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    Environnement - Mulcair victime de son bilan et de sa pugnacité

    Thomas Mulcair n'a pas perdu le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) parce qu'il n'avait plus l'appui du milieu environnemental, comme l'ont soufflé à l'unisson les «spinners du bunker» après le remaniement ministériel de lundi. Il a plutôt payé le prix de politiques entérinées par le gouvernement mais qui, à la longue, ont irrité de plus en plus de collègues des ministères à vocation économique et de lobbys bien branchés dans l'entourage du premier ministre Charest.

    Un fonctionnaire du Conseil exécutif, le ministère du premier ministre, résumait de façon informelle au Devoir la saga Mulcair des derniers jours avec un oeil critique, voire cynique. En substance, dit-il, le ministre de l'Environnement est d'entrée de jeu le gardien de but environnemental du gouvernement. On veut évidemment que son image soit parfaite parce que l'environnement est un dossier prioritaire dans l'opinion, ce qui exige un ministre fort.

    «Mais dans les faits, au fur et à mesure qu'ils s'attaquent à leurs dossiers, ses collègues ou de gros joueurs de l'économie en viennent tour à tour à lui suggérer de laisser passer une ou deux rondelles, poursuit la même source. S'il refuse, il se fait des ennemis mortels.

    S'il accepte, on lui reprochera d'être mou. Et si, après avoir indisposé plusieurs collègues par des refus fermes, il refuse de laisser passer une ou deux rondelles même à des amis du premier ministre, son compte est bon. Après 25 ans d'évolution du dossier environnemental, la classe politique, ici à Québec, ne comprend pas encore que le ministre de l'Environnement est un contrôleur, comme le responsable du Trésor ou de la Justice. Pire, on ambitionne même d'en faire une sorte d'aidant pour les promoteurs, ce qui rend la fonction intenable à moins de laisser passer au moins les gros morceaux et d'aspirer à des fonctions supérieures pour importants services rendus.»

    Le 31 mai 2003, Thomas Mulcair déclarait au Devoir en début de mandat qu'il se donnait quatre priorités. D'abord, «modifier la direction de l'économie» avec un plan vert devenu le plan de développement durable qu'il voulait annoncer en 2006, un mandat qu'il affirmait tenir de Jean Charest lui-même. Comme avocat, il voulait en priorité appliquer les lois existantes plutôt que de miser sur des réformes législatives. Il s'engageait enfin à doter son ministère de moyens d'action, ce qu'il a voulu faire avec son «Fonds vert», qui détourne des coffres de la province les sommes qu'il veut récupérer des pollueurs au profit de son ministère. Quatrièmement, il voulait doter le Québec d'une politique de gestion «intégrée» des rejets atmosphériques parce que le règlement en place datait de 25 ans...

    Thomas Mulcair a élaboré un projet de loi sur le développement durable qui, malgré des faiblesses dénoncées par les écologistes, est toujours jugé radical, lourd et embêtant par plusieurs gestionnaires de l'agriculture, de l'énergie et des forêts.

    Pour renforcer l'application de la loi de l'environnement, l'ex-ministre a commencé par recréer un contentieux d'avocats spécialisés au sein de son ministère, qui ont rapidement multiplié les poursuites et engrangé des centaines de condamnations. Enfin, l'été dernier, le ministre a lancé une attaque juridique sans précédent contre des promoteurs immobiliers de Laval, lançant un message aux saccageurs de marais et de milieux humides. Plusieurs maires de grandes villes et d'importants promoteurs ont contacté le cabinet du premier ministre Charest pour se plaindre de l'intransigeance du ministre Mulcair, qui appliquait des lois dont on faisait systématiquement fi en toute impunité depuis plus d'une décennie.

    Enfin, il est le quatrième ministre de l'Environnement, voire le cinquième, à tenter de moderniser le règlement sur la pollution atmosphérique. Mais il est le seul à avoir réussi le pari. Ce règlement qui devrait être publié au cours des prochains jours inclura les gaz à effet de serre, ce qui en fait un des premiers règlements provinciaux sur l'atmosphère qui intègre la lutte contre la pollution et la lutte contre les changements climatiques.

