Béchard favorable aux ports méthaniers
Comme l'avait fait son prédécesseur dans le dossier de l'autoroute 25, le nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Claude Béchard, s'est déclaré «favorable» à un projet de port méthanier qui doit éventuellement faire l'objet d'une audience publique, un processus balisé par la loi et dont le ministre doit, en vertu de son serment d'office, assurer la neutralité et l'intégrité.
C'est dans une déclaration retransmise sur les ondes de Radio-Canada dans la Vieille Capitale que le nouveau ministre Béchard, quelques heures à peine après son assermentation, s'est dit favorable au projet Rabaska, un projet de port méthanier très controversé, qui serait situé du côté de Lévis.
«Je suis toujours favorable à ces projets-là. Il s'agit de voir s'ils respectent les conditions au niveau de l'environnement et tout. Il n'y a pas de changement de position ou quoi que ce soit», a-t-il dit dans sa déclaration, qu'on pouvait entendre sur le site Internet de la société d'État.
En vertu de son serment d'office, le ministre responsable de l'Environnement est le gardien de l'indépendance du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et de l'intégrité du processus de consultation publique, dont les conclusions sont censées inspirer ses recommandations au conseil des ministres. Un tel exercice de participation des citoyens à la décision gouvernementale est évidemment vain si les dés sont pipés d'avance parce que le ministre ou le gouvernement a fait son lit quant à la pertinence d'un projet. La question primordiale de toute audience publique consiste à statuer sur la pertinence d'un projet. Si la réponse est favorable, les commissaires et le gouvernement se demandent alors, mais en deuxième lieu, quels sont les meilleurs moyens d'en atténuer les effets, ce que le ministre qualifie de «conditions» de réalisation.
Dans le dossier de l'autoroute 25, l'ancien titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, s'était déclaré lui aussi partisan du projet, lequel desservira son comté sur l'île de Laval. C'est notamment parce qu'ils accusent le ministre d'avoir perverti le processus d'évaluation environnementale par des positions partisanes que plusieurs groupes écologistes de la région de Montréal se préparent à demander à la Cour supérieure d'annuler le décret gouvernemental qui donnait récemment le feu vert au projet de l'autoroute 25 et du pont qui doit la relier aux deux rives de la rivière des Prairies.
Dans sa déclaration, le ministre Béchard parle de «projets» au pluriel. Le deuxième projet auquel il fait visiblement référence est sans doute celui de Gros-Cacouna, situé tout près de son comté dans le Bas-Saint-Laurent. Le ministre Béchard est en effet député de Kamouraska-Témiscouata. Il avait fait au printemps dernier d'autres déclarations favorables à ce dernier projet, affirmait-on hier du côté du Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM).
Le porte-parole de cet organisme, Gaston Cadrin, a déclaré hier au Devoir qu'il avait été stupéfait d'entendre la déclaration du ministre Béchard «quelques heures à peine après sa nomination».
«La première déclaration publique du nouveau ministre du MDDEP est non seulement inquiétante mais déplacée aux yeux des groupes environnementaux, qui faisaient confiance à l'analyse du projet par les fonctionnaires et le Bureau d'audiences publiques. Il a toujours été de mise que le ministre de l'Environnement affiche une réserve, non seulement de façade mais réelle, pour qu'il puisse assurer tout le monde que les dés ne sont pas pipés en faveur d'une ou l'autre option. C'est lui qui est garant du processus et de sa neutralité.»
Le porte-parole des groupes qui contestent le projet se demande «comment les fonctionnaires du ministère et des organismes publics pourront maintenant faire une analyse exhaustive et impartiale alors que le gouvernement et en particulier le ministre responsable de l'Environnement envoient un message en faveur du ou des projets de ports méthaniers».
Pour Gaston Cadrin, «ça ne donne rien de débattre d'un projet comme Rabaska, de consulter la population locale et le Québec, si le ministre s'est fait son idée alors que la justification énergétique de ce projet n'est pas démontrée, loin de là. Nous, on prétend — et on entend le faire valoir avec des arguments factuels — que le Québec n'a pas besoin d'un ou même de deux ports méthaniers. La justification environnementale de ce projet est encore plus contestable si Québec veut réduire ses gaz à effet de serre de façon sérieuse tout en favorisant la pénétration du gaz naturel dans les marchés résidentiel et commercial. Tout semble indiquer que Québec s'en va dans cette direction car les récentes hausses du tarif de l'électricité visent clairement à favoriser l'expansion du gaz en réduisant la concurrence entre les deux filières.»
