Orford: Mulcair contredit Charest
L'ex-ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, a contredit hier le premier ministre Jean Charest et son propre successeur, Claude Béchard, en déclarant qu'il n'avait jamais demandé, dans le dossier d'Orford, qu'on prépare à l'intention du conseil des ministres un mémoire justifiant le recours à une loi spéciale pour détacher le mont du parc qui porte son nom afin de sauver, grâce à un projet immobilier, le centre de ski en perte de vitesse, voire en déficit chronique de neige.
Dans une entrevue au Devoir, l'ex-ministre a précisé qu'il n'avait jamais demandé aux services de son ministère de justifier dans un mémoire au cabinet le recours à une loi spéciale après avoir été convaincu par un avis juridique, qu'il avait demandé à un procureur externe, que l'approche traditionnelle des modifications des limites par décret pouvait s'avérer un cul-de-sac.
«J'ai même ordonné qu'on ne prépare aucun mémoire portant ma signature» au sujet de cette solution, a affirmé Thomas Mulcair.
Lors de leur annonce d'une loi spéciale pour sortir le mont Orford du parc national, le premier ministre Charest et le nouveau titulaire du MDDEP avaient déclaré que cette solution avait été préconisée et affinée par Thomas Mulcair dans les semaines qui ont précédé son départ du conseil des ministres.
L'ex-titulaire de l'Environnement a clairement laissé entendre qu'il ne voulait pas privatiser une partie du parc au profit d'un promoteur immobilier, tout comme il a réitéré sans ambiguïté son opposition au projet de port méthanier Rabaska en face de Québec. Ce projet est piloté par Gaz Métro, Enbridge et Gaz de France.
L'ex-ministre a rappelé que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avait demandé de respecter «l'intégrité» du parc national. Mais pour calmer le jeu, le BAPE avait recommandé au ministre de revoir le projet avec ses appuis sans menacer le parc pour autant.
Thomas Mulcair a précisé hier qu'une logique de développement durable commande non seulement de préserver l'intégrité d'un parc national et de ses écosystèmes mais aussi de tenir compte des voeux de la population.
L'ex-ministre a raconté qu'il avait mis le projet sur une voie de garage temporaire à la fois pour répondre aux voeux du BAPE mais aussi pour attendre le résultat du test démocratique entre tous, celui d'une élection dans la municipalité d'Orford, où les candidats s'opposaient précisément sur le sort du projet. Or, a expliqué Thomas Mulcair, le maire Pierre Rodier a remporté les élections haut la main: «Un message incontournable», a-t-il dit, dont le gouvernement doit prendre acte au lieu de tenter de vendre d'autorité une solution à la population.
«C'est un dossier qui a fait l'objet de discussions profondes», s'est-il contenté de répondre quand on lui a demandé si sa vision a pu lui coûter son poste de ministre. Mais il a ajouté ne pas voir «comment on pourrait légitimement faire primer des intérêts privés» dans un dossier où un patrimoine public de cette envergure était dans la balance. Il a même précisé avoir averti ses collègues du «tollé» que toute solution arbitraire pourrait déclencher, lui qui avait assisté aux premières loges au déferlement de la vague qui a emporté le Suroît.
Quand on lui a demandé pourquoi il s'opposait au projet Rabaska avant même que le BAPE ne l'ait étudié conformément à la loi — ce que les écologistes lui avaient d'ailleurs reproché dans le dossier de l'autoroute 25 —, Thomas Mulcair a répondu qu'il n'était pas honnête de laisser aller de l'avant un promoteur pendant des mois, de convoquer une audience publique et de laisser des centaines de citoyens se mobiliser alors que tout indiquait que le projet s'acheminait vers un rejet. Il a avoué que devant un tel choix, il préférait «ouvrir la porte à une franche discussion avec le promoteur».
Il a illustré sa pensée en rappelant qu'il n'avait pas encore accordé au projet Rabaska le certificat de conformité qu'émet le ministère à l'étude d'impacts quand les réponses du promoteur sont suffisamment claires et complètes pour justifier la tenue d'une audience publique. En somme, le projet ne lui paraissait même pas digne d'être envoyé en audiences.
Thomas Mulcair a précisé qu'après avoir visité différents sites de ports méthaniers en Nouvelle-Angleterre, y compris deux projets au Maine, il en était venu à la conclusion que le projet Rabaska était contraire aux impératifs de sécurité de la circulation maritime, commerciale et de plaisance à proximité de villes importantes comme Québec et Lévis. Il n'aurait pas hésité, a-t-il dit, à défendre son opposition à Rabaska, tout comme il a défendu la pertinence d'autres projets, comme le harnachement de la Magpie et la construction de l'autoroute 25, dont les écologistes vont contester ce matin le décret d'autorisation devant la Cour supérieure.
