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L'éternel recommencement

Avec le discours inaugural de mardi, le gouvernement Charest fonce dans le dernier droit avant l'année électorale

Robert Dutrisac   11 mars 2006  Québec
Jean Charest mise entre autres sur la nouvelle ère dans les relations fédérales-provinciales.
Photo : Jacques Nadeau
Jean Charest mise entre autres sur la nouvelle ère dans les relations fédérales-provinciales.
Québec — À la veille de l'ouverture d'une session parlementaire, le gouvernement Charest nous a habitués à des tentatives de second début, de départ sur de nouvelles bases ou sur un bon pied, d'effacement de l'ardoise — toutes les expressions y sont passées depuis trois ans. C'est d'autant plus vrai cette année que Jean Charest prononcera son deuxième discours inaugural mardi depuis son accession au pouvoir, tournant la page sur ses engagements passés, tenus ou non. Le chef libéral, tel Sisyphe, est prêt à rouler une fois encore le rocher en haut de la montagne — tiens, le mont Orford! —, ce rocher qui, tel le taux de satisfaction à son endroit, retombe inlassablement après une embellie. L'éternel recommencement.

Autre recommencement, donc, pour un gouvernement qui a un an pour se requinquer avant que la perspective d'un déclenchement prochain d'élections ne vienne gêner la gestion gouvernementale. L'entourage du premier ministre croit que ce nouveau départ sera le bon, que tout est en place pour que le gouvernement donne sa mesure. D'ici la fin de la session printanière, le gouvernement Charest entend «contrôler l'agenda», fait-on valoir, en multipliant les dévoilements de politiques et les annonces.

Le discours inaugural sera placé sur le thème du «gouvernement responsable qui est capable de prendre des décisions difficiles», thème qui ne brille pas par son originalité mais qui colle bien avec l'approche préconisée par Jean Charest.

Séduit par le discours des lucides, le premier ministre entend s'attaquer à la dette dès le prochain budget que le ministre des Finances, Michel Audet, déposera rapidement, le 23 mars, dans la semaine qui suivra l'ouverture de la nouvelle session.

Certes, le gouvernement n'a pas la marge de manoeuvre financière pour réduire de façon significative la dette de 119 milliards de l'État québécois. Mais il agira, sans doute en présentant un projet de loi établissant un cadre pour le remboursement de la dette publique. On a appris que le gouvernement Charest a décidé de rejeter la formule utilisée par Ottawa. Le gouvernement fédéral constitue chaque année une réserve pour éventualité dont la somme est versée à la dette si elle ne sert pas (ce qui a toujours été le cas). Cette formule ne fonctionne que si les surplus sont au rendez-vous.

À la place, le gouvernement déterminera des sources spécifiques de revenus qui seront réservées au remboursement de la dette, certains revenus en provenance de sociétés d'État, par exemple, ainsi que le produit de la vente d'actifs.

Des incontournables

L'environnement et le développement durable seront au coeur de la présente session, et pas seulement en raison de la controverse entourant la vente d'une partie du parc national du Mont-Orford à des intérêts proches du Parti libéral. Le gouvernement dévoilera la nouvelle politique énergétique du Québec. Attendue depuis un an, cette politique fera une large place au développement de l'énergie éolienne et à l'efficacité énergétique. Elle mettra un bémol sur la construction par l'entreprise privée de minicentrales hydrauliques dont l'apport est jugé marginal.

Au printemps, le gouvernement Charest accouchera aussi de sa politique sur les changements climatiques, qui décrira les mesures qu'il entend prendre pour respecter le protocole de Kyoto. En outre, le projet de loi sur le développement durable, déposé par le ministre démissionnaire Thomas Mulcair, sera présenté de nouveau pour adoption lors de la présente session.

Ce nouveau début pour le gouvernement Charest, qui fonce dans le dernier droit avant l'année électorale, repose aussi sur la «nouvelle ère» qui s'annonce dans les relations entre Québec et Ottawa, selon le terme choisi par le premier ministre québécois. L'Ouest canadien et le Québec partagent la même vision de l'évolution du fédéralisme, fait-on remarquer. Harper et Charest sont sur la même longueur d'onde à cet égard.

