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    Chronique

    Valérie Plante à bicyclette

    Aurélie Lanctôt
    3 novembre 2017 |Aurélie Lanctôt | Montréal | Chroniques

    Valérie Plante se déplace à vélo. Si elle est élue mairesse de Montréal, elle continuera. « J’adore ça », a-t-elle répondu à Infoman, qui le lui demandait.

     

    Quiconque se promène à vélo en ville fait quotidiennement l’expérience du danger. Sur la chaussée abîmée où l’automobile est reine, le cycliste, souvent relégué à de petits corridors cahoteux, est sans cesse ramené à sa vulnérabilité, ainsi qu’au caractère vital d’une coopération de tous les instants entre ceux qui partagent la route. Curieuse allégorie de l’espace social : le plus petit, qui avance dans les marges, ressent toujours plus durement les embûches sur sa route. Facilement écrasé par plus gros que lui, il n’avance que si l’on organise l’environnement en tenant compte de la précarité inhérente à sa condition.

     

    À Montréal, l’organisation des transports avance dans la direction opposée. Lorsque Valérie Plante a proposé sa fameuse ligne rose, l’enthousiasme a été instantané. Une audace qui tranche avec le ronron habituel. Le maire sortant a pourtant accueilli la proposition avec condescendance : enlevez vos lunettes roses, le festival Juste pour rire est fini. Il faudra se contenter du REM et d’un morceau de ligne bleue. Espérer plus pour la métropole ne serait que pure fantaisie. Dans une ville où l’offre de transport collectif stagne depuis des décennies, et où le prix des loyers à proximité des métros et des autobus est prohibitif pour quiconque vit de la précarité, ce pragmatisme à courte vue frôle le mépris. Alors qu’un titre mensuel de la STM représente une journée de travail au salaire minimum, la moindre des choses serait qu’on ne ridiculise pas l’enthousiasme suscité par une ligne de métro.

     

    Cette myopie est étonnante chez un candidat qui vante sans cesse sa « vision », justifiant l’exécution expéditive et autoritaire de ses projets en répétant qu’il ne recule devant rien pour mettre Montréal « sur la map ». On comprend que la vision de Denis Coderre a une profondeur de champ variable : elle s’ajuste à la grosseur du portefeuille de ceux et celles qui en bénéficient au premier chef. Au citoyen qui veut se mouvoir dans la ville sans trop de peine, on répond qu’il faut modérer ses attentes. Mais pour plaire aux investisseurs, aux promoteurs et bien paraître devant la Chambre de commerce, les enjambées ne sont jamais assez grandes et les ambitions, jamais déraisonnables.

     

    C’est ainsi que la Ville s’est empressée d’investir 38,4 millions de dollars et de couper un millier d’arbres au parc Jean-Drapeau pour aménager un amphithéâtre dit naturel bien bétonné, afin de satisfaire les exigences d’un seul promoteur événementiel. On a transformé un espace vert en îlot de chaleur, créé un corridor de vent qui rend le site quasi infréquentable en hiver et restreint l’accès à un parc municipal. Peut-être est-ce ce que les Montréalais veulent. Mais qu’en sait-on ? La dernière fois qu’on a établi un plan directeur pour le parc Jean-Drapeau, c’était en 1993. Des consultations publiques sur l’avenir du parc sont prévues au printemps 2018. Elles arrivent un peu tard. Quant à la Formule E, événement présenté comme la crème de la sophistication, on apprend que près de la moitié des billets ont été distribués gratuitement, pour des retombées économiques décevantes. Mais peu importe : Montréal est « sur la map ».

     

    La vision de Denis Coderre pour Montréal se résume au fond à la croyance qu’en priorisant le rayonnement extérieur de la ville, ceux qui y vivent bénéficieront des retombées par ruissellement. Un mythe qu’on n’a apparemment jamais fini de déboulonner. Enduisant d’un vernis d’ouverture ses ambitions très clairement situées idéologiquement, Denis Coderre se targue d’être entouré d’une « coalition arc-en-ciel ». En s’entourant de gens soi-disant issus de partout sur le spectre politique, on présume qu’il veut prouver que sa vision transcende le dogmatisme, embrassant si large qu’elle rallie les esprits de tous acabits. La seule chose que cela prouve, c’est que ces gens au profil diversifié s’entendent au moins sur une chose : placer l’intérêt des Montréalais à la remorque de l’entreprise privée et laisser le Montréal inc. grignoter le Montréal ville. Tout le reste est négociable.

     

    La vision, la vraie, est au contraire un horizon qui guide les actions, en résistant aux forces qui substituent des intérêts particuliers à l’intérêt général. C’est penser la ville d’abord comme le lieu qu’on habite, comme une communauté démocratique à instituer. Pas comme une marque à (re)lancer. Depuis quatre ans, Denis Coderre démontre qu’il envisage la ville comme une tête d’orignal empaillée. Le panache est bien beau, mais à l’intérieur, on finit par manquer d’air.

     

    Or voilà une rivale arrivée à bicyclette qui, elle, ne semble pas manquer de souffle.













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