez lesquels Québec promet d'installer des compteurs «intelligents» qui factureront l'électricité plus cher en période de pointe et moins cher aux autres moments. À cette innovation, qui coûtera des dizaines de millions, s'ajoutera une nouvelle grille tarifaire dont le premier échelon sera moins élevé qu'à l'heure actuelle pour les 30 premiers kWh (une maison sans chauffage électrique) mais plus haut que maintenant dans le cas du reste. La politique propose même de créer un troisième échelon pour frapper encore plus durement les consommateurs les plus énergivores.

Enfin, Québec ouvre la porte à l'exploration du golfe du Saint-Laurent pour y dénicher du gaz et du pétrole, tout comme il voit d'un bon oeil la prolifération des ports méthaniers, qui pourraient même, dans l'esprit du premier ministre Jean Charest, servir à exporter du gaz aux États-Unis, où ces installations sujettes à controverse ne sont pas les bienvenues.
 
 
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