C'est vrai pour la perspective générale — la théorie et les principes —, mais déjà les deux gouvernements divergent sur une question toute pratique et de gros sous: l'entente sur les garderies signée avec le gouvernement de Paul Martin et les 800 millions qui y sont rattachés. Jean Charest est résigné: Stephen Harper ne fera pas d'exception pour le Québec et les familles québécoises recevront directement les 1200 $ par enfant promis par les conservateurs. Pour le reste, rien n'est réglé.

Quoi qu'il en soit, MM. Charest et Harper, figurant côte à côte tout sourire dans les «photo-op», ne jurent que par l'harmonie de leurs rapports, cet état de grâce, feint ou réel, sur lequel ils comptent tous les deux pour faire des gains politiques. Le chef de l'État québécois ne s'attend pas à un règlement du déséquilibre fiscal à court terme mais espère qu'interviendra un accommodement financier qui permettra à tout le monde de sauver la face. Autre élément sur lequel Jean Charest s'appuiera sur quelqu'un d'autre pour remonter la pente même si ça lui fait de l'ombre: Philippe Couillard, l'homme le plus populaire du gouvernement. La «nouvelle ère» de la garantie de l'accès aux soins, dixit Jean Charest, qu'a inaugurée son ministre de la Santé et des Services sociaux en réponse à l'arrêt Chaoulli est considérée comme un coup de maître par l'entourage du premier ministre. Ils ne sont pas les seuls: même la leader parlementaire de l'opposition officielle, Diane Lemieux, trouve que le gouvernement a fait bien du «millage» avec cette annonce de 20 millions.

La santé

On verra beaucoup Philippe Couillard ce printemps. À compter d'avril, dans la foulée de l'arrêt Chaoulli, il présidera la commission parlementaire sur la place du secteur privé dans la santé, un débat qu'il a déjà habilement balisé.

Cette semaine, M. Couillard a présenté son plan d'action pour contrer une pandémie de grippe aviaire, dosant l'alarme et les inflexions rassurantes avec une précision toute... chirurgicale. Un peu comme les attentats du 11 septembre ont favorisé l'impopulaire George Bush en 2001, cette menace de pandémie peut contribuer à redorer le blason du gouvernement Charest en stimulant le besoin de sécurité de la population, sécurité que seul peut lui assurer leur État. Un thème porteur pour un gouvernement «responsable» en panne de reconnaissance.

Les sondages qui montrent la faiblesse des libéraux dans les intentions de vote n'émeuvent guère l'entourage du premier ministre. Historiquement, le PLQ a toujours recueilli

40 % des votes lors des élections, rappelle-t-on. Le Parti québécois est aujourd'hui talonné à sa gauche par Québec solidaire, une nouvelle réalité que même Jean Charest a relevée publiquement, et le parti dirigé par André Boisclair pourrait perdre quelques plumes. Le gouvernement Charest dispose donc de certains atouts pour «amorcer un redressement graduel d'ici les élections», assure-t-on.

C'est sans compter toutefois la propension de ce gouvernement à se mettre les pieds dans les plats. Depuis le début de l'année, les électeurs ont été frappés par l'annonce de hausses de tarifs substantiels — électricité et assurance automobile. Le gouvernement Charest manque de crédibilité en matière de protection de l'environnement à la suite du départ de Thomas Mulcair, jugé trop «ministre de l'Environnement» par M. Charest et son entourage.

Ce n'est pas tout: le gouvernement Charest s'est lancé dans la privatisation d'une partie du parc national du Mont-Orford, un geste contesté qui pourrait le tracasser jusqu'aux prochaines élections. Le pire, c'est qu'on a demandé à Pierre Reid de défendre cette vente souhaitée par des libéraux notoires. Le ministre déchu semble se spécialiser dans la défense de l'indéfendable. On a vu ce qui est arrivé à la coupe de 103 millions dans les bourses d'étude qu'il était chargé de défendre.
 
 
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