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Un congrès crucial - L'ADQ accorde ses violons

Le parti de Mario Dumont est à un tournant et doit se redéfinir

Kathleen Lévesque   5 octobre 2002  Québec
Le jeune chef, Mario Dumont, avec son fils Charles, lors de l’investiture du député adéquiste de Saguenay, François Corriveau, le printemps dernier.
Photo : La Presse canadienne (photo)
Le jeune chef, Mario Dumont, avec son fils Charles, lors de l’investiture du député adéquiste de Saguenay, François Corriveau, le printemps dernier.
Après avoir accusé ses adversaires d'être des «vieux partis» qui ajustaient leurs idées au gré du vent, voilà que l'Action démocratique du Québec semble atteinte du même syndrome. Crise de croissance pour le parti de Mario Dumont? Partagé entre la volonté de poursuivre sur sa lancée et celle de rester fidèle à ses idées, l'ADQ pourrait connaître un moment charnière avec son congrès qui s'ouvre aujourd'hui à Drummondville.

Comme le signale Jean-Marc Léger, de la firme de sondage Léger Marketing, l'ADQ est à un tournant. «Peu importe ce que choisit Mario Dumont, il est coincé, croit M. Léger. S'il recule comme il a commencé à le faire sur la flat tax, les gens vont y voir de l'opportunisme. S'il garde le cap, les électeurs vont déserter.»

Jusqu'à maintenant, l'ADQ a fait le plein du vote de mécontentement; le vote adéquiste en est d'abord un négatif, constate M. Léger au fil des sondages effectués depuis le printemps et qui ont démontré la montée fulgurante de l'ADQ. Le parti de Mario Dumont doit franchir la prochaine étape, soit passer à l'offensive avec un plan que la population appuiera. Pour y parvenir, Mario Dumont devra trancher.

Jean-Marc Léger voit mal comment les militants de l'ADQ pourraient résister à la pression populaire et demeurer les pieds ancrés dans l'orthodoxie adéquiste. Le Québec n'est pas un terreau fertile pour la droite, estime-t-il.

Pour Gilles Paquet, chercheur au Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa, ce congrès est d'autant plus important qu'il devra servir à décanter les idées, soit en éliminant celles devenues embarrassantes, soit en réaffirmant les autres qui font consensus. C'est un exercice délicat de redéfinition. Il y a également le risque que les débats créent des factions, estime M. Paquet.

«C'est un parti qui jusque-là n'avait qu'un seul membre. C'était Dumont, qui a défini le mandat et qui avait toute la liberté de redéfinir les évangiles dans toutes les directions qu'il voulait n'importe quand, n'importe où. Il a d'ailleurs pris toute une série de libertés. Il a oublié certains paragraphes quand ça l'arrangeait, ce qui était stratégiquement extrêmement intelligent à ce stade-ci. Maintenant, il s'agit pour lui de s'assurer que tout le monde dans son parti va chanter à partir du même livre de prières. Il ne faudrait pas que chacun puisse n'importe quand inventer un élément à cette plateforme-là», analyse M. Paquet.

Le programme méconnu

En juin dernier, des sondages ont démontré qu'une très large majorité de Québécois ne connaît rien du programme de l'Action démocratique. Depuis, la triple victoire adéquiste dans Joliette, Berthier et Vimont a généré une multitude de points d'interrogation, notamment sur le programme et l'équipe de Mario Dumont. Après quelques mois d'effervescence, les électeurs prennent conscience que voter ADQ a des conséquences.

«L'ADQ semble avoir atteint un sommet. Maintenant, les électeurs vont devenir de plus en plus curieux et vont exiger des explications. Le congrès est un moment où le parti va se renforcer ou s'affaiblir», affirme Claude Gauthier, de la firme de sondage CROP.

