Loogart: la Ville retire le visuel contesté

Les deux visuels présentent l’oratoire Saint-Joseph, notamment, de façon très semblable.
Photo: Diego Grandi Getty Images Les deux visuels présentent l’oratoire Saint-Joseph, notamment, de façon très semblable.

La Ville de Montréal a retiré de ses plateformes numériques l’illustration qu’elle avait commandée pour le Défi des villes intelligentes, à la suite des accusations de plagiat d’un artiste montréalais. Le studio qui a créé le visuel dément toute « intention de copier ».

 

« La Ville de Montréal prend très au sérieux l’intégrité des processus créatifs en production graphique, a indiqué au Devoir un relationniste de celle-ci. Nous avons retiré l’illustration de nos différentes plateformes le temps que des vérifications diligentes soient effectuées dans ce dossier. »

 

Pour Mouna Andraos, cofondatrice de la firme qui a produit le visuel, Daily tous les jours, le dossier découle d’un malentendu. « Nous sommes tristes qu’on accuse la Ville de vol, parce qu’il n’y avait de notre côté aucune intention de copier », disait-elle mardi en entretien.

 

La semaine dernière, l’artiste Loogart (Chris Soueidan) avait dénoncé — notamment dans Le Devoir — que le visuel de la campagne Défi des villes intelligentes « utilise un graphisme qui non seulement s’inspire grandement de [s]es illustrations CityLine, créées en 2014, mais qui utilise aussi plusieurs éléments provenant de celles-ci, et ce, de façon identique ».

 

« Nous aussi sommes surpris par la ressemblance entre notre visuel et votre travail », avait rapidement répondu la Ville dans un message Facebook. Depuis, Montréal ne veut plus commenter un dossier qui pourrait être judiciarisé — Loogart a envoyé une mise en demeure et demande un dédommagement. Quelque 700 personnes ont signé une pétition pour l’appuyer.

 

Mouna Andraos défend aujourd’hui le processus créatif ayant mené à la création du visuel. Celui-ci a été créé cet automne en marge d’un congrès portant sur les villes intelligentes, où les « activités d’une ville intelligente devaient être présentées dans un langage visuel simple et clair », relate-t-elle.

 

Le visuel contesté par Loogart présente des extraits de dessins plus grands publiés dans le cadre de ce congrès. Il constitue une représentation horizontale et épurée de quelques lieux cultes de Montréal.

 

Selon Mouna Andraos, il est presque inévitable « qu’il y ait des similitudes [entre différentes illustrations] quand on dessine des icônes et qu’on cherche à simplifier » leur représentation, dit-elle. « Si on demande à quatre illustrateurs d’illustrer le Stade olympique, on aura des illustrations plus ou moins similaires. Le problème, c’est le “plus ou moins”. Mais entre ça et le plagiat, il y a une grande différence. »

Un montage de l’artiste (à droite) rassemblant les éléments qui se retrouvent aussi dans le visuel de la Ville (à gauche).

Elle prend l’exemple de l’oratoire Saint-Joseph, très semblable dans les versions de Loogart et Daily. « Il arrive que, pour le même défi, on trouve les mêmes solutions, dit-elle. Il y a cinq portes et fenêtres au bas de l’Oratoire, mais on en voit trois sur les dessins. Pourquoi ? Parce qu’il y a une problématique de proportion. Cinq, ça ne rentre pas. Alors on simplifie, et on va naturellement prendre un chiffre impair. »

 

« Beaucoup de gens travaillent sur la simplification des images, ajoute-t-elle. Les techniques peuvent se ressembler. Nous sommes aussi tous exposés aux mêmes choses en ligne. »

 

Mme Andraos soutient que Daily — qui a notamment créé une oeuvre de l’exposition sur Leonard Cohen au Musée d’art contemporain de Montréal — a fait une « introspection profonde » et est « remonté aux premières versions » des dessins pour conclure que tout a été fait correctement.