Montréal compte fermer deux usines d'eau potable

<p>Les usines de Dorval et de Lachine sont désuètes et l’eau qu’elles fournissent a un arrière-goût.</p>
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir

Les usines de Dorval et de Lachine sont désuètes et l’eau qu’elles fournissent a un arrière-goût.

Montréal  consacrera 235 millions de dollars à la construction de 23 kilomètres de conduites d’eau principales qui permettront, dans une dizaine d’années, de fermer les usines d’eau Dorval et Lachine, les plus petites des six que compte l’île de Montréal.

Ces deux usines, qui produisent moins de 5 % de l’eau potable à Montréal, sont désuètes et l’eau qu’elles fournissent a un arrière-goût « inoffensif, mais déplaisant pour nos citoyens », a expliqué mardi le responsable de l’eau au comité exécutif, Sylvain Ouellet.

Maintenir les usines de Lachine et de Dorval aurait nécessité la mise à niveau de ces infrastructures ainsi que la construction d’un réservoir de 13 000 mètres cubes et d’une station de pompage, pour des investissements totaux de 390 millions sur 60 ans, au lieu de 264 millions pour le scénario retenu, soit une économie de 130 millions.

En 2015, alors qu’il était dans l’opposition, Sylvain Ouellet avait suggéré la fermeture des usines de Dorval et de Lachine, invoquant des mesures d’économie et d’efficacité. Il faisait aussi valoir que la consommation d’eau à Montréal tendait à baisser et que ces deux usines n’étaient pas nécessaires.

La responsable du dossier dans l’administration Coderre, Chantal Rouleau, avait cependant rejeté cette option, qualifiant de « lubie » l’idée du conseiller de Projet Montréal.


Le goût des algues

Des études ont par la suite été menées par le Service de l’eau et plusieurs scénarios ont été présentés à l’administration. L’ultime décision a été reportée après les élections municipales de novembre dernier. Arrivée au pouvoir, l’administration Plante a privilégié le scénario de la fermeture des deux usines.

La mairesse de Lachine, Maja Vodanovic, s’est réjouie de cette décision. « Quand on cognait aux portes pendant la campagne électorale, l’eau était un point négatif majeur. Elle goûte les algues, l’eau de l’aquarium », a-t-elle expliqué.

À l’heure actuelle, le réseau de conduites d’eau de Lachine est indépendant du reste de l’île. Et la prise d’eau est située près de la berge et non dans les rapides de Lachine, comme c’est le cas des usines Atwater et Des Baillets, qui produisent 88 % de l’eau potable sur l’île. « S’il y a un contaminant ou un déversement de pétrole, on n’a plus d’eau à Lachine », a soutenu Mme Vodanovic.

Au terme des travaux, Lachine sera alimentée par les usines Des Baillets et Atwater. Quant au réseau de Dorval, il sera connecté à l’usine de Pointe-Claire.

Une fois l’usine de Lachine fermée, le site pourrait accueillir le terminus de la ligne rose du métro si celle-ci voit le jour, a suggéré Maja Vodanovic.

Hausses de taxes

Sylvain Ouellet a dû défendre la décision de l’administration Plante de hausser de 1,1 % la taxe de l’eau, qui porte ainsi les augmentations de taxes des Montréalais à 3,3 % en moyenne en 2018.

Montréal prévoit de consacrer un montant de 1,68 milliard dans les infrastructures de l’eau au cours des trois prochaines années, dont 537 millions en 2018.

« Il faut dépenser ce qui est nécessaire dans le domaine de l’eau, a-t-il dit. On a un déficit d’entretien de nos infrastructures de l’eau de 3,5 milliards. Quand on fait des travaux en urgence, ça coûte en moyenne dix fois plus cher. Retarder des investissements qu’on sait nécessaires est une décision ruineuse pour la Ville. »

La réserve du Fonds de l’eau, qui atteignait 244 millions en 2013, a fondu à 52 millions.

L’administration veut intensifier ses investissements, mais comme elle souhaite aussi limiter les emprunts, elle a décidé de hausser la taxe d’eau pour regarnir ce fonds, brisant du même coup sa promesse de ne pas hausser les taxes au-delà de l’inflation.