Le groupe environnemental Les Amis de la Terre de la région de Québec abondaient hier dans ce sens. À son avis, la hausse de tarif autorisée par la Régie de l'énergie va contribuer à intensifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec en ramenant plusieurs consommateurs vers cette forme d'énergie, qui était de moins en moins concurrentielle par rapport à l'électricité.
Rappelant que Gaz Métropolitain est un actionnaire du projet Rabaska, le groupe environnemental a rappelé hier que cette société privée a été très active devant la Régie pour que celle-ci hausse les tarifs d'électricité, ce dont dépend l'augmentation de ses parts des marchés résidentiel et commercial.
Le gouvernement, ajoutent Les Amis de la Terre dans leur communiqué d'hier, joue le jeu en faveur de Gaz Métropolitain, car une expansion du marché de cette société libère des kilowatts qu'Hydro-Québec pourra vendre à meilleur prix sur les marchés voisins, ce dont bénéficie Québec en définitive, qui favorise ainsi et ouvertement les projets Rabaska et de Gros-Cacouna.
Les Amis de la Terre tout comme le GIRAM affirment que l'ancien ministre Mulcair semblait aborder ces dossiers avec une distance qui sied davantage à la fonction. Il s'est rendu à Boston, il y a trois semaines, pour voir de près l'aménagement d'un port méthanier et il projetait d'aller en visiter d'autres en Europe, ce qui aurait inquiété les promoteurs et leurs appuis gouvernementaux.
De plus, la «proximité» des conservateurs fédéraux nouvellement élus avec l'industrie des hydrocarbures inquiète tout autant Les Amis de la Terre, car les audiences qui s'annoncent dans le cas des deux projets méthaniers vont être de type «fédéral-provincial», c'est-à-dire qu'elles vont répondre simultanément aux exigences législatives des deux ordres de gouvernement.
Pour l'instant, les «projets» d'étude d'impacts ont été rendus publics et les instances fédérales recueillent les commentaires du public avant de décider si les deux études répondent aux directives gouvernementales. Lorsque les deux études seront complétées, elles seront formellement rendues publiques et des demandes d'audiences pourront alors être adressées aux deux ministres responsables du processus d'évaluation. Présentement, le projet de Gros-Cacouna semble en avance sur celui de Rabaska dans le processus d'évaluation en question.
C'est dans une déclaration retransmise sur les ondes de Radio-Canada dans la Vieille Capitale que le nouveau ministre Béchard, quelques heures à peine après son assermentation, s'est dit favorable au projet Rabaska, un projet de port méthanier très controversé, qui serait situé du côté de Lévis.
«Je suis toujours favorable à ces projets-là. Il s'agit de voir s'ils respectent les conditions au niveau de l'environnement et tout. Il n'y a pas de changement de position ou quoi que ce soit», a-t-il dit dans sa déclaration, qu'on pouvait entendre sur le site Internet de la société d'État.
En vertu de son serment d'office, le ministre responsable de l'Environnement est le gardien de l'indépendance du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et de l'intégrité du processus de consultation publique, dont les conclusions sont censées inspirer ses recommandations au conseil des ministres. Un tel exercice de participation des citoyens à la décision gouvernementale est évidemment vain si les dés sont pipés d'avance parce que le ministre ou le gouvernement a fait son lit quant à la pertinence d'un projet. La question primordiale de toute audience publique consiste à statuer sur la pertinence d'un projet. Si la réponse est favorable, les commissaires et le gouvernement se demandent alors, mais en deuxième lieu, quels sont les meilleurs moyens d'en atténuer les effets, ce que le ministre qualifie de «conditions» de réalisation.
Dans le dossier de l'autoroute 25, l'ancien titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, s'était déclaré lui aussi partisan du projet, lequel desservira son comté sur l'île de Laval. C'est notamment parce qu'ils accusent le ministre d'avoir perverti le processus d'évaluation environnementale par des positions partisanes que plusieurs groupes écologistes de la région de Montréal se préparent à demander à la Cour supérieure d'annuler le décret gouvernemental qui donnait récemment le feu vert au projet de l'autoroute 25 et du pont qui doit la relier aux deux rives de la rivière des Prairies.
