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    Chronique

    À hauteur de femme

    Francine Pelletier
    1 novembre 2017 |Francine Pelletier | Montréal | Chroniques

    Qui aurait cru qu’une jeune néophyte en politique, à peine cinq ans de conseils municipaux derrière la cravate, aussi bien dire une parfaite nobody, chaufferait un vieux routier, un homme qui a fait ses classes auprès de Jean Chrétien et qui, après des années de sombres complots à l’hôtel de ville, a remis Montréal sur pied ? On se croirait propulsé dans un film américain.

     

    Le sondage CROP publié cette semaine confirme le coude à coude entre le maire un brin grognon Denis Coderre et sa souriante rivale Valérie Plante. Le maire a beau minimiser les résultats (« On savait que ce serait serré »), on se pince. Même les membres de Projet Montréal n’en croient pas leurs yeux. Après les administrations mornes, incompétentes et/ou compromises que furent celles de Pierre Bourque, de Gérald Tremblay et de Michael Appelbaum, Denis Coderre, il faut le dire, s’est avéré une véritable bouffée d’air frais. Devant même les turpitudes d’Ottawa (et ses pipelines) ou de Québec (et ses niqabs), l’homme est capable de se tenir debout. Ça s’appelle de la poigne, ça, madame. Il paraît donc invraisemblable que le « nouveau shérif en ville » n’obtienne pas un deuxième mandat.

     

    Alors, comment expliquer sa déconfiture à quelques jours du vote ? Le dernier sondage montre les nombreux chantiers du doigt, le ras-le-bol des citoyens devant le festival des cônes orange. Une ombre au tableau certainement pour Monsieur « en mode solution », mais, à mon avis, il ne s’agit pas là d’un obstacle majeur. Les travaux sont une plaie, certes, mais il faut bien que quelqu’un s’en occupe. Si jamais Denis Coderre mord la poussière dimanche, ce sera pour des raisons plus profondes : le cynisme de plus en plus répandu devant la « vieille politique ».

     

    Sans rien enlever à Valérie Plante, qui fait preuve, elle aussi, d’une poigne remarquable, il est évident que la chef de Projet Montréal profite du vent qui tourne en faveur des femmes en politique, du désabusement devant la politique en général et jusqu’à la vague de dénonciations face à une certaine « masculinité toxique ». Déjà, en 2013, l’étonnant score d’une néophyte sans aucune expérience, Mélanie Joly, arrivée deuxième dans la course à la mairie de Montréal, indiquait que les jeunes femmes en fleur étaient désormais recherchées en politique. Qui l’eût cru ? Comme si la fraîcheur qui se dégageait d’elle (malgré une indifférence à peine dissimulée envers la politique municipale, disons-le) valait aussi cher que l’expérience d’un homme de la trempe de Denis Coderre et plus encore que celle d’un Richard Bergeron.

     

    Quatre ans plus tard, l’appétit pour un autre style de politique, une autre façon de faire, est plus palpable encore. Demandez d’ailleurs à « l’homme de la situation », Valérie Plante, comment elle explique sa cote de popularité et elle répond : « Pas formatée. » Autrement dit, en plus d’avoir, elle aussi, de l’énergie à revendre et un bon sens de l’humour, elle n’est pas pétrie de formules toutes faites. Elle paraît immensément plus sincère que Denis Coderre, en plus d’être décidément moins autoritaire. En ce sens, l’enquête d’ICI Radio-Canada qui révélait la semaine dernière un homme tout sourire en public mais colérique en privé est bien plus dommageable pour le maire sortant que le manque de coordination des travaux publics.

     

    De la même façon que Valérie Plante profite d’une ardoise relativement vierge en ce qui concerne les femmes en politique, son rival, lui, croule sous le poids d’une double crise : celle des institutions publiques — on n’a qu’à jeter un coup d’oeil à Québec pour en constater l’étendue — et celle d’hommes puissants qui se croient tout permis. Denis Coderre n’a rien d’un Harvey Weinstein ou même d’un Marcel Aubut, loin s’en faut, mais, et c’est malheureux pour lui, il affiche un format « mon oncle ». Injuste, dites-vous ? Sans doute, mais on assiste aujourd’hui au retour du balancier. Pendant longtemps, les femmes ont payé leur petite taille, leur voix feluette et leur hésitation à prendre la parole. Elles n’étaient pas à la « hauteur », croyait-on. Au tour des hommes aujourd’hui de payer leurs manières brusques, une certaine arrogance et cette facilité de croire que tout leur est dû.

     

    L’étonnante performance de Valérie Plante tient, à mon avis, à ce qu’elle représente le meilleur des deux mondes : une assurance d’homme dans un corps de femme qui transpire la candeur et l’absence d’artifices. On verra bien dimanche s’il s’agit d’une potion magique.













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