Québec se réserve le droit de doubler la superficie d'Orford
La manoeuvre n'éteint pas l'opposition
Québec a inscrit hier des réserves foncières autour du parc d'Orford sur 5500 hectares afin de pouvoir, d'ici deux ans, s'en porter acquéreur, de gré à gré ou par expropriation, à un coût approximatif de quatre millions, question de compenser la vente du mont Orford aux promoteurs d'un éventuel projet immobilier d'envergure.
En gelant pour deux ans le développement des terrains en cause afin de préserver ses droits d'acquisition, ce qui constitue l'essence d'une réserve foncière, Québec n'a pourtant pas réussi à calmer le jeu dans le dossier d'Orford. Au moment où le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, annonçait la signification par huissier des réserves foncières, 15 des plus grands spécialistes en écologie végétale du Québec démolissaient la thèse gouvernementale voulant que l'achat des 5500 hectares de terres basses au nord du parc puisse constituer une compensation écologique valable pour la perte du mont Orford.
Trois grands propriétaires sont particulièrement visés par la stratégie d'acquisition de Québec mise en branle hier, dont les Conteneurs Grief et la famille Bombardier, comme le révélait Le Devoir il y a 15 jours. Ces trois grandes propriétés totalisent 88 % des 5500 hectares ciblés par Québec. Le ministre Béchard entend laisser certains acquéreurs potentiels, comme la fiducie foncière Conservation de la nature, compléter les négociations en cours, notamment avec les Conteneurs Greif. En effet, d'un point de vue fiscal, il pourrait être plus avantageux pour de grands propriétaires de céder leurs terrains à une fiducie de ce genre. Mais pour inclure ces terrains dans le parc, ils devront être vendus au gouvernement par la suite, ce qui ne devrait pas vraiment poser de difficulté, à la condition que Québec accepte des servitudes de non-développement irréversibles en faveur des fiducies, ce qui protégerait davantage les nouveaux terrains que l'actuelle Loi des parcs...
Avec les terrains que Québec se propose d'acquérir, la surface totale d'Orford atteindrait 104 km2, ce qui en ferait la deuxième forêt feuillue protégée au Québec après celle du parc de Frontenac.
L'opposition ne faiblit pas
Dans la région estrienne, le message était toutefois unanime hier: bravo pour l'idée d'agrandir le parc et la surface globale des aires protégées du Québec. «Mais cela n'a rien à voir et ne compense pas la perte du mont Orford au profit d'un promoteur privé, ce qui demeure totalement inacceptable», commentait Gisèle Benoît, porte-parole de SOS Orford.
Pour le président du Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, Jean-Guy Dépôt, ce projet d'acquisition ne justifie pas la privatisation du mont Orford. Il s'est aussi dit désagréablement surpris de voir le gouvernement Charest «revenir sur sa position du début», alors qu'il s'engageait à ne rien exproprier.
Une dizaine de petits propriétaires établis entre le parc actuel et les grandes propriétés situées au nord ont reçu hier des avis de réserve foncière par huissier, ce qui a créé une commotion dans la région. Mais à Québec, le ministre Claude Béchard s'est dit convaincu de pouvoir acquérir ces terrains de gré à gré, sans abandonner la possibilité d'exproprier, car il tient à relier les futures acquisitions au parc actuel afin ne pas se faire accuser d'avoir créé un autre parc.
Mais c'est exactement ce que les scientifiques affirment dans la lettre envoyée au premier ministre hier, démolissant la thèse d'une compensation écologique valable.
«La végétation au sommet du mont Orford, écrivent les 15 spécialistes en écologie végétale, est de type boréal, ce qui contraste avec la végétation du reste de la région. [...] La perte de la montagne ne peut être compensée par l'achat de terres basses dans un autre secteur de la région. En effet, un des principaux intérêts de cette montagne est le gradient altitudinal. Les écosystèmes ne sont pas interchangeables. [...] L'idée d'augmenter la superficie du parc en achetant des forêts adjacentes est intéressante, mais cela ne peut pas se faire au détriment des écosystèmes particuliers du mont Orford.»
De passage hier dans la région, le poète-chansonnier Richard Desjardins a apporté son appui public aux adversaires, un appui qui est aussi venu de la Fédération québécoise de la faune (FQF), qui représente les centaines de milliers de chasseurs et de pêcheurs organisés du Québec.