Dans sa déclaration, le ministre Béchard parle de «projets» au pluriel. Le deuxième projet auquel il fait visiblement référence est sans doute celui de Gros-Cacouna, situé tout près de son comté dans le Bas-Saint-Laurent. Le ministre Béchard est en effet député de Kamouraska-Témiscouata. Il avait fait au printemps dernier d'autres déclarations favorables à ce dernier projet, affirmait-on hier du côté du Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM).
Le porte-parole de cet organisme, Gaston Cadrin, a déclaré hier au Devoir qu'il avait été stupéfait d'entendre la déclaration du ministre Béchard «quelques heures à peine après sa nomination».
«La première déclaration publique du nouveau ministre du MDDEP est non seulement inquiétante mais déplacée aux yeux des groupes environnementaux, qui faisaient confiance à l'analyse du projet par les fonctionnaires et le Bureau d'audiences publiques. Il a toujours été de mise que le ministre de l'Environnement affiche une réserve, non seulement de façade mais réelle, pour qu'il puisse assurer tout le monde que les dés ne sont pas pipés en faveur d'une ou l'autre option. C'est lui qui est garant du processus et de sa neutralité.»
Le porte-parole des groupes qui contestent le projet se demande «comment les fonctionnaires du ministère et des organismes publics pourront maintenant faire une analyse exhaustive et impartiale alors que le gouvernement et en particulier le ministre responsable de l'Environnement envoient un message en faveur du ou des projets de ports méthaniers».
Pour Gaston Cadrin, «ça ne donne rien de débattre d'un projet comme Rabaska, de consulter la population locale et le Québec, si le ministre s'est fait son idée alors que la justification énergétique de ce projet n'est pas démontrée, loin de là. Nous, on prétend — et on entend le faire valoir avec des arguments factuels — que le Québec n'a pas besoin d'un ou même de deux ports méthaniers. La justification environnementale de ce projet est encore plus contestable si Québec veut réduire ses gaz à effet de serre de façon sérieuse tout en favorisant la pénétration du gaz naturel dans les marchés résidentiel et commercial. Tout semble indiquer que Québec s'en va dans cette direction car les récentes hausses du tarif de l'électricité visent clairement à favoriser l'expansion du gaz en réduisant la concurrence entre les deux filières.»
Le groupe environnemental Les Amis de la Terre de la région de Québec abondaient hier dans ce sens. À son avis, la hausse de tarif autorisée par la Régie de l'énergie va contribuer à intensifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec en ramenant plusieurs consommateurs vers cette forme d'énergie, qui était de moins en moins concurrentielle par rapport à l'électricité.
Rappelant que Gaz Métropolitain est un actionnaire du projet Rabaska, le groupe environnemental a rappelé hier que cette société privée a été très active devant la Régie pour que celle-ci hausse les tarifs d'électricité, ce dont dépend l'augmentation de ses parts des marchés résidentiel et commercial.
Le gouvernement, ajoutent Les Amis de la Terre dans leur communiqué d'hier, joue le jeu en faveur de Gaz Métropolitain, car une expansion du marché de cette société libère des kilowatts qu'Hydro-Québec pourra vendre à meilleur prix sur les marchés voisins, ce dont bénéficie Québec en définitive, qui favorise ainsi et ouvertement les projets Rabaska et de Gros-Cacouna.
Les Amis de la Terre tout comme le GIRAM affirment que l'ancien ministre Mulcair semblait aborder ces dossiers avec une distance qui sied davantage à la fonction. Il s'est rendu à Boston, il y a trois semaines, pour voir de près l'aménagement d'un port méthanier et il projetait d'aller en visiter d'autres en Europe, ce qui aurait inquiété les promoteurs et leurs appuis gouvernementaux.
De plus, la «proximité» des conservateurs fédéraux nouvellement élus avec l'industrie des hydrocarbures inquiète tout autant Les Amis de la Terre, car les audiences qui s'annoncent dans le cas des deux projets méthaniers vont être de type «fédéral-provincial», c'est-à-dire qu'elles vont répondre simultanément aux exigences législatives des deux ordres de gouvernement.
Pour l'instant, les «projets» d'étude d'impacts ont été rendus publics et les instances fédérales recueillent les commentaires du public avant de décider si les deux études répondent aux directives gouvernementales. Lorsque les deux études seront complétées, elles seront formellement rendues publiques et des demandes d'audiences pourront alors être adressées aux deux ministres responsables du processus d'évaluation. Présentement, le projet de Gros-Cacouna semble en avance sur celui de Rabaska dans le processus d'évaluation en question.
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