Thomas Mulcair a admis que «d'autres dossiers» ont pu lui attirer la grogne de certains collègues et du «bunker», notamment l'ordonnance de restauration d'un marais saccagé par un promoteur et par la Ville de Laval en août dernier.
Une réponse de Thomas Mulcair sur la volonté du gouvernement de favoriser la pénétration du gaz naturel au Québec, une priorité de la prochaine politique énergétique du Québec, laisse entendre que d'autres graves frictions s'annoncent. L'ancien ministre estime en effet que le gaz naturel doit remplacer le mazout pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec, ce qui ne sera pas le cas, a-t-il dit, si l'explosion de ce marché favorise le remplacement de l'électricité. Rien n'autorise cependant à penser que Québec imposera des balises aussi fermes que celles qu'aurait voulues M. Mulcair, qui s'était donné comme défi de faire du Québec une des rares provinces capables d'atteindre les objectifs de Kyoto.
Par ailleurs, au cours d'un point de presse à Québec, l'actuel ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, a dit croire que le jugement négatif que porte son prédécesseur sur le projet Rabaska est de l'ordre de «l'opinion personnelle».
À l'Assemblée nationale, la leader de l'opposition officielle, Louise Harel, a mis en doute la neutralité de M. Béchard à l'endroit de Rabaska. Mme Harel s'est demandé si l'appui public du nouveau ministre au projet de Gaz Métro faisait partie de ses conditions d'embauche. Elle a aussi rappelé que quelques heures après sa nomination à titre de titulaire du MDDEP, M. Béchard s'était déclaré favorable au projet de port méthanier à Lévis.
Claude Béchard a répété hier qu'il était favorable au projet mais que «toutes les règles et tous les processus seront suivis à la lettre». Si le gouvernement n'a pas de réponses satisfaisantes à ses questions, «il n'y aura pas de projet», a-t-il assuré. À l'Assemblée nationale, on lui a demandé pourquoi son souci de la loi l'amenait à contourner celle des parcs nationaux par une loi spéciale.
Pendant son point de presse, M. Béchard a dit qu'en matière de respect des lois environnementales, «on est intraitables. Il a beau y avoir des pétitions, il a beau y avoir des manifestations d'un côté ou de l'autre, les processus seront suivis». Le ministre a aussi indiqué qu'il ne sentait pas «d'intérêt tout particulier» pour le projet Rabaska de la part du chef de cabinet du premier ministre, Stéphane Bertrand, un ancien vice-président de Gaz Métro.
Dans une entrevue au Devoir, l'ex-ministre a précisé qu'il n'avait jamais demandé aux services de son ministère de justifier dans un mémoire au cabinet le recours à une loi spéciale après avoir été convaincu par un avis juridique, qu'il avait demandé à un procureur externe, que l'approche traditionnelle des modifications des limites par décret pouvait s'avérer un cul-de-sac.
«J'ai même ordonné qu'on ne prépare aucun mémoire portant ma signature» au sujet de cette solution, a affirmé Thomas Mulcair.
Lors de leur annonce d'une loi spéciale pour sortir le mont Orford du parc national, le premier ministre Charest et le nouveau titulaire du MDDEP avaient déclaré que cette solution avait été préconisée et affinée par Thomas Mulcair dans les semaines qui ont précédé son départ du conseil des ministres.
L'ex-titulaire de l'Environnement a clairement laissé entendre qu'il ne voulait pas privatiser une partie du parc au profit d'un promoteur immobilier, tout comme il a réitéré sans ambiguïté son opposition au projet de port méthanier Rabaska en face de Québec. Ce projet est piloté par Gaz Métro, Enbridge et Gaz de France.
L'ex-ministre a rappelé que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avait demandé de respecter «l'intégrité» du parc national. Mais pour calmer le jeu, le BAPE avait recommandé au ministre de revoir le projet avec ses appuis sans menacer le parc pour autant.
Thomas Mulcair a précisé hier qu'une logique de développement durable commande non seulement de préserver l'intégrité d'un parc national et de ses écosystèmes mais aussi de tenir compte des voeux de la population.
L'ex-ministre a raconté qu'il avait mis le projet sur une voie de garage temporaire à la fois pour répondre aux voeux du BAPE mais aussi pour attendre le résultat du test démocratique entre tous, celui d'une élection dans la municipalité d'Orford, où les candidats s'opposaient précisément sur le sort du projet. Or, a expliqué Thomas Mulcair, le maire Pierre Rodier a remporté les élections haut la main: «Un message incontournable», a-t-il dit, dont le gouvernement doit prendre acte au lieu de tenter de vendre d'autorité une solution à la population.