Des «terrains de compromis»
De son côté, le p.-d.g. de Mont-Orford inc., André L'Espérance, a dit estimer que le ministre Béchard avait réussi «un tour de force» compte tenu du fait que plusieurs doutaient de la possibilité qu'il double la superficie du parc. «Cela, a-t-il dit, a stimulé l'imagination des fonctionnaires et du gouvernement pour essayer de trouver des terrains de compromis qui feraient que les gens, en bout de ligne, accepteraient le geste posé — ou du moins celui qu'on veut poser — au mont Orford. Il faut regarder cela comme faisant partie d'un tout. Bravo! Moi, je dis: bravo!»
M. L'Espérance a toutefois souligné qu'il n'est qu'un «citoyen» dans cette histoire car rien n'assure qu'il deviendra propriétaire du mont Orford, lequel sera vendu par appel d'offres.
Du côté du Parti québécois, on disait hier avoir l'impression d'assister à l'éclatement d'un «pétard mouillé», selon l'expression utilisée par le critique en matière de parcs, Stéphane Bergeron. Selon lui, la population ne doit pas «se laisser berner par le gouvernement parce qu'il est tout à fait faux de prétendre aujourd'hui que la superficie vient d'être doublée». À ses dires, tout ce que le gouvernement a fait hier, «c'est de mettre une réserve foncière sur les terrains convoités». Autrement dit, il n'y a pas à proprement parler d'acquisition de terrain. «On ignore si les propriétaires des terrains mis en réserve accepteront de vendre», a fait remarquer M. Bergeron. Surtout que, «contrairement à ce que le ministre prétend», de larges pans du territoire mis en réserve sont en zone urbaine. À Bonsecours, a fait remarquer le député, le secteur mis en réserve foncière est celui où se concentre la majorité des 500 âmes que compte la municipalité. «Alors, c'est un peu étrange d'entendre le ministre nous dire qu'il n'est pas intéressé par des bâtiments alors qu'une bonne partie de la réserve a été mise sur des terrains où il y a des bâtiments.»
Par ailleurs, M. Bergeron pense que le gouvernement est irréaliste s'il croit qu'il n'y a eu aucun phénomène de spéculation foncière sur ces terrains: «C'est de la pensée magique que de prétendre que les terrains qu'il évaluait à 16 millions de dollars le 6 mars dernier seraient maintenant à quatre millions de dollars», a-t-il déclaré.
En gelant pour deux ans le développement des terrains en cause afin de préserver ses droits d'acquisition, ce qui constitue l'essence d'une réserve foncière, Québec n'a pourtant pas réussi à calmer le jeu dans le dossier d'Orford. Au moment où le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, annonçait la signification par huissier des réserves foncières, 15 des plus grands spécialistes en écologie végétale du Québec démolissaient la thèse gouvernementale voulant que l'achat des 5500 hectares de terres basses au nord du parc puisse constituer une compensation écologique valable pour la perte du mont Orford.
Trois grands propriétaires sont particulièrement visés par la stratégie d'acquisition de Québec mise en branle hier, dont les Conteneurs Grief et la famille Bombardier, comme le révélait Le Devoir il y a 15 jours. Ces trois grandes propriétés totalisent 88 % des 5500 hectares ciblés par Québec. Le ministre Béchard entend laisser certains acquéreurs potentiels, comme la fiducie foncière Conservation de la nature, compléter les négociations en cours, notamment avec les Conteneurs Greif. En effet, d'un point de vue fiscal, il pourrait être plus avantageux pour de grands propriétaires de céder leurs terrains à une fiducie de ce genre. Mais pour inclure ces terrains dans le parc, ils devront être vendus au gouvernement par la suite, ce qui ne devrait pas vraiment poser de difficulté, à la condition que Québec accepte des servitudes de non-développement irréversibles en faveur des fiducies, ce qui protégerait davantage les nouveaux terrains que l'actuelle Loi des parcs...
Avec les terrains que Québec se propose d'acquérir, la surface totale d'Orford atteindrait 104 km2, ce qui en ferait la deuxième forêt feuillue protégée au Québec après celle du parc de Frontenac.
L'opposition ne faiblit pas
Dans la région estrienne, le message était toutefois unanime hier: bravo pour l'idée d'agrandir le parc et la surface globale des aires protégées du Québec. «Mais cela n'a rien à voir et ne compense pas la perte du mont Orford au profit d'un promoteur privé, ce qui demeure totalement inacceptable», commentait Gisèle Benoît, porte-parole de SOS Orford.