    Beaucoup d'ennemis

    Thomas Mulcair s'est aussi fait beaucoup d'ennemis dans le domaine de l'énergie. Parrain officiel du projet du Suroît, il avait cependant refusé de le défendre sur la place publique en plus de lui décocher plusieurs flèches. Il a aussi mis de gros bâtons dans les roues d'Hydro-Québec et de Gaz Métropolitain en usant de ses pouvoirs discrétionnaires pour déclencher une audience publique sur l'exploration gazière du golfe Saint-Laurent, question d'établir des priorités scientifiques en particulier. Obligé de serrer la vis au thermique s'il veut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), il attendait de pied ferme les deux ou trois projets de ports méthaniers en attente d'audience. On s'est fortement ému de cette fermeté dans l'industrie du gaz, qui compte une oreille attentive en la personne du chef de cabinet du premier ministre, soit l'ancien vice-président de Gaz Métropolitain, Stéphane Bertrand.

    L'industrie agricole a aussi accumulé de nombreux griefs contre Thomas Mulcair même si, en bon soldat libéral, il avait levé le moratoire sur la production porcine et l'interdit d'augmenter la production dans les zones en surplus de lisier. Le public lui a imputé à juste titre les séquelles locales de la reprise d'une production porcine voulue, en réalité, par le gouvernement dans son ensemble. Mais on le surveillait de près au Conseil exécutif, le ministère du premier ministre, dont le secrétaire général, André Dicaire, est un ancien de la Financière agricole.

    Thomas Mulcair a aussi fait des erreurs, dont celle de répondre ou de négocier trop souvent à l'irlandaise, ce qui lui a valu une réputation de ministre pas facile à vivre. Il a commis une deuxième erreur en coupant les vivres au milieu environnemental, ce qui l'a privé d'appuis soutenus, comme en bénéficient les ministres Couillard en santé et Vallière en agriculture, par exemple. Thomas Mulcair n'est pas le seul à avoir tenté de couper les vivres à ces contestataires qui jugent souvent un ministre par rapport à leurs revendications plutôt qu'en fonction de ce qu'un ministre de l'Environnement peut obtenir comme marge de manoeuvre dans un gouvernement donné. Mais il est probablement le premier dont le départ a été justifié par l'entourage du premier ministre par le fait qu'il a perdu l'appui effectivement d'un milieu que le gouvernement voulait neutraliser en raison de son impact potentiel sur son image.

    Troisième erreur: Thomas Mulcair voulait intégrer le plan de lutte contre les changements climatiques dans le dossier du développement durable, dont la mécanique législative a retardé l'aboutissement. Une partie importante du milieu environnemental lui a retiré sa confiance en décembre faute d'avoir produit à temps pour la conférence internationale un plan de réduction des émissions québécoises rigoureux et plausible. Sa chicane avec le ministre fédéral Stéphane Dion n'était que la pointe visible du retard de Québec dans le dossier. L'ex-ministre a failli, selon plusieurs dans son ministère, en ne voyant pas la nécessité dès le début de son mandat de lancer la machine à fond dans ce dossier. Il a donc été coincé au fil d'arrivée par l'inertie du ministère des Transports et par les priorités contradictoires des Ressources naturelles, dont l'imminente politique de l'énergie va proposer une pénétration accrue du gaz naturel au Québec. Au bunker, on prévoyait, à juste titre semble-t-il, une opposition ferme de Thomas Mulcair dans ce dossier.

    La multiplication de ces divergences, y compris sa volonté de soustraire à la coupe forestière d'importantes surfaces en aires protégées, s'est ajoutée récemment à ses réserves à l'endroit des 950 condos que veut construire dans le parc du Mont-Orford un promoteur immobilier, André L'Espérance, un ami personnel du premier ministre Charest. Même si aucune règle ne l'y obligeait, Thomas Mulcair a pris sur lui de donner un mandat discrétionnaire au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement pour examiner ce projet en 2005, ce qui l'a à tout le moins retardé d'un an mais sans arriver à décourager le promoteur bien branché.












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