«C'est un dossier qui a fait l'objet de discussions profondes», s'est-il contenté de répondre quand on lui a demandé si sa vision a pu lui coûter son poste de ministre. Mais il a ajouté ne pas voir «comment on pourrait légitimement faire primer des intérêts privés» dans un dossier où un patrimoine public de cette envergure était dans la balance. Il a même précisé avoir averti ses collègues du «tollé» que toute solution arbitraire pourrait déclencher, lui qui avait assisté aux premières loges au déferlement de la vague qui a emporté le Suroît.
Quand on lui a demandé pourquoi il s'opposait au projet Rabaska avant même que le BAPE ne l'ait étudié conformément à la loi — ce que les écologistes lui avaient d'ailleurs reproché dans le dossier de l'autoroute 25 —, Thomas Mulcair a répondu qu'il n'était pas honnête de laisser aller de l'avant un promoteur pendant des mois, de convoquer une audience publique et de laisser des centaines de citoyens se mobiliser alors que tout indiquait que le projet s'acheminait vers un rejet. Il a avoué que devant un tel choix, il préférait «ouvrir la porte à une franche discussion avec le promoteur».
Il a illustré sa pensée en rappelant qu'il n'avait pas encore accordé au projet Rabaska le certificat de conformité qu'émet le ministère à l'étude d'impacts quand les réponses du promoteur sont suffisamment claires et complètes pour justifier la tenue d'une audience publique. En somme, le projet ne lui paraissait même pas digne d'être envoyé en audiences.
Thomas Mulcair a précisé qu'après avoir visité différents sites de ports méthaniers en Nouvelle-Angleterre, y compris deux projets au Maine, il en était venu à la conclusion que le projet Rabaska était contraire aux impératifs de sécurité de la circulation maritime, commerciale et de plaisance à proximité de villes importantes comme Québec et Lévis. Il n'aurait pas hésité, a-t-il dit, à défendre son opposition à Rabaska, tout comme il a défendu la pertinence d'autres projets, comme le harnachement de la Magpie et la construction de l'autoroute 25, dont les écologistes vont contester ce matin le décret d'autorisation devant la Cour supérieure.
Thomas Mulcair a admis que «d'autres dossiers» ont pu lui attirer la grogne de certains collègues et du «bunker», notamment l'ordonnance de restauration d'un marais saccagé par un promoteur et par la Ville de Laval en août dernier.
Une réponse de Thomas Mulcair sur la volonté du gouvernement de favoriser la pénétration du gaz naturel au Québec, une priorité de la prochaine politique énergétique du Québec, laisse entendre que d'autres graves frictions s'annoncent. L'ancien ministre estime en effet que le gaz naturel doit remplacer le mazout pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec, ce qui ne sera pas le cas, a-t-il dit, si l'explosion de ce marché favorise le remplacement de l'électricité. Rien n'autorise cependant à penser que Québec imposera des balises aussi fermes que celles qu'aurait voulues M. Mulcair, qui s'était donné comme défi de faire du Québec une des rares provinces capables d'atteindre les objectifs de Kyoto.
Par ailleurs, au cours d'un point de presse à Québec, l'actuel ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, a dit croire que le jugement négatif que porte son prédécesseur sur le projet Rabaska est de l'ordre de «l'opinion personnelle».
À l'Assemblée nationale, la leader de l'opposition officielle, Louise Harel, a mis en doute la neutralité de M. Béchard à l'endroit de Rabaska. Mme Harel s'est demandé si l'appui public du nouveau ministre au projet de Gaz Métro faisait partie de ses conditions d'embauche. Elle a aussi rappelé que quelques heures après sa nomination à titre de titulaire du MDDEP, M. Béchard s'était déclaré favorable au projet de port méthanier à Lévis.
Claude Béchard a répété hier qu'il était favorable au projet mais que «toutes les règles et tous les processus seront suivis à la lettre». Si le gouvernement n'a pas de réponses satisfaisantes à ses questions, «il n'y aura pas de projet», a-t-il assuré. À l'Assemblée nationale, on lui a demandé pourquoi son souci de la loi l'amenait à contourner celle des parcs nationaux par une loi spéciale.
Pendant son point de presse, M. Béchard a dit qu'en matière de respect des lois environnementales, «on est intraitables. Il a beau y avoir des pétitions, il a beau y avoir des manifestations d'un côté ou de l'autre, les processus seront suivis». Le ministre a aussi indiqué qu'il ne sentait pas «d'intérêt tout particulier» pour le projet Rabaska de la part du chef de cabinet du premier ministre, Stéphane Bertrand, un ancien vice-président de Gaz Métro.
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