Pour le président du Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, Jean-Guy Dépôt, ce projet d'acquisition ne justifie pas la privatisation du mont Orford. Il s'est aussi dit désagréablement surpris de voir le gouvernement Charest «revenir sur sa position du début», alors qu'il s'engageait à ne rien exproprier.
Une dizaine de petits propriétaires établis entre le parc actuel et les grandes propriétés situées au nord ont reçu hier des avis de réserve foncière par huissier, ce qui a créé une commotion dans la région. Mais à Québec, le ministre Claude Béchard s'est dit convaincu de pouvoir acquérir ces terrains de gré à gré, sans abandonner la possibilité d'exproprier, car il tient à relier les futures acquisitions au parc actuel afin ne pas se faire accuser d'avoir créé un autre parc.
Mais c'est exactement ce que les scientifiques affirment dans la lettre envoyée au premier ministre hier, démolissant la thèse d'une compensation écologique valable.
«La végétation au sommet du mont Orford, écrivent les 15 spécialistes en écologie végétale, est de type boréal, ce qui contraste avec la végétation du reste de la région. [...] La perte de la montagne ne peut être compensée par l'achat de terres basses dans un autre secteur de la région. En effet, un des principaux intérêts de cette montagne est le gradient altitudinal. Les écosystèmes ne sont pas interchangeables. [...] L'idée d'augmenter la superficie du parc en achetant des forêts adjacentes est intéressante, mais cela ne peut pas se faire au détriment des écosystèmes particuliers du mont Orford.»
De passage hier dans la région, le poète-chansonnier Richard Desjardins a apporté son appui public aux adversaires, un appui qui est aussi venu de la Fédération québécoise de la faune (FQF), qui représente les centaines de milliers de chasseurs et de pêcheurs organisés du Québec.
Des «terrains de compromis»
De son côté, le p.-d.g. de Mont-Orford inc., André L'Espérance, a dit estimer que le ministre Béchard avait réussi «un tour de force» compte tenu du fait que plusieurs doutaient de la possibilité qu'il double la superficie du parc. «Cela, a-t-il dit, a stimulé l'imagination des fonctionnaires et du gouvernement pour essayer de trouver des terrains de compromis qui feraient que les gens, en bout de ligne, accepteraient le geste posé — ou du moins celui qu'on veut poser — au mont Orford. Il faut regarder cela comme faisant partie d'un tout. Bravo! Moi, je dis: bravo!»
M. L'Espérance a toutefois souligné qu'il n'est qu'un «citoyen» dans cette histoire car rien n'assure qu'il deviendra propriétaire du mont Orford, lequel sera vendu par appel d'offres.
Du côté du Parti québécois, on disait hier avoir l'impression d'assister à l'éclatement d'un «pétard mouillé», selon l'expression utilisée par le critique en matière de parcs, Stéphane Bergeron. Selon lui, la population ne doit pas «se laisser berner par le gouvernement parce qu'il est tout à fait faux de prétendre aujourd'hui que la superficie vient d'être doublée». À ses dires, tout ce que le gouvernement a fait hier, «c'est de mettre une réserve foncière sur les terrains convoités». Autrement dit, il n'y a pas à proprement parler d'acquisition de terrain. «On ignore si les propriétaires des terrains mis en réserve accepteront de vendre», a fait remarquer M. Bergeron. Surtout que, «contrairement à ce que le ministre prétend», de larges pans du territoire mis en réserve sont en zone urbaine. À Bonsecours, a fait remarquer le député, le secteur mis en réserve foncière est celui où se concentre la majorité des 500 âmes que compte la municipalité. «Alors, c'est un peu étrange d'entendre le ministre nous dire qu'il n'est pas intéressé par des bâtiments alors qu'une bonne partie de la réserve a été mise sur des terrains où il y a des bâtiments.»
Par ailleurs, M. Bergeron pense que le gouvernement est irréaliste s'il croit qu'il n'y a eu aucun phénomène de spéculation foncière sur ces terrains: «C'est de la pensée magique que de prétendre que les terrains qu'il évaluait à 16 millions de dollars le 6 mars dernier seraient maintenant à quatre millions de dollars», a-t-il déclaré.
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