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Un CHUM réalisé en PPP ne serait pas moins coûteux

Isabelle Paré   30 mars 2006  Québec
Au moment où le gouvernement Charest semble de plus en plus enclin à emprunter la voie des partenariats public-privé (PPP) pour construire les deux hôpitaux universitaires, la direction du CHUM se montre réticente devant cette solution, présentée comme une panacée au manque de fonds publics.

«Je n'ai pas d'objection au modèle des PPP, mais il y aussi des désavantages, notamment notre manque d'expérience en la matière. Il est aussi fort difficile de s'ajuster à la rapidité des changements qui surviennent dans le domaine médical. Or ce type de contrats avec le privé s'étend souvent sur plusieurs décennies», a affirmé hier en entrevue au Devoir le directeur général du CHUM, le Dr René R. Roy.

Le directeur du CHUM émet ces bémols à la suite de voyages effectués au début de l'année en Europe, notamment à Londres et à Paris, où il a eu l'occasion d'observer de près d'imposants projets de construction d'hôpitaux réalisés par le biais de partenariats public-privé (PPP).

Ces bémols surviennent alors qu'hier, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, réaffirmait à l'Assemblée nationale son «préjugé très favorable» à l'égard du modèle des PPP pour construire le CHUM. La résidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a quant à elle rappelé que le Royaume-Uni vient de donner le feu vert à des projets d'investissements d'une valeur de 22 milliards de dollars dans les hôpitaux qui seront réalisés par le biais de PPP.

Pourtant, le directeur du CHUM n'y voit pas de solution miracle. Le Dr Roy a notamment étudié le projet de l'hôpital Barts and Royal de Londres, construit en PPP, qui deviendra l'hôpital britannique le plus imposant et sera doté de l'urgence la plus vaste d'Europe.

Aux yeux du directeur du CHUM, un des grands désavantages des PPP porterait notamment sur la question des délais puisqu'on estime à au moins 24 mois le temps nécessaire uniquement pour dresser les laborieux contrats préparatoires à l'amorce d'un projet en PPP, avant même de creuser la première pelletée de terre.

«Ce sont des délais minimaux car tout doit être prévu dans le moindre détail», a affirmé le Dr Roy.

D'ailleurs, le CHUM a lancé un appel d'offres afin de trouver un consultant qui dressera le plan d'affaires que lui réclame l'Agence des partenariats public-privé pour décider si le projet du CHUM empruntera ou non cette voie. Dans le meilleurs des scénarios, ce plan serait prêt à l'automne prochain, et c'est seulement à ce moment-là que l'Agence des PPP avalisera ou non un projet de CHUM réalisé en partenariat avec le privé.

Pas moins coûteux

Par ailleurs, le directeur du CHUM estime qu'un projet réalisé en PPP ne serait pas assurément moins coûteux. Par contre, celui-ci aurait l'avantage de faire assumer les principaux risques par les partenaires privés. En fait, a dit le Dr Roy, le recours aux PPP appert surtout avantageux dans le cadre de projets d'une valeur oscillant autour de 200 millions, comme le démontre l'expérience européenne. Mais il l'est moins lors de mégaprojets nécessitant des investissements de plus de 1,5 milliard, comme celui du CHUM.

Par ailleurs, comme Le Devoir l'indiquait hier, le fait de confier la construction au secteur privé refroidit actuellement l'engouement du milieu des affaires et des donateurs privés, où on doit pourtant recueillir 200 millions de dollars au bas mot pour boucler le budget de construction, a renchéri le Dr Roy.

«Les donateurs ne sont pas intéressés à donner à une compagnie qui va faire de la brique et du béton. D'ailleurs, notre campagne de financement commune avec McGill est au statu quo tant qu'on ne saura pas si on va ou non en PPP», a-t-il précisé.

L'abandon du site de la gare de triage d'Outremont en faveur du 1000, rue Saint-Denis, aurait aussi vexé plusieurs gens d'affaires influents qui appuyaient ouvertement ce projet et qui se montrent maintenant moins empressés de délier les cordons de leur bourse.

Un écart qui rétrécit

En ce qui a trait aux coûts de construction, le Dr Roy a confirmé l'écart de 500 millions qui sépare toujours les évaluations faites par son équipe et celle de Clermont Gignac, le responsable de l'exécution des projets d'hôpitaux universitaires. D'un budget estimé par le CHUM à 1,135 milliard en 2003, la note grimperait désormais à 1,692 milliard en 2006, selon l'émissaire du ministère de la Santé.

Mais selon le Dr Roy, cet écart se réduit substantiellement si on tient compte de l'inflation qui a couru depuis trois ans, de l'augmentation de 50 à 57 millions du coût des terrains à acquérir et de plusieurs contingences qui ne pourront être éclaircies que lorsque les plans architecturaux seront dressés. L'écart véritable entre la demande du CHUM et celle du gouvernement se réduirait plutôt à 150 millions, a-t-il dit.

Il reste que pour se rapprocher des demandes de Québec, le CHUM a déjà sabré dans certains pans de son projet, notamment en éliminant un amphithéâtre de 500 places (de deux à trois millions), en retirant un cyclotron prévu pour alimenter ses appareils à émission de positrons (15 millions) et en étalant dans le temps la construction de son centre de recherche. «Mais nous ne bougerons jamais sur les 700 lits», a insisté le Dr Roy.

Par ailleurs, la direction du CHUM estime être en mesure de réduire les dépenses de 67 millions en éliminant les taxes si jamais la construction est prise en main par la Caisse de dépôt et placement du Québec ou par le bras immobilier du gouvernement, la Société immobilière du Québec (SIQ). La vente d'immeubles inutilisables, appartenant aux ex-hôpitaux ou situés sur les terrains qui seront acquis autour du site Saint-Luc, pourrait aussi rapporter 25 millions au bas mot au CHUM, a affirmé le Dr Roy.

Dans cette veine, le CHUM entend acquérir au cours des prochaines semaines les terrains situés au sud de l'hôpital Saint-Luc appartenant à Vidéotron, aux Coopérants et à l'église du Saint-Sauveur.

Coûts de transition

Mais même avant de dépenser des milliards pour construire le CHUM de demain, plusieurs investissements sont d'ores et déjà nécessaires pour assurer une transition en douceur. Un plan de transition préparé par le CHUM prévoit d'investir 33 millions pour moderniser les équipements dans les hôpitaux actuels et 18,5 millions pour mettre à jour les équipements. On investira notamment 17 millions dans les blocs opératoires de l'Hôtel-Dieu pour les maintenir au niveau des standards actuels de la médecine.

Selon le Dr Roy, ces dépenses de transition sont essentielles. Il ne s'agit pas d'argent jeté par les fenêtres. «Plusieurs de ces équipements seront récupérables et serviront dans le nouveau CHUM. Quand aux dépenses pour la modernisation des locaux, elles sont essentielles pour que les soins restent à niveau», a-t-il dit.

Pour mieux affronter cette période de transition d'ici 2010, le CHUM a déjà décidé de concentrer toutes ses spécialités fondamentales dans un seul des trois hôpitaux actuels et de définir trois axes de recherche principaux, dont la médecine génomique, la recherche clinique et l'imagerie médicale.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac






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  • Francine Jacques
    Abonné
    jeudi 30 mars 2006 14h38
    Méga-hôpitaux ou Folie des grandeurs
    « Lettre ouverte au ministre Couillard

    Monsieur le ministre,

    Permettez-moi d'affirmer, en tout respect, qu'un investissement majeur dans la construction de deux méga-hôpitaux ne fait aucun sens, peu importe un PPP ou toute autre formule. Poursuivre dans cette voie en 2006 serait irresponsable pour un gouvernement et suicidaire pour tout ministre. Les conditions liées à ce projet ont trop changées depuis 10 ans.

    Le comble, c'est que Montréal est sans doute la seule ville au monde à prévoir non pas un méga-hôpital, mais deux et à des fins linguistiques. Ajoutez cela à vos diverses augmentations de tarifs, à la privatisation du Parc-Orford (quitte à changer nos lois et à trahir ces familles de donateurs de terres), à l'autorisation du kirpan à l'école laïque, au nouveau leitmotiv sur la dette, et les Québécois en ont plus qu'assez.

    Cette folie est carrément inacceptable lorsqu'on prend en compte des priorités tel que le manque de personnel et de financement. C'est la ressouce humaine qui est épuisée, pas le béton! Or, si l'on exclut du dernier budget les coûts de système, il ne reste qu'environ $200,000. à investir. Quant au fédéral, il n'en aura que faire du déséquilibre fiscal puisqu'il s'agit de la meilleure trouvaille en matière de rapport de forces entre Ottawa et les provinces.

    Au chapitre de la cohérence politique, comment votre gouvernement pourrait-il annoncer un investissement de 3 ou 4 milliards $ dans du béton après avoir affirmé aux 500,000 employés de l'État que votre capacité de payer avait atteint sa limite et après avoir refusé de vous commettre sur l'équité salariale, conformément à la Loi? Le salaire médian atteint environ $30 000. et ces éducatrices ne demandaient pas l'impossible. Votre gouvernement ira même jusque devant les Tribunaux, s'il le faut, s'apprêtant ainsi à engloutir des millions à l'encontre de ces employés de garderies.

    Le consensus social est brisé, c'était donc cela vos projets de modernisation, réingénérie et développement durable pour le Québec?

    Jusqu'où irez-vous dans cette folie taillée sur mesure pour ces groupes d'universitaires et leur puissant lobby qui, cette fois, ne semblent se soucier que de leurs intérêts respectifs, aussi scientifiques (sic) soient-ils ! La population n'a pas à payer le gratos pour la frivolité d'une concurrence entre l'UdM et McGill. Dans quel monde vivent-ils? Au lieu de payer encore pour toute nouvelle étude, nous devrions mettre fin à l'insécurité et investir dans le grand nettoyage et la rénovation des établissements actuels.

    À noter que le corps médical, les Chambres de commerces et le Conseil de patronat sont fort silencieux depuis un moment, car on ne parle pas la bouche pleine quand on est bien élevé. Du côté du peuple, "le plus taxé" dit-on, nous entendons le verbillage et sommes en colère contre tous les voleurs de deniers publics devant Gomery, contre l'égoïsme et les mensonges.

    Pour ce qui est nos jeunes québécois, ceux de cette société de demain, ils croiront en toute logique : "ben voyons, c'est pas grave de dire une chose et son contraire ou de transgresser une loi, ils le font bien au gouvernement. Quelque chose ne fait plus l'affaire des politiciens? Qu'à cela ne tienne, il peuvent changer les lois, et une par une s'il le faut."

    Veuillez accepter mes propos, Monsieur le ministre, car comme tant d'autres je crainds pour nos valeurs démocratiques, pour l'avenir de nos jeunes, nos régions qui se vident, la montée du fanatisme chez certains de nos immigrants, le sort des femmes et des enfants qui se font battre, secouer, assassiner ou abuser sexuellement.

    Les vrais enjeux et les défis d'aujourd'hui sont tassés sous le tapis. Place aux méga-folies!

    Finalement, Monsieur le ministre, serait-il possible pour vous tous à Québec, peu importe le parti politique, de cesser d'accuser les gouvernements précédents lorsque les arguments viennent à manquer. Ça nous rappelle tellement les chicanes de cour d'école: "C'est pas moi, c'est lui". Ça manque de sérieux et on ne s'y trompe pas.

    Merci de prendre un peu de temps pour me lire.

    Francine Jacques
    Vieux-Montréal »

  • Erik Michaud
    Abonné
    vendredi 31 mars 2006 09h55
    Les PPPs ne sont plus couteux et donc moins risqués
    « On parle ici du risque que le projet coûte plus cher que prévu. En PPP ce n'est plus un risque, - c'est une certitude -.

    D'une part, le financement privé est plus cher. D'autre part, s'il y a des étapes incertaines, le prix sera plus élevé.

    Les PPP nous font payer plus tout de suite. Si le projet est moins cher que prévu, on est pas remboursé!

    Si on a pas d'argent pour se payer un Hopital, il en faut - encore plus - pour l'acheter en PPP. Alors si on dit oui au PPP pour des raisons d'argent, on se ment délibérément!

    Entendons-nous bien, si le directeur général du CHUM, le Dr René Roy dit ne pas avoir d'objection au modèle des PPPs, il ne dit pas qu'il est pour. Il ajoute qu'il y voit des désavantages! S'il ne rejette pas l'idée du PPP, c'est sans doute qu'il est surveillé. S'il veut protéger les intérêts des québécois, il doit éviter d'être exclu du processus decisionel pour avoir affiché un parti pris.

    Mme Jérome Forget voit les Anglais se faire avoir pour 22 milliards et elle y voit une bonne raison de faire pareil! Elle prend admirablement soin de cacher les résultats des PPPs. Elle ne parle que des promesses initiales!

    Allez tous le monde! Passez le message. Les PPPs c'est toujours plus cher. Il faut indiquer la porte à ceux qui veulent saboter notre système de santé. »

  • Erik Michaud
    Abonné
    samedi 1 avril 2006 21h29
    1ere réaction devrait se lire: Les PPP sont plus couteux et donc moins risqués
    « Mais on comprend à la lecture. »

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