Ce dernier note que Mario Dumont, jusque-là fort habile, a montré au cours des derniers jours une nouvelle tendance à esquiver les questions. «Celui qui veut incarner le changement ne peut se permettre de manquer de précision, d'entretenir le flou et de répondre à côté. Il y aura des jugements portés. On peut se demander s'il n'est pas comme les autres. L'ADQ ne bénéficiera plus de l'indulgence qu'on réserve aux tiers partis. Mario Dumont est maintenant dans la cour des grands», souligne M. Gauthier.

M. Paquet croit que l'ADQ aura de la difficulté cette fin de semaine à contenir les discussions sur le seul terrain de la santé même s'il s'agit du thème central du congrès. «Si Mario Dumont veut se garder toutes les libertés et mettre en berne le drapeau de la souveraineté, celui de la fiscalité, et que tout le monde est en adoration devant le leader et le laisse faire, c'est correct. Mais c'est peu probable. Il y a un vent de liberté à l'extérieur qui le porte et qui ne va pas s'arrimer très bien avec une contrainte trop grande de l'intérieur», explique Gilles Paquet.

Image favorable

Les trois analystes s'entendent toutefois pour dire que l'image de Mario Dumont demeure le pivot central pour attirer la faveur populaire. S'ajoute l'audace du jeune politicien qui rime avec fraîcheur. Quoi qu'en disent les adversaires de M. Dumont, notamment après son passage à la tribune du Canadian Club à Toronto, les Québécois apprécient la position de M. Dumont sur la question constitutionnelle. «La population et l'ADQ semblent en parfaite symbiose là-dessus, souligne Jean-Marc Léger. Du côté de la santé, les Québécois sont prêts à envisager n'importe quelle solution. D'ailleurs, M. Dumont pose les bonnes questions, mais il ne donne pas les bonnes réponses. Il y aura un malaise.»

À l'inverse, Gilles Paquet croit qu'on a peut-être sous-estimé la capacité des citoyens à entreprendre un débat de fond sur le système de santé. M. Paquet n'hésite d'ailleurs pas à applaudir à la remise en question de la gratuité et du monopole d'État, deux vaches sacrées qu'il faut «zigouiller», dit-il.

«Tant qu'on ne remettra pas ça en question, il n'y aura rien de possible. L'implication du privé, ce n'est pas un péché mortel. Comme si on était un barbare, un infâme parce qu'on ose parler de prix en santé. La médecine à plusieurs vitesses correspond à nos besoins qui sont à plusieurs vitesses», assure Gilles Paquet.

Léo-Paul Lauzon, de la chaire socioéconomique de l'Université du Québec à Montréal, s'enflamme devant les commentateurs politiques qui se réjouissent d'un débat lancé par la droite. «Quand la gauche s'exprime, on ne s'émeut pas autant. Mais attendons voir. La balloune va commencer à dégonfler», tranche-t-il.

M. Paquet rappelle que d'autres pays reconnus pour leur esprit social-démocrate ont des frais modérateurs dans toutes sortes de domaines, dont la santé. C'est notamment le cas de la Suède. L'exclusion du privé est devenue «une prison mentale», selon lui. En débattre est déjà un grand pas.

«Est-ce qu'il va réussir à convaincre et son parti et les Québécois qu'on peut être un être raisonnable en posant ces questions-là? s'interroge Gilles Paquet. Je pense que Mario Dumont n'est pas doctrinaire et qu'il va à contre-courant d'une vague idéologique extrêmement profonde. Il devra donc être confirmé par ses membres cette fin de semaine pour faire l'éducation des Québécois pour les faire sortir de leur prison mentale.»

Entre-temps, Mario Dumont devra faire montre d'une grande habileté pour maintenir son parti dans la position de tête. De toute façon, comme le souligne Jean-Marc Léger, si, à court terme, le temps est un allié pour M. Dumont et qu'à moyen terme, il risque de lui nuire, «à long terme, tôt ou tard, il sera premier ministre».
 
 
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