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Casino - Loto-Québec jette l'éponge

Alexandre Shields   11 mars 2006  Québec
Rien ne va plus pour le projet de déménagement du Casino de Montréal, tué dans l'oeuf hier. Loto-Québec a en effet choisi d'enterrer le mégaprojet récréotouristique au bassin Peel peu après que le Cirque du Soleil eut annoncé son retrait de l'aventure, jugeant que «le contexte d'incertitude de ce projet» rendait impossible une participation de l'entreprise montréalaise à la construction d'un tout nouveau casino et d'un centre de foire au coût de 1,2 milliard de dollars.

«L'essence même de notre projet était liée à la présence dynamique du Cirque du Soleil, à sa signature distincte, au cachet particulier dont il allait doter toutes les composantes du complexe, à sa créativité remarquable ainsi qu'à sa capacité d'attirer des partenaires privés», a déclaré le président de Loto-Québec, Alain Cousineau, après que le conseil d'administration eut entériné cette décision de la société d'État. «L'absence de ces caractéristiques ne permet plus au projet de se démarquer de manière certaine dans le nouveau paysage concurrentiel et de maximiser l'apport de visiteurs provenant de l'extérieur du Québec.»

À peine 24 heures après le dépôt du rapport Coulombe sur le déménagement du casino, la décision du Cirque du Soleil de se retirer du projet a surpris Loto-Québec. D'autant plus que la société d'État voyait «une bonne nouvelle» dans le document présenté jeudi, selon son porte-parole, Jean-Pierre Roy, qui attribue une bonne partie de cet échec aux attaques répétées des opposants. «À lire le journal ou à entendre les voix publiques, on avait l'impression que c'est presque la faute de l'État s'il y a des problèmes de jeu, a soutenu M. Roy. Ce n'est quand même pas Loto-Québec qui force les gens à entrer dans les casinos.» Il a ajouté que «les sondages que nous avons menés démontraient que la population était favorable au projet, qui aurait d'ailleurs amélioré la vitalité économique du secteur» du Sud-Ouest.

Le président de Loto-Québec a par ailleurs souligné qu'il comprenait la décision de ses «partenaires» du Cirque du Soleil, les remerciant du même souffle «de leur collaboration et de l'échange fructueux d'idées et d'expertise à la base d'un projet qui avait le potentiel de doter Montréal, et en particulier l'arrondissement du Sud-Ouest, d'un formidable outil de développement».

Cependant, une fois l'amère défaite encaissée, «la question de l'avenir du Casino de Montréal et de sa compétitivité demeure entière, selon la direction de la société d'État. L'exploitation du casino dans sa forme actuelle ne peut assurer le maintien de cette profitabilité. Loto-Québec entend donc consacrer ses énergies à pallier l'érosion du bénéfice du Casino de Montréal, qui demeure une attraction touristique majeure et une source de revenus importante pour le gouvernement du Québec depuis 1993».

«On va devoir réexaminer le dossier si on veut se maintenir à la hauteur de la concurrence, a également souligné Jean-Pierre Roy. Le pavillon de la France a 40 ans et n'avait pas été conçu pour recevoir 18 000 personnes par jour. De plus, la capacité d'expansion dans l'île [Notre-Dame] est limitée par une piste de course à côté.» Il a d'ailleurs rappelé que le casino joue un rôle prépondérant dans l'économie québécoise en accueillant six millions de visiteurs par an en plus de verser 200 millions de dollars au gouvernement chaque année.

Le Cirque a tourné le dos au projet

C'est évidemment la décision du Cirque du Soleil, tombée à peine quelques minutes plus tôt, qui a littéralement cloué le cercueil du projet de déménagement du casino dans le quartier Pointe-Saint-Charles. «Nous ne pouvons pas vivre dans l'incertitude pendant près de deux ans en ne sachant pas s'il y aura un projet en bout de piste», a expliqué le président et chef des opérations du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre. «Nous devons protéger l'intérêt de l'organisation et de ses employés et maintenir notre stratégie de développement.»

Rappelant la bonne relation développée avec Loto-Québec au cours de ce projet, M. Lamarre a néanmoins ajouté que d'un point de vue d'affaires, «cette décision a été relativement facile à prendre». La plus grande contribution du cirque n'était toutefois pas de nature financière puisque l'organisation multimillionnaire agissait comme directeur artistique du projet.

«Nous étions très chauds à l'idée et nous étions confiants que ce projet allait faire l'unanimité et créer beaucoup d'enthousiasme», a ajouté M. Lamarre, visiblement déçu de l'accueil réservé au futur casino. Il a d'ailleurs jugé que les voix discordantes ont été davantage entendues que les personnes qui voyaient d'un bon oeil l'arrivée d'un tel projet dans un quartier défavorisé de Montréal. Pointe-Saint-Charles est en effet sorti passablement ébranlé du départ des industries lourdes du secteur.

Selon la direction du Cirque du Soleil, «l'intention première du cirque de s'associer au projet du bassin Peel était de mettre sur pied un projet porteur pour le développement de Montréal et de créer une destination internationale vouée au divertissement. Dans cette optique, le Cirque du Soleil proposait une approche unique teintée de sa créativité et offrait l'apport de son attrait international». Or l'incertitude qui planait sur l'aboutissement du déménagement du casino dans le quartier Pointe-Saint-Charles empêchait le Cirque du Soleil d'aller de l'avant et d'investir temps et argent dans l'aventure.

Malgré ce revers, M. Lamarre ne croit pas que l'image du Cirque du Soleil sortira noircie de cet épisode. «On a plusieurs projets de nouveaux spectacles et notre entreprise va pouvoir continuer de croître, de créer des emplois à Montréal, de jouer un rôle important dans le quartier Saint-Michel. Dans ce sens-là, je ne suis pas très préoccupé aujourd'hui par une question d'image», a-t-il estimé.

L'effet Coulombe

Le projet de Loto-Québec avait déjà du plomb dans l'aile depuis le dépôt du rapport Coulombe, qui repoussait l'échéance de la mise en chantier du futur casino. Ce document imposait en effet à la société d'État de clarifier, au cours des prochains mois, les liens l'unissant au Cirque du Soleil. Guy Coulombe estimait que Loto-Québec devait consacrer le temps et les ressources nécessaires pour établir «la nature des contrats et les coûts reliés à la participation du Cirque du Soleil». Toutefois, le Cirque du Soleil demeurait toujours le partenaire privilégié dans cette aventure de 1,2 milliard.

De plus, la société d'État devait verser 300 000 $ à l'arrondissement du Sud-Ouest pour entreprendre un processus de consultations publiques sur les tenants et aboutissants du projet de complexe récréotouristique. Au final, les démarches auraient pu s'étendre sur une période de 18 mois, ce qui aurait sans doute mené le gouvernement à prendre une décision après les prochaines élections provinciales.

Les opposants au déménagement y voyaient plutôt une façon de gagner du temps pour les libéraux de Jean Charest. Hier, ils ont choisi de prendre acte de la décision de Loto-Québec sans commenter davantage. Le ministre des Finances, Michel Audet, a toutefois dit que le rapport du comité interministériel rendu public jeudi avait été entériné par le conseil des ministres.

Les opposants jubilent

Les divers groupes opposés à l'implantation d'un casino dans le sud-ouest de l'île de Montréal ont applaudi à l'unanimité à la décision de Loto-Québec. Le groupe «Éthique et modération dans le jeu» y voit littéralement la victoire de David contre Goliath. Selon le porte-parole de l'organisme, Alain Dubois, les opposants ont réussi à se faire entendre avec des moyens nettement moins importants que ceux de la société d'État.

La table de concertation Action Gardien, qui militait contre le projet depuis dix mois, a salué la décision tout en précisant qu'elle demeurait préoccupée par la question du «rôle de l'État dans l'offre de jeu». La porte-parole de la coalition, Karine Triollet, demande toujours au gouvernement de créer une commission parlementaire pour étudier cette question.

La Direction de la santé publique de Montréal a pour sa part expliqué qu'il importe maintenant de se préoccuper du développement dans le sud-ouest de Montréal. Par ailleurs, selon son porte-parole, Serge Chevalier, «un débat sur l'augmentation de l'offre de jeu s'impose» afin d'en mesurer plus précisément tous les impacts.

La Fédération des chambres de commerce du Québec a évidemment fait connaître sa déception, disant y voir le résultat d'une campagne orchestrée par les «divers groupes s'opposant systématiquement à tout projet de développement au Québec». Même son de cloche du côté de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain: «Collectivement, nous venons de rater une occasion exceptionnelle de déclencher la revitalisation d'un secteur de Montréal qui en a grandement besoin. Nous nous privons également d'un projet qui avait tout pour mettre en valeur notre créativité et notre savoir-faire et pour contribuer au rayonnement de Montréal sur la scène internationale», a expliqué la présidente et chef de la direction, Isabelle Hudon.

La Société du Havre s'est elle aussi dite «très déçue» de cette annonce. Elle croyait fermement que «le projet était un moteur de développement économique», selon son président, Jacques Côté. La Ville de Montréal, qui s'était montrée relativement enthousiaste devant le projet de déménagement du casino, n'a pas rappelé Le Devoir hier.






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  • Benoît Bélanger
    Inscrit
    samedi 11 mars 2006 11h16
    Enfin une bonne nouvelle !
    « Enfin, la démocratie québécoise commence à se faire sentir sous un gouvernement de plus en plus conservateur, de plus en plus de droite, et cela MALGRÉ LA VOLONTÉ DE CE MÊME GOUVERNEMENT!

    Mais, ce qu'il faut souhaiter davantage c'est une redéfinition de l'éthique politique (à la différence de la morale tout court)telle qu'on la pratique chez nous au cours des dernières décennies.

    1. Le recours aux jeux de hazard pour remplir les coffres de l'État constitue une entorse sérieuse à une véritable éthique politique, non seulement parce qu'il constitue une façon détournée de conforter la mauvaise gestion de l'appareil étatique, mais bien plus parce que cet impôt déguisé se fait surtout sur le dos des plus démunis de la société. À ce propos, il eût été éminemment souhaitable de voir les pasteurs de TOUTES les religions pratiquées en ce pays offrir une opposition énergique à l'établissement d'un pareil fléau social par des gouvernements sans scrupule.

    2. Un autre aspect de cette éthique politique lacunaire tient au rôle que l'État s'est donné de promouvoir la vente de boissons alcooliques toujours pour les mêmes raisons, soit celles de remplir les coffres de l'État et de masquer de manière hypocrite sa mauvaise gestion.

    Pour un gouvernement qui proclame haut et fort sa foi au libéralisme économique,l'existence de la SAQ en constitue le désaveu le plus significatif.

    Ce qu'il faut retenir de ce mauvais rêve qui a nécessité la mobilisation d'autant d'énergies, c'est le fait que lorsqu'une communauté décide de se prendre en charge, elle peut accomplir des "miracles", même devant un opposant aussi féroce que l'État. IL FAUT FÉLICITER LES CITOYENS DE POINTE SAINT-CHARLES de nous en donner un aussi bel exemple et d'espérer que cela constitue un heureux présage à la redécouverte d'une conscience sociale que nos élus et les mandarins chargés de les conseiller semblent ignorer à tous les paliers d'administration publique ! »

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