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    Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, un arrondissement en pleine mutation

    Les deux adversaires doivent concilier embourgeoisement et développement économique

    17 octobre 2017 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Vainqueur aux élections de 2013 contre le même adversaire, Réal Ménard se dit plutôt confiant de l’emporter le 5 novembre prochain. Mais la lutte pourrait être plus serrée qu’il le croit.
    Photo: Photos Jacques Nadeau Le Devoir Vainqueur aux élections de 2013 contre le même adversaire, Réal Ménard se dit plutôt confiant de l’emporter le 5 novembre prochain. Mais la lutte pourrait être plus serrée qu’il le croit.

    Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, les deux mêmes adversaires qu’aux élections municipales de 2013 s’affrontent. Mais cette fois, le maire sortant, Réal Ménard, d’Équipe Denis Coderre, et Pierre Lessard-Blais, de Projet Montréal, se disputent un arrondissement en pleine mutation où le phénomène d’embourgeoisement s’est accéléré.

     

    C’est jour de bingo aux Habitations Desjardins. Ses cartes étalées devant lui, Gilles, un des résidents, parle politique. Il avoue ne pas aimer Denis Coderre, se disant en désaccord avec plusieurs de ses idées, comme celle de dépenser des fonds publics pour ramener les Expos à Montréal. « C’est un placoteux qui ne bouge pas », résume-t-il.

     

    Et que pense-t-il de Réal Ménard ? « Réal Ménard ? C’est le bon gars, il est merveilleux. Il ne faudrait pas l’enlever de là », dit-il.

     

    Réal Ménard se dit plutôt confiant de l’emporter le 5 novembre prochain. Mais la lutte pourrait être plus serrée qu’il le croit.

     

    Il y a quatre ans, il l’avait emporté avec 36,29 % des voix contre 31,08 % pour Pierre Lessard-Blais, jeune entrepreneur et copropriétaire de la microbrasserie L’Espace public, rue Ontario. Mais alors qu’il se présentait sous la bannière de Coalition Montréal, il fait maintenant partie d’Équipe Denis Coderre. D’ailleurs, peu après son élection en 2013, Denis Coderre l’avait recruté au sein de son comité exécutif.

     

    Il reconnaît que certains citoyens lui ont reproché cette alliance. « J’ai respecté le mandat qui m’a été confié. Mais je ne pensais pas que la Coalition pouvait être une alternative intéressante sur le plan électoral », fait-il valoir.

     

    Embourgeoisement

     

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Lessard-Blais promet d’augmenter le nombre d’inspecteurs et d’abaisser le seuil minimum d’unités qui détermine si la Ville peut obliger les entrepreneurs à prévoir du logement social.

     

    Mais au-delà de cette question d’allégeance, la bataille électorale se joue dans un contexte de profonde transformation de ce quartier autrefois ouvrier. Plusieurs anciennes usines accueillent désormais des condos et plusieurs commerces branchés ont vu le jour.

     

    Cet « embourgeoisement » a donné lieu à des actes de vandalisme à répétition au cours des dernières années dans certaines boutiques.

     

    Pierre Lessard-Blais reproche à Réal Ménard son inaction dans ce dossier, si ce n’est d’avoir commandé une étude auprès de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et d’avoir organisé, au printemps dernier, des assises sur le sujet. « Si on veut s’assurer de la mixité sociale, il faut des mesures fortes. Mais malheureusement, depuis 2013, M. Ménard n’a changé aucune politique visant à être plus sévère », soutient l’ex-président de la Société de développement commercial d’Hochelaga-Maisonneuve.

     

    Le candidat de Projet Montréal promet d’augmenter le nombre d’inspecteurs, d’abaisser le seuil minimum d’unités qui détermine si la Ville peut obliger les entrepreneurs à prévoir du logement social. Et il promet d’instaurer un suivi plus étroit lorsque des permis sont délivrés afin de s’assurer que les locataires ne sont pas expulsés sous de faux prétextes lors de travaux de rénovation.

     

    Des logements

     

    S’il mise sur la construction de nouveaux logements sociaux pour contrer le phénomène de l’embourgeoisement, Réal Ménard reconnaît qu’il a fallu plus de temps que prévu pour attacher les ficelles de ce dossier. Il a finalement promis lundi 500 unités de logement social au minimum pour les quatre prochaines années, notamment sur le site de la cour de voirie Honoré-Beaugrand et dans le secteur l’Assomption Nord.

     

    « Le problème, ce n’est pas la mixité. Le problème, c’est comment on contrôle les loyers et comment faire en sorte que ceux qui sont à revenus moyen et faible puissent se loger convenablement », explique-t-il.

     

    Les nouveaux résidants participent à la vie de quartier. Ils ne vivent pas dans un univers parallèle à celui des résidants de longue date, dit-il.

     

    La Cité de la logistique

     

     

    L’autre enjeu majeur de cette campagne est le projet d’implantation de la « Cité de la logistique » sur de vastes terrains adjacents au port de Montréal. La Ville souhaite y attirer des entreprises de transport et d’entreposage. Mais les résidants des quartiers limitrophes s’inquiètent des nuisances en matière de bruit, de pollution et de camionnage qu’entraînerait ce projet. Mobilisés, des citoyens ont même recueilli 6600 signatures pour exiger la tenue d’une consultation publique.

     

    Si Pierre Lessard-Blais se dit favorable au développement économique sur le site, il estime que deux conditions doivent être respectées : la densité d’emploi doit être intéressante et le développement économique doit apporter des effets positifs aux quartiers avoisinants et non pas des nuisances supplémentaires.

     

    Projet Montréal propose d’aménager dans la zone ouest du site un parc urbain sauvage qui pourrait aussi servir de zone tampon. Et à l’extrémité est, il suggère de développer une trame commerciale pour le secteur résidentiel enclavé.

     

    Réal Ménard se défend de ne pas avoir pris en compte les inquiétudes des résidants des environs. Il signale d’ailleurs avoir fait adopter un règlement visant à s’assurer que la qualité de vie des gens est respectée.

     

    C’est d’ailleurs en vertu de ce règlement que l’arrondissement a refusé d’octroyer un permis à une entreprise et que la Ville fait maintenant l’objet d’une poursuite, rappelle-t-il.

     

    Nous, on veut un projet de développement qui va respecter les principes de développement durable
    Mireille Goulet, résidante de l’arrondissement

     

    « On ne va pas mettre des conteneurs dans la cour des gens. On veut que les niveaux de bruit et de pollution soient respectés. À l’inverse, je ne peux pas prendre l’engagement que 10 millions de pieds carrés qui sont disponibles et qui sont zonés industriel depuis 1898 resteront vacants. C’est sûr qu’il y aura un jour du développement. »

     

    Mais les assurances de M. Ménard ne calment pas les appréhensions des citoyens.

     

    « On subit beaucoup d’impacts du port de Montréal, du CN et des entreprises de la rue Notre-Dame, et M. Ménard n’est pas capable de mettre fin à ces nuisances. Et là, on veut nous en rajouter quelques couches de plus. Nous, on veut un projet de développement qui va respecter les principes de développement durable », explique une résidante, Mireille Goulet, qui a participé à la mobilisation. Elle croit d’ailleurs que ce dossier pourrait être dommageable pour la réélection de Réal Ménard.

     

    Ami de longue date de Réal Ménard, l’ancien maire de Montréal par intérim Laurent Blanchard ne votera pas pour le maire sortant. « Cette fois-ci, Réal Ménard mérite de perdre l’élection à la mairie de l’arrondissement parce qu’il me semble avoir négligé l’arrondissement au profit de ses responsabilités à l’hôtel de ville », dit le président de Coalition Montréal, un parti qui n'a pas de candidats dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

     

    M. Ménard rétorque qu’il travaille 70 heures par semaine et que l’arrondissement n’a jamais vu autant de projets se réaliser : « Il fait partie de la catégorie des gens amers qui n’acceptent pas que la véritable coalition, c’est Denis Coderre qui l’a faite d’est en ouest avec les souverainistes et les fédéralistes